Le jouet cassé des frères Duffer (Stranger Things 3 / Netflix)

Le jouet cassé des frères Duffer (Stranger Things 3 / Netflix)

Note de l'auteur

Peut-on dire d’une suite logique qu’elle est décevante ? Après une saison 2 flirtant déjà avec les limites de son principe, la série Stranger Things des Duffer Brothers verse dans le ridicule pour une saison 3 radicalement minable. Spoiler Alert : on revient sur la totalité de la saison.

Membre de la Team Pour depuis une saison 1 que je trouvais formidable, un poil plus gêné aux entournures après une saison 2 assez limite dans ses choix mais malgré tout passionnante, j’avoue : la saison 3 m’a donné envie de ricaner, de hurler et de jeter des objets contondants aux visages de Matt et Ross Duffer, les créateurs de cette série diffusée sur Netflix. Tout est raté dans cette soupe télévisuelle indigeste. Et, suprême insulte au téléspectateur (de base ou fan hardcore), tout y est d’une laideur incommensurable.

Les Russes y reprennent les expériences abandonnées (de force) par le Dr Brenner. Eleven et Mike se lèchent la pomme en permanence, au grand dam du shérif Hopper qui a recueilli la jeune fille et tente de leur imposer des limites physiques. Grande nouveauté à Hawkins : l’ouverture d’un grand centre commercial, temple bien classique de la consommation à l’américaine, où tout brille et tout est nouveau. Les jeunes y passent leur temps libre, y vont au cinéma voir Retour vers le futur, y mangent des glaces, y font les boutiques (pour les filles)…

Jonathan et Nancy sortent ensemble et bossent dans le même quotidien local, où la jeune fille est (forcément) traitée avec condescendance par une rédaction exclusivement masculine (et forcément composée de gros lourds). Le discours féministe en devient d’une lourdeur insupportable, seulement égalée par la façon dont Steve “The Hair” Harrington drague les clientes de sa boutique de crèmes glacées. D’autant que la tentative d’intégrer un personnage LGBT tombe complètement à plat vers la fin de la saison.

Trop préoccupés par leurs affres sentimentales, Mike et Lucas (et dans une moindre mesure Dustin) délaissent les artefacts de leur “enfance”, et en premier lieu les soirées D&D avec Will. On soupçonne que ce dernier est gay (une remarque bien fine de Mike l’évoque) mais rien n’est vraiment tranché.

Comme Mike, on meurt d’ennui dans cette saison de trop.

Tout est téléphoné dans cette 3e saison. Prévisible à 3000 %. C’est trop facile, il faut l’avouer, sachant que, dans chaque situation, les Duffer Brothers optent constamment pour la pire solution. Les trames narratives sans enjeu se multiplient, ricochent les unes sur les autres jusqu’à la nausée, doublées d’une enquête minable sur le lien des méchants russkofs avec le mirifique centre commercial Starcourt, symbole d’une société américaine décadente, ainsi que d’une enquête pseudo-journalistique sur des rats enragés. Ouch.

Exploités avec un minimum de finesse, ces ingrédients auraient pu donner lieu à un plat à peu près absorbable. Problème : ils se répètent scène après scène, épisode après épisode, dans des séquences beaucoup trop longues et des enchaînements sans surprise. Le pire étant le passage d’Eleven dans les brumes mémorielles de Billy, avec emphase sur son enfance forcément traumatique, ce qui – ô surprise – donnera à El la clé pour faire revenir in extremis le grand frère de Max dans le camp des gentils. Et ainsi sauver le monde. Bien sûr.

Rien n’est beau dans cette saison, les espaces sont vides, les sentiments sonnent creux, l’histoire est plate, les décors criards sans raison. On dirait une parodie étirée sur 8 épisodes qui en paraissent 80. Il aurait fallu débuter là où la saison se termine, avec la scission du petit groupe d’amis. Peut-on encore espérer que la 4e saison s’en sorte mieux ?

Reste cette impression d’une saison totalement inutile. Existe-t-il une malédiction des 3e saisons ? Santa Clarita Diet et The Good Place s’y sont cassé les dents. La saison 3 de Legion vient de commencer de brillante façon. Parviendra-t-elle à déjouer la malédiction ?

STRANGER THINGS Saison 3 en 8 épisodes,
diffusée sur Netflix depuis le 4 juillet 2019.
Série créée par Matt et Ross Duffer.
Série écrite par les frères Duffer, Shawn Levy et Uta Briesewitz.
Avec Winona Ryder, David Harbour, Finn Wolfhard, Millie Bobby Brown, Gaten Matarazzo , Caleb McLaughlin, Noah Schnapp, Sadie Sink, Natalia Dyer, Charlie Heaton, Joe Keery, Dacre Montgomery et Maya Hawke, notamment.

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