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Le bleu est une couleur tempérée (Life is Strange Episode 1)

Le bleu est une couleur tempérée (Life is Strange Episode 1)

Note de l'auteur

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2015-01-31_00003Après un Remember Me moyennement convaincant, Dontnod récidive en s’attaquant au jeu d’aventure épisodique à la Telltale avec LIFE IS STRANGE, dont le premier épisode est sorti il y a quelques jours. Un vrai pari, dans une époque où se lancer sur une nouvelle IP, qui plus est dans un format assez casse-gueule (Telltale a mis un peu de temps avant de trouver le succès), mais qui titille la curiosité si on en croit la bande-annonce, dans le pur style Sundance.

LIFE IS STRANGE, c’est l’histoire de Max Caulfield qui revient dans sa ville natale après avoir déménagé il y a quelques années à Seattle, afin de faire sa terminale dans la prestigieuse académie Blackwell, section photographie. Max est une jeune fille timide, un peu geek sur les bords, qui préfère regarder le monde à travers l’objectif de son appareil photo plutôt que de jouer sur sa popularité. Elle se fait quelques amis dans l’académie, mais la plupart des étudiants la considèrent comme une introvertie, pas digne d’intégrer les clubs prestigieux. Le jeu débute lorsque Max fait un cauchemar mettant en scène une gigantesque tornade près d’un mystérieux phare (Alan Wake, si tu m’entends). Elle se réveille alors dans la salle de classe de photo du professeur Jefferson. Le cours terminé, elle passe aux toilettes histoire de décompresser et de laisser exploser sa rage d’adolescente timide (comprendre : se passer de l’eau sur le visage) avant d’être interrompue par une rixe entre un garçon et une mystérieuse fille aux cheveux bleus. Elle observe la scène, cachée, puis se rend compte que le garçon a un flingue et tue accidentellement la fille. Max intervient mais déclenche un pouvoir inattendu : elle remonte le temps et se retrouve au début du jeu, pendant le cours. Max se rend compte qu’elle a le pouvoir de remonter le temps à volonté.

C’est donc le principal atout du gameplay. A n’importe quel moment du jeu, le joueur peut remonter le temps à cours terme, afin de modifier les choses qui se sont mal passées. Par une simple pression d’une touche, le jeu rembobine jusqu’à un point que vous aurez décider afin de refaire une action précise. Le jeu place même quelques repères sur une sorte de spirale afin d’indiquer les moments importants, un petit plus fort utile. Un procédé qui rappelle d’ailleurs les scènes de Memory Remix de Remember Me où le personnage pouvait remonter le temps d’une scène afin de falsifier les souvenirs d’une personne pour lui faire croire des choses, une des très bonnes idées du jeu d’ailleurs. Mis à part cette particularité, le jeu reste assez classique, dans la veine d’un Telltale, la différence est qu’on est plus proche d’un vrai jeu d’aventure que des scènettes précises de Walking Dead, qui était plus similaire à un point’n click. Ici, la caméra reste derrière le personnage et on peut se déplacer librement sans être bloqué par un quelconque mur invisible. Max pourra alors interagir avec beaucoup d’éléments de décors, discuter avec les personnages et découvrir des éléments importants pour la suite de l’histoire.

2015-01-31_00005Graphiquement, je suis vraiment étonné par la direction artistique, qui fonctionne franchement bien et est bien plus plaisant à regarder qu’un Walking Dead. Mix improbable entre des effets de lumières et une ambiance orangée légère et chatoyante avec le côté « peinture » qu’on pouvait trouver sur Dishonored par exemple (en moins « travaillé », disons), LIFE IS STRANGE est vraiment agréable à traverser, avec une multitude de petits détails dans les décors, une ambiance vraiment chouette où on se sent bien, et un côté très « film indépendant ». Ouais, LIFE IS STRANGE, on pourrait presque le décrire comme un jeu de hipster. Le seul bémol que je mettrais est dans l’animation faciale, pas toujours très heureuse et qui a du mal à montrer clairement les expressions des personnages (traduction : on sent le côté « poisson mort »). Pourtant, le reste des animations est plutôt bonne, surtout pour ce format. On sent que chez Dontnod, ils ont des animateurs pour faire le minimum syndical et même des gens pour faire des sous-titres en français (n’est-ce pas Telltale?).

