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« Le Monde est à toi » : Sous les ors de la comédie française

« Le Monde est à toi » : Sous les ors de la comédie française

Note de l'auteur

Perle colorée de la dernière édition de la Quinzaine des réalisateurs, Le monde est à toi a soufflé un petit vent insolent sur le paysage cinématographique français. Nous l’avons vu pour vous.

Petit dealer sans envergure, François (Karim Leklou) n’a qu’une ambition : acquérir les droits de distribution de Mr. Freeze au Maghreb. Lorsqu’il apprend que sa kleptomane de mère (Isabelle Adjani) a dilapidé toutes ses économies, il n’a pas d’autre choix que d’accepter de convoyer de la drogue pour un caïd à la manque baptisé Poutine (Sofian Khammes). Plus ou moins épaulé par deux ados au QI inférieurement proportionnel au nombre de balles dans leurs pistolets, un beau-père complotiste (Vincent Cassel) et un amour de jeunesse aux mœurs discutables, le pauvre François a bien du mal à mener sa mission à bien !

Huit ans après la sortie du délirant Notre jour viendra, Romain Gavras se mêle de trafic de drogues et autres kidnappings avec une déconcertante légèreté. Fort d’un scénario taillé à la serpe, Le monde est à toi oscille entre thriller pop et comédie grinçante avec autant de facilité que ses protagonistes s’assènent quelques piques bien senties.

Révélé par Un Prophète, Karim Leklou insuffle à son pauvre François suffisamment d’intelligence et de bonhommie pour en faire un chef d’orchestre tout aussi crédible qu’attachant. Vrai-faux naïf au cœur gros comme le portefeuilles de sa mère, il tient tête à cette dernière avec une retenue telle qu’elle ne peut inspirer que l’admiration. En effet, rarement une matriarche aura été aussi délicieusement détestable que cette Dany toute empierrée. Quant à Vincent Cassel, il excelle en petite frappe paranoïaque plus obsédé par les Illuminati que par sa survie.

Élevant la stupidité au rang d’art, Romain Gavras réinvente le film de gangsters à coups de répliques perchées à souhait et de plans colorés à l’épileptisme (plus ou moins) modéré. S’il s’inscrit dans la ligne de Scarface et son remake cocaïné – d’où est tiré le titre Le monde est à toi – le réalisateur français convoque également l’outrance sanglante de Quentin Tarantino et l’élégante grossièreté de Guy Ritchie jusqu’à accoucher d’un film hybride définissable par son auteur… et son époque. Divertissement numérique maladivement obsédé par un pseudo idéal hollywoodien rutilant, Le monde est à toi est un féroce pied de nez à la normalité. Si certains de ses ressorts narratifs sont quelques peu éculés, ce ballet de doudingues est condamné à impressionner.

Cerise sur le gâteau, Gavras a gratifié ses frasques bigarrées d’une bande-originale réunissant Daniel Balavoine, Michel Sardou, Laurent Voulzy et ni plus ni moins que Toto. Avec un caméo de Miles Kane en prime, que demande le peuple ?

Le Monde est à toi 
Réalisé par Romain Gavras
Avec Karim Leklou, Vincent Cassel, Isabelle Adjani
En salles depuis le 15 août 2018

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