Le Chant du loup : Touché-coulé

Le Chant du loup : Touché-coulé

Note de l'auteur

20 millions d’euros de budget, un casting XXL, un suspense improbable, une mise en scène de téléfilm : pire qu’un ratage, un accident industriel.

 

Un budget de 20 millions d’euros (en comparaison, L’Empereur de Paris, avec Vincent Cassel et Paris en images de synthèse, en a coûté 22 millions).

Un cast en or massif avec Omar Sy, Reda Kateb, Mathieu Kassovitz et François Civil (marrant pour un film avec autant de militaires).

Des sous-marins atomiques, l’apocalypse nucléaire, la terreur 20 000 lieues sous les mers.

Et à l’arrivée, un nanar de compétition, un accident industriel, une daube sous le niveau de la mer.

Le film s’ouvre sur une citation d’Aristote, c’est chic, on est dans un film de genre signé par un petit génie qui a fait polytechnique et Normale sup.

À bord d’un sous-marin nucléaire français, une « Oreille d’or », un opérateur sonar, bien plus fort qu’une machine, capable de repérer les pales d’un sous-marin ennemi des kilomètres à la ronde. Réputé infaillible, le surdoué de la feuille commet pourtant une bourde qui met l’équipage en danger de mort. Fatalitas ! Mais il y a pire : un missile atomique se dirige vers Paris. Va-t-il éradiquer la Tour Eiffel, le Sacré-Cœur ou les Champs-Elysées, ce qui serait dommage pour les Gilets jaunes ? Un sous-marin nucléaire français est envoyé en pleine mer pour faire feu en riposte et rayer Moscou de la carte. De plus, notre Oreille d’or, plutôt bogoss, va tomber amoureux, mais également devenir dur de la feuille, ce qui est plutôt ennuyeux quand se profile l’apocalypse nucléaire…

L’auteur de ce supplice aquatique est Antonin Baudry. Antonin qui ? Auteur de l’excellente BD Quai d’Orsay (sous le pseudo d’Abel Lanzac), il est surtout connu pour avoir été le conseiller de Dominique de Villepin et diplomate à l’ambassade de France aux USA ou en Espagne. Pour son premier scénario en solo, il utilise ici l’arc narratif le plus bateau, à savoir plonger un rookie dans un univers inconnu, afin de prendre le spectateur par la main. Il joue la carte de l’utra-réalisme, avec des tonnes de dialogues délicieusement incompréhensibles (« SNLE », « Poste de combat tu diffuses », « On est en niveau d’alerte 6 »), mais on s’ennuie ferme et surtout on ne croit jamais à cette intrigue risible. La France va réduire en cendre la Russie, vraiment ?

Non content de se souiller avec ce script pathétique, Baudry a également décroché le poste de réalisateur. Bah ouais, pourquoi prendre un Mathieu Kassovitz ou un cinéaste confirmé derrière la caméra, alors que tu peux avoir Antonin Baudry ? J’ai l’impression que Pathé fait comme Disney-Marvel : engager un débutant pour un blockbuster, afin de mieux le contrôler et de signer le produit le plus impersonnel possible.

Fan de John Woo et de films d’action hongkongais, Baudry est incapable de jouer sur la claustrophobie des espaces dans le sous-marin ou simplement de faire du cinéma. Il se contente de mettre son acteur au centre du cadre, fait un peu bouger la caméra quand le sous-marin se prend une torpille et filme de petits voyants rouges qui clignotent dans l’arrière-plan. Bref, c’est aussi palpitant que regarder son papier peint.

Pour finir, le film est définitivement torpillé (jeu de mots) par ses acteurs. Sponsorisés par Microlax, ils passent l’essentiel de leurs scènes à écarquiller les yeux, serrer les mâchoires et faire perler de grosses gouttes de sueur sur leur front (c’est très dur, entraînez-vous). La palme (re-humour) revient à Omar Sy, impayable en commandant du sous-marin L’Effroyable. Toujours à côté de la plaque, il balance quelques blagounettes et j’avais l’impression qu’il allait à tout moment pousser son rire tonitruant ou se mettre à danser sur du Earth, Wind & Fire. Au cours de sa carrière, Omar Sy aura joué dans une soixantaine de films, mais pas un seul bon (Knock, Le Flic de Belleville, Inferno, Les Tuche, Samba…).

Ce n’est pas avec ce Chant du loup qu’il va redresser la barre…

 

Le Chant du loup
Réalisé par Antonin Baudry
Avec Omar Sy, Reda Kateb, Mathieu Kassovitz, François Civil
Sortie le 20 février 2019

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