Le Bouffon Vert : critique de Green Lantern, de Martin Campbell

Le Bouffon Vert : critique de Green Lantern, de Martin Campbell

Les trailers laissaient deviner une catastrophe, elle a bien eu lieu : avec Green Lantern, le réalisateur Martin Campbell évolue dans l’über nanar, l’Olympe de la zone Z, la très haute compétition du rien. L’immortel Catwoman   conserve le titre de pire film de super héros de l’Histoire, mais franchement, Green Lantern rate le trône de très peu.

En parlant de trône, je m’interroge : comment, mais comment les responsables de DC Entertainment,  et au dessus d’eux ceux du studio Warner, ont-ils pu valider un étron pareil à chaque étape de sa production ? Au regard des sommes investies (200 millions de dollars + 100 patates de campagne marketing, vraiment ??) , comment des décideurs théoriquement nantis d’un cerveau  en état de marche et compétents ont-ils pu donner sans ciller leur feu vert à une histoire aussi débile, un traitement aussi mou, des scènes aussi colossalement grotesques ? Bon sang mais même le Fantastic Four produit pour trois Carambars en 93 me paraît plus sympathique que cet immense gâchis d’argent et de talents (Martin « Casino Royale » Campbell, Marc Strong, Tim Robbins, shame on you !). Sérieusement, je suis abasourdi. Rien, il n’y a strictement RIEN à sauver de ce… cette… purge cosmique remplie de vide intersidéral, qui n’a même pas pour elle de faire passer le temps. Au fil de ces interminables 105 minutes, j’ai passé autant de temps à regarder l’heure qu’à enlever régulièrement mes lunettes 3D, une fois de plus quasi-inutiles.

Messieurs les tâcherons de luxe, c’est bien beau de nous en mettre plein les mirettes avec des CGI rutilants (et sans génie), mais c’est toujours la même rengaine : à quoi bon si dés les premières secondes de l’entreprise, le spectateur SAIT qu’il se fichera royalement du récit ? Comment ne pas ricaner dés cette introduction plus-kitsch-tu-proutes où, sur fond d’hyper espace, une voix caverneuse nous présente le « Green Lantern Corps » et la menace Parallax ? Comment ne pas pouffer devant une direction artistique ca-la-mi-teuse nous offrant des looks d’aliens parmi les plus grotesques vu depuis un bail sur un écran dans une production de ce calibre (Sinestro, Parallax, les Immortels…) ? Comment ressentir la moindre espèce d’empathie pour cette endive de Ryan Reynolds en Hal Jordan, héros sans saveur ni odeur malgré un désolant flash-back censé nous montrer son trauma d’enfance ? C’est d’ailleurs le triste paradoxe de ce sidérant ratage : nous expliquer que grâce à sa fougue et son humanité, Hal Jordan saura s’imposer en tant que Green Lantern parmi ses collègues aliens,  alors même que le personnage (et son interprète) ont l’épaisseur d’un pancake rassis. On ne pourra même pas se rabattre sur le méchant,  sublime négation de la sacro-sainte règle voulant que plus le bad guy de l’histoire déchire, plus le héros est mis en valeur. Hein, qui ça, quel méchant ? Parallax ? Un spectre de l’espace au crâne citrouille style dont les frasques urbaines dans le débilissime dernier quart d’heure nous font regretter le bon vieux temps de Ghosbusters.

A la décharge des auteurs (dont le redoutable tandem Berlanti/Guggenheim au scénario, déjà coupable de la série No Ordinary Family), le concept d’origine de la BD pouvait-il échapper au ridicule dans un film live ? Qui pouvait  sérieusement penser qu’un super héros en spandex vert  affublé d’un masque de bal, dont le pouvoir consiste à créer  n’importe quel objet par la pensée,  pouvait donner lieu à autre chose qu’une foire au nawak ? Pendant la projection, Green Lantern m’a fait curieusement penser au Flash Gordon de Mike Hodges, avec lequel il partage le même aspect « série Z tunée ». Qui sait : les enfants de huit ou dix ans qui découvriront Hal Jordan en salles finiront peut être par le célébrer affectueusement dans 20 ou 30 ans comme un plaisir coupable rococo. Pour les parents en revanche, quel supplice !

Dans sa course à la licence avec Marvel Studios, DC Entertainment vient de commettre avec Green Lantern un très lourd faux pas, qu’elle risque de payer cher en terme d’image et de crédibilité de son catalogue. Les experts me reprendront sûrement mais, hormis les « big three » (Batman, Superman et, dans une moindre mesure, Wonder Woman), sur quels héros de son écurie DC peut-elle finalement vraiment compter pour rivaliser avec Marvel au grand écran ? Marvel dont les personnages moins hiératiques, plus incarnés et propices à un certain décalage, se prêtent peut-être davantage à la séduction du grand public… De là à conclure que Green Lantern, cet autre bouffon vert, porte bien mal sa couleur en terme d’espoir pour l’avenir cinéma de DC, il n’y a qu’un petit pas qu’on ne se gênera pas pour sauter. Hop ! Gris, lent, terne… et surtout irrémédiablement nul.

Green Lantern, de Martin Campbell. Sortie nationale le 10 août.

Partager