Le Club des cinq arrête le gluten : le Club déçoit

Le Club des cinq arrête le gluten : le Club déçoit

Claude, Annie, François, Mick et le chien Dagobert vivent à Paris. Ces jeunes citadins ne se rendent plus guère à la campagne, et encore moins sur l’île de Kernach où ils ont vécu tant d’aventures étant enfants. Désormais, l’aventure, c’est une opération de team-building avec les collègues, un bébé qui leur tombe sur les bras à l’improviste, ou la nécessité vitale d’opter pour une nourriture (trop ?) saine. Plaisant. Sans plus.

L’histoire : En lisant un livre sur la nourriture saine, Annie a une révélation : il faut que le Club des cinq change ses habitudes alimentaires sous peine de souffrir des pires maux de la Terre (tous fatals). Arrêter le gluten, n’utiliser que des produits sains, bio, locaux et de saison, préférer les spaghettis de courgette aux bonnes vieilles pâtes de blé ? Cette nouvelle aventure de Claude, Annie, Mick et François – sans oublier le chien Dagobert – sera peut-être leur plus périlleuse.

Mon avis : Je n’ai pas accordé de note sur 5 à ce livre pour une bonne raison : il est impossible de le juger sur ses mérites littéraires, car il n’en a pas vraiment. Cela ne signifie pas qu’il soit mal écrit : l’écriture du Britannique Bruno Vincent est alerte, fluide, enlevée… Cette centaine de pages s’avale plus rapidement qu’une “boule d’énergie” aux graines de chia.

Il en va de même pour les deux tomes également parus. Dans Le Club des cinq pouponne, les quatre frères, sœur et cousine se voient attribuer la garde momentanée du bébé de leur cousin Paul (envoyé en prison). Dans Le Club des cinq part en séminaire, ils découvrent de concert les joies du team-building à la campagne.

On le voit, les thématiques n’ont rien de bouleversant. C’est plutôt du grand classique du pastiche et de l’humour profil-bas, entre les bobos qui se foutent la vie en l’air en tentant de la sauver à grands coups de spiraliseur et de smoothies de légumes, les jeunes parents qui découvrent qu’élever un bébé est un acte de sauvetage permanent, et les employés tiraillés entre leur conviction du ridicule de tout team-building et le souhait de cohésion inhérent au groupe. Une cohésion qui, en définitive, forme le ciment même du Club des cinq…

Rien ici pour sortir le lecteur de ses chaussettes. De petites histoires vite lues, vite avalées, avec peu de passages réellement amusants. L’une ou l’autre citation ou situation arrache un sourire, voilà tout… C’est peu, mais cette légèreté ne colle pas si mal au sujet. Elle respecte en tout cas une forme de naïveté liée à la série mythique d’Enid Blyton.

Devenus de jeunes citadins, les membres du quatuor ont quelque peu affirmé leur personnalité. Claude, François et Mick aiment picoler à l’occasion ; la première emporte même en cachette des cannettes de cidre au fameux séminaire d’entreprise. Placée très à gauche sur l’échiquier politique depuis ses études à Nanterre, elle est plutôt éloignée de son cousin François, qui ne manque jamais d’emporter la dernière émission d’Alain Finkielkraut en podcast sur son portable. Mick demeure assez effacé, l’admiration de sa sœur Annie semblant lui suffire. Celle-ci, enfin, est devenue assez rigide dans son comportement, très têtue et volontariste – il suffit de voir comment elle commande à ses colocataires de changer de régime alimentaire. On dirait Clint Eastwood dans Le Maître de guerre.

L’écrivain britannique Bruno Vincent

Bruno Vincent ne renouvelle pas le genre, c’est peu de le dire. Les situations sont plutôt téléphonées, notamment ce moment où François et Mick rejoignent un groupe de jeunes papas au parc, pour se défendre en permanence d’incarner un couple gay… Ha-ha. Un peu plus intéressant est cette figure de Paul, sorte de cousin maléfique, de tous les mauvais coups, qui apparaît toujours là où on ne l’attend pas, pour l’une ou l’autre arnaque.

L’auteur parodie avec davantage de bonheur les cliffhangers incessants inhérents au genre (voir l’exemple ci-dessous), et quelques scènes de comique de situation. Lire à ce sujet la manière dont Mick se force à avaler le “délicieux” smoothie végétal préparé par Annie.

Bruno Vincent a cherché à quoi pourraient ressembler les aventures de Claude, Annie et les autres au 21e siècle, en ville plutôt que sur l’île de Kernach, avec un Dagobert vieillissant et de jeunes hommes et femmes actifs, dotés d’un emploi, de smartphones et de tablettes, qui finissent par regarder un replay de Stade 2 en zonant sur le canapé. L’ennui ne semblait pas avoir sa place dans leur jeunesse buissonnière, mais dans le Paris de 2018, il représente sans doute l’ennemi le plus dangereux du Club des cinq… et du lecteur. Cela ressemble un peu à ces bouquins-gags qu’on offre à un copain pour le faire marrer mais sans s’attendre à ce qu’il les lise réellement…

Enid Blyton

Il est d’ailleurs un peu dangereux d’inscrire le nom d’Enid Blyton sous le titre en première de couverture, et de reléguer celui de Bruno Vincent en quatrième de couv’, juste au-dessus du code-barres… Dernier détail, l’étrangeté qui se dégage des illustrations intérieures, sans rapport évident avec la légende tirée du livre. Mais à nouveau, rien d’hilarant ni d’irrésistible ici. Cela aurait mérité davantage de sens du burlesque, de la satire ou du pastiche.

L’extrait : « Annie se leva et posa les mains sur ses hanches.
– OK, déclara-t-elle. Je vais demander à Claude si elle ressent la même chose que vous. Si c’est le cas, on arrêtera ce régime et on reprendra nos mauvaises habitudes.
Les garçons n’étaient pas fiers d’avoir poussé leur sœur dans ses retranchements. Ils hochèrent la tête misérablement et la laissèrent s’engager dans les herbes hautes sur la colline à la recherche de Claude et de Dagobert.
(…)
Annie poursuivit sa route, se parlant à elle-même comme une aliénée, et elle ne sortit brusquement de son introspection que lorsqu’elle atteignit une clairière dégagée. Devant elle se tenait une scène d’épouvante.
Elle porta les mains à sa bouche et poussa un hurlement. »

Le Club des cinq pouponne / arrête le gluten / part en séminaire
Écrits par
Bruno Vincent
Publiés par Hachette

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