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Le Bureau des Légendes, sensations agoraphobes (en différé de séries mania)

Le Bureau des Légendes, sensations agoraphobes (en différé de séries mania)

Note de l'auteur

LE-BUREAU-DES-LEGENDES-2La fameuse légende des espions employés par ce bureau de la DGSE vient de leur habileté à se créer une fausse couverture afin de recruter sur le terrain des informateurs. Mais pour notre héros, difficile d’abandonner cette identité après six ans de mission à Damas…

L’envers du décors comme une quête de l’ordinaire. En pénétrant dans les coulisses de la DGSE, Eric Rochant souhaite révéler les services secrets français comme on devrait les imaginer. C’est à dire à l’opposé d’une vision sexy qui voudrait nous faire croire que les bureaux sont design avec des écrans accrochés à tous les murs et une lumière tamisée. Le Bureau des Légendes ressemble à n’importe quelle administration. Froide, impersonnelle et terne. Pour retrouver cette même idée anti-spectaculaire, il faut remonter à Rubicon. Exploitation des renseignements américains ultra compartimenté et se résumant à quatre personnages assises autour d’une table ou dans de petits bureaux et des papiers. Beaucoup de feuilles de papier.

C’est en poursuivant la comparaison que les défauts du Bureau des Légendes se signalent. Rubicon ne montrait que le champs, c’est à dire la partie théorique. Tout le contre-champs était laissé à l’extérieur de la série, tout juste relaté par des informations télévisées ou rapportées par des supérieurs. Dans Le Bureau des Légendes, la parité champs/contre-champs est observé. Au point de phagocyter ce travail bureaucratique fascinant quand il s’agit de scruter des gestes quotidiens et de simples écrans d’ordinateur aux enjeux colossaux. Et quand un grain de sable vient enrayer la machine, voir la réactivité se mettre en marche avec une rigueur d’orfèvre. Ou encore la simple venue d’une psychologue dont le travail consistera à encadrer les différents employés, clandestins ou non, dans leur rude tâche et les accompagner à poursuivre leur vie malgré la pression quotidienne.

LE-BUREAU-DES-LEGENDES-4Seulement la série pousse la porte de la sortie pour retrouver la lumière du jour et guette le retour d’un espion. Dans ces moments, les deux épisodes se perdent, errent dans l’observation passive d’un homme dont on ne saisit pas encore très bien les enjeux et dont la lourde exposition condamne à la distance. Guère aidé par le jeu très contenu de Matthieu Kassowitz, la narration s’embourbe dans une retenue permanente. A ce stade l’ennui agit telle une chape de plomb et paralyse un organisme en mouvement. Et tous les petits gestes qui participent à rendre authentique l’idée de l’espionnage français tombent dans un désintérêt poli.

Les deux premiers épisodes, s’ils n’engagent pas à poursuivre l’aventure ne ferment pas totalement les portes. Il reste la promesse d’un espionnage ordinaire, une vision pragmatique de la DGSE et le suspense autour d’un clandestin disparu. Des choses que l’on a déjà pu voir chez Eric Rochant au cinéma de façon plus nerveuse et précise. Il était avant tout séduit par la longueur que lui offrait la série, sa capacité à développer progressivement une intrigue complexe. Après deux épisodes, il semblerait que le showrunner français se soit perdu en chemin.

Créé par Eric Rochant
Ecrit par Eric Rochant, Camille de Castelnau, Emmanuel Bourdieu, Cécile Ducrocq
Réalisé par Eric Rochant, Jean-Marc Moutout
Avec Matthieu Kassowitz, Jean-Pierre Darroussin, Jonathan Zakai, Léa Drucker, Florence Loiret-Caille, Gilles Cohen…

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