L’histoire, quand à elle, est toujours délicate à juger quand on n’a que l’épisode 1 sous les yeux. Il représente à peu près 2-3 heures de jeu, sans trop se presser, mais a le mérite de poser les enjeux, de déjà mettre en scène tous les protagonistes principaux ou secondaires et de les croquer de façon maligne en donnant au joueur la possibilité dès le début de discuter avec eux et de découvrir leurs caractères. On ne va pas s’en cacher, on a à peu près tous les clichés des films scolaires américains et indépendants, même si les épisodes suivants pourront peut-être changer la donne et réserver quelques surprises (ce que j’espère). L’avantage d’avoir engagé un scénariste américain, qui sait un peu y faire sur les dialogues (j’adore Damasio, mais un bon écrivain ne fait pas forcément un bon scénariste).  En attendant, cette première virée à Arcadia Bay se suit avec plaisir. Max est un personnage déjà bien trempé, mais le joueur aura du mal à s’identifier à elle puisqu’elle prend déjà beaucoup de décisions par elle-même, les choix se limitant souvent à soutenir tel ou tel personnage. C’est d’ailleurs la grosse différence avec un Telltale par exemple : le jeu se sert de sa capacité à remonter dans le temps comme une sorte de sauvegarde automatique. Plusieurs scènes vous donneront deux choix possibles. La conséquence la plus directe vous sera dévoilée juste après votre choix, et le jeu vous donnera la possibilité de modifier ce choix avant de quitter la zone. Évidemment, on sait que ces choix seront importants pour la suite (pour le moment, les embranchements n’étaient pas visibles dans cet épisode, j’imagine qu’on découvrira tout ça dans les épisodes suivants) mais l’urgence et l’immédiateté des actions du joueurs dans les Telltale n’est pas présente et pour cause, les enjeux et l’atmosphère ne sont pas du tout les mêmes. On notera aussi qu’il n’y a aucun QTE dans LIFE IS STRANGE, et c’est tant mieux puisque cela permet de se concentrer sur l’histoire.

2015-01-31_00018Évidemment, on se doute que, comme dans Walking Dead, les embranchements ne seront pas non plus radicaux, et que le fil rouge de l’histoire se débrouillera pour raccrocher les wagons dans le bon sens. Mais il faudra voir sur la durée si ces choix seront justifiés sur la narration ou si ce n’est qu’un moyen de modifier légèrement l’histoire. Walking Dead Saison 1 se servait des choix du joueur pour le confronter aux conséquences dramatiques à la fin de la saison, et Wolf Among Us s’en servait pour fabriquer des fausses pistes et imposer les choix du personnage, quitte à paraître impartial. LIFE IS STRANGE a l’air de poser ses choix comme des dilemmes adolescents pour justifier son propos, ou pour voir comment Max va gérer sa situation : devra-t-elle penser avant tout à son avenir en envoyant bouler les gens qu’elle connaît, ou sacrifier ses projets et sa passion pour protéger les personnes qui lui sont chères ? C’est encore tôt pour se rendre compte de l’efficacité du procédé, mais on sent quelques pistes ici et là, et les enjeux disséminés dans ce premier épisode (la fille disparue, l’origine de ses pouvoirs, et la petite scène de fin) vont pouvoir s’exprimer dans les prochains épisodes.

Pour terminer, j’ai vraiment aimé cette première incursion à Arcadia Bay. Dontnod a choisi d’afficher un style graphique marqué et racé mais qui fonctionne (à mon sens) diablement bien, et donne au jeu un vrai cachet et une atmosphère douce-amère qui est très rafraîchissante dans le paysage vidéoludique. Si on peut déceler quelques maladresse autant dans la technique (animations faciales) que dans l’écriture (beaucoup de personnages sont clichés… sauf surprises sur la suite), on prend quand même un vrai plaisir à parcourir cette aventure « dont vous êtes le héros », tout en intégrant l’univers dans une époque crédible et bien référencé (on y cite autant Faster Pussycat! Kill! Kill! que Cannibal Holocaust ou Scott Pilgrim) avec une bonne louche de ciné indé américain, qui peut faire peur à première vue, mais fonctionne très bien, malgré les énigmes vraiment très simples (mais les devs assurent que ça concerne surtout l’épisode 1, histoire de nous mettre en jambes). Une introduction prometteuse, mais la suite nous dira si ça se confirme.

Life is Strange: Episode 1 (Chrysalis)
Développeur: Dontnod Entertainment
Editeur: Square-Enix
Classification: 16 ans ou plus
Prix épisode 1: 5 euros
Pack complet (5 épisodes): 20 euros

 


Life is Strange – Trailer officiel par Gamekult

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