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Le fiancé de Frankenstein (critique de Ma vie avec Liberace, de Steven Soderbergh)

Le fiancé de Frankenstein (critique de Ma vie avec Liberace, de Steven Soderbergh)

Note de l'auteur

Dans le Las Vegas des seventies, le portrait d’un pianiste virtuose et manipulateur, obsédé par l’idée de façonner les autres à son image. Nous avions Richard Clayderman, ils avaient Liberace : les cousins d’Amérique sont toujours plus riches !

Steven Soderbergh a déclaré qu’il ne fera plus jamais de cinéma. Il fait donc de la télé et c’est tant mieux parce qu’en étant produit par HBO, il dispose des moyens de ses ambitions tout en respectant un cahier des charges narratif et formel qui l’empêche de patauger dans les méandres de Contagion ou de s’emmêler les pinceaux entre les étalonnages jaunes et bleus de Traffic. Ma vie avec Liberace est donc un film classique, mais qui ne manque pas de classe.

Jeune poulain naïf et affectueux, Scott (Matt Damon) vit dans le modeste ranch de ses parents adoptifs. Il aime les animaux et aspire à une existence pas trop compliquée. Cette vie va lui échapper après sa rencontre avec Lee, alias Liberace (Michael Douglas), le pianiste le plus exubérant de l’histoire du music-hall. Un virtuose qui exécutait, devant des parterres de mamies flageolantes, des shows d’un kitsch à faire baver Maritie et Gilbert Carpentier. Nous sommes dans l’insouciant milieu gay de la fin des années 70, quelques années avant que le sida ne baisse le rideau.

J’ai créé un monstre”, dit Lee à Scott en parlant de son précédent secrétaire, ami, amant et plus si affinités, dont il vient de se débarrasser comme de la crotte d’un de ses nombreux caniches. Sa créature lui a échappé ? Pas grave, ce n’est pas la première fois que ça lui arrive. Lee est maintenant libre de se consacrer corps et âme, et corps, à son nouveau cobaye. Et le pianiste aux mains bagousées 24 carats ne recule devant rien pour modeler Scott à son image, aidé en cela par le Docteur Startz (Rob Lowe, grandiose) et ses miraculeux régimes californiens à base de pilules qui rendent nerveux.

Tiré du livre de celui qui partagea la vie de Liberace pendant près d’une dizaine d’années, le film démonte les rouages de cette incroyable machine narcissique qui s’apprête à dévorer le pauvre Scott. Le jeu des avancées de Lee et des résistances de Scott est l’aspect le plus stimulant de ce long métrage qui, dans ses meilleurs moments, évoque les rapports pervers qu’entretiennent les personnages de Losey dans The Servant ou d’Aldrich dans The Killing of Sister George. Et il faut reconnaître que les interprétations de Matt Damon et de Michael Douglas sont particulièrement spectaculaires. Même si le film déroule son programme annoncé sans jamais surprendre vraiment, Soderbergh semble avoir trouvé un équilibre entre les afféteries formelles et narratives de certains de ses films et un type de récit télé qui a souvent tendance à ronronner, même lorsqu’il est estampillé HBO. Une sobriété, en quelque sorte. Si tant est que l’on puisse parler de sobriété à propos d’un film sur Liberace…

En salles le 18 septembre.

Behind the Candelabra. 2013. USA. Réalisé par Steven Soderbergh. Avec Michael Douglas, Matt Damon, Dan Aykroyd, Scott Bakula… 

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