Le héros Fullerien

Le héros Fullerien

wonderfallsHeroes, et Buffy avant elle, ont montré que l’on pouvait créer du super-héros à l’écran, sans nécessairement passer par la case adaptation d’une franchise. Même si l’on pouvait dresser des parallèles entre les personnages de Heroes et ceux des comics, elle a su montrer une vraie singularité qui lui a permis de vivre une formidable première saison. Un auteur a également puisé dans les codes sources de l’univers super-héroïque pour concevoir ses personnages principaux. Une utilisation moins évidente en théorie puisqu’elle s’incarnait dans un contexte a priori non propice à ce type de déclinaison. Cet auteur, c’est Bryan Fuller.

deadlikemeDans le monde de Bryan Fuller, les personnages principaux sont dotés de pouvoir. Entre don et malédiction. Cette capacité extraordinaire est une fonction et cette fonction définit le personnage. Jaye Tyler voit et entend des objets s’animer et lui donner des conseils (Wonderfalls). Georgia Lass devient une faucheuse après une mort brutale (Dead Like Me). Ned peut redonner la vie à un être vivant en le touchant (Pushing Daisies). Will Graham est capable de se mettre dans la peau de n’importe qui (Hannibal).

Le héros fullerien peut se classer en deux catégories : ceux qui obtiennent leur pouvoir, ceux qui sont nés avec. Jaye et Georgia se transforment quand Will et Ned ont appris à vivre avec. La dynamique de la série change en fonction de chaque catégorie : récit d’apprentissage pour les héroïnes, récit d’ambiance pour les héros. Dans tous les cas, l’évolution est prévue en fonction du pouvoir, il devient une forme de déterminisme : chaque évènement (ou presque) est le résultat de l’utilisation du pouvoir. Principe moteur, il n’efface pas la personnalité, il agit simplement sur le rapport cause/effet et donne à la série l’impulsion narrative. Regarder un épisode d’une série de Fuller, c’est se plonger dans une trame issue des comics. Seulement le showrunner connaît suffisamment bien son médium pour ne pas s’enfermer dans une logique réductrice.

pushingdaisiesC’est la force de Fuller d’avoir su digérer un archétype pour mieux le disséquer et offrir une correspondance évidente et qui fonctionne indépendamment. Le héros fullerien est autonome devant ses influences. Il les tait, non par honte mais parce qu’il n’y aucune raison d’en montrer plus qu’il ne le fait déjà. Et si ses personnages principaux possèdent cette écriture super-héroïque, ils vivent dans un monde étranger à cette inspiration (seul Pushing Daisies entretient l’idée d’un univers fantaisiste).

hannibalPeu d’auteurs à la télévision peuvent se vanter d’avoir bâti une oeuvre aux ramifications multiples. Il y a la Comédie Humaine de David Simon, nom qui viendra à toutes les lèvres. Et Fuller, plus humblement mais aussi de façon plus démonstrative. Il mélange ses différents univers, créé des passerelles théoriques, cultivent ses obsessions d’oeuvre en oeuvre. Dans un précédent texte, Dominique Montay analysait Hannibal et les séries de Fuller par mots clés (Hannibal, la nourriture, la folie, la mort et le conte). On voit, grâce au texte, combien les créations de Fuller sont poreuses, combien elles se répondent comme si elles appartenaient au même univers et combien Hannibal cristallisait cette dimension commune. Cette perméabilité s’explique autant par les obsessions thématiques de l’auteur, qu’une écriture guidée par un geste super-héroïque aux mondes décloisonnés.

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