Le Serment d’un voyant : à la frontière du royaume des morts

Le Serment d’un voyant : à la frontière du royaume des morts

Note de l'auteur

Tome 4 du très feuilletonnant Les Enfants de D’Hara de Terry Goodkind, où l’on s’enfonce et ressort de l’Enfer intérieur… pour faire face à la frontière avec le royaume des morts.

L’histoire : Personne ne viendrait à leur secours, Richard ne se faisait pas d’illusions. S’il ne mettait pas un terme à la menace, Kahlan périrait, le voyant l’avait juré. Et ils la suivraient tous de près. Avec la Mère Inquisitrice, Shale et six Mord-Sith – neuf chasseurs pour une proie, un chiffre lourd de sens – le Sourcier se lance à la poursuite de Moravaska Michec. Dans les entrailles du Palais du Peuple, le groupe devra mobiliser son courage et sa bravoure pour l’emporter. À condition que les pouvoirs du voyant ne lui réservent pas une cruelle surprise…

Mon avis : Ce 4e épisode de la série Les Enfants de D’Hara est largement consacré à la poursuite et à la lutte contre Moravaska Michec. Une lutte a priori secondaire dans la tentative quasi désespérée de sauver les futurs enfants de Richard et Kahlan de la Déesse d’or et de ses sbires étranges, les Carnassiers. Mais un combat nécessaire, car il ne servirait à rien d’atteindre la forteresse si le voyant Michec prenait le pouvoir de l’intérieur du Palais et mettait le feu au royaume…

Avec ce 4e tome, la dimension feuilletonnesque du rythme narratif est plus évidente que jamais. On se sent revenir à la grande époque des séries échevelée, des publications régulières électrisées par du souffle et du suspense. En définitive, si chaque tome se présente (en VO du moins) comme une novella, la réalité se situe davantage du côté d’Eugène Sue et du Comte de Monte-Cristo.

Les combats se font plus épiques, plus violents aussi, plus sanglants à mesure que la troupe s’enfonce dans cette forme d’Enfer intérieur. L’histoire prend de l’ampleur, et c’est sans surprise que le nombre de pages soit passé de 120 /144 pour les trois premiers tomes à un bon 192 pages pour celui-ci.

Terry Goodkind y continue son exploration de la magie particulière qui imprègne D’Hara. Richard use ainsi de son propre sang « pour amplifier sa magie », tandis que l’arme elle-même semble nous référer à la Stormbringer d’Elric autant qu’à l’Exterminator de Loup*Ardent :

Juste avant d’atteindre la sortie de la salle, Richard s’immobilisa, épée au poing. Tendant le cou, il sonda le couloir dans les deux directions.
Dans sa paume, il sentait chaque lettre du mot “Vérité” tissé de fils d’or et d’argent sur la poignée de l’arme. Coulant de ses poignets, du sang ruisselait le long de la lame puis, gouttant de la pointe, allait s’écraser sur le sol. Au contact du fluide vital de son propriétaire, l’arme devenait plus avide encore de tailler en pièces des ennemis. Pour amplifier sa magie, Richard s’était plus d’une fois servi de son sang. »

L’idée maîtresse du volume tourne autour de l’idée de sauver quelqu’un en prenant tous les risques, et notamment celui de ne pas être sauvé soi-même. De tout abandonner pour ne plus souffrir. Et de combattre cette tentation de baisser les bras.

Terry Goodkind

Autre belle idée de Terry Goodkind : l’absence de prophétie au pays de D’Hara. En effet, Richard a renvoyé les prophéties au royaume des morts où elles ont « un rôle fondamental à jouer » : elles sont une composante de base de l’éternité « qui explore toutes les branches possibles de l’avenir ». Avec, à la clé, un approfondissement des motifs du temps et de l’univers de D’Hara.

D’autres motifs évoquent irrésistiblement de grands classiques de la fantasy, telle cette forêt ensorcelée et traîtresse où le groupe de Richard et Kahlan paraît tourner en rond, rappelant la Mirkwood du Hobbit. Sans oublier cette description de la « frontière » qui surgit sur la route de la forteresse. Limite du monde physique avec le royaume des morts :

Lorsque la lueur verte apparut, elle sembla différente aux yeux des deux femmes, car il y avait un monde entre la voir de loin et en être proche. À courte distance, on aurait dit qu’elle bourdonnait.
Shale leva les yeux puis regarda sur les côtés.
En avançant, Kahlan commença à entendre nettement le bourdonnement, comme si elle était face à un essaim de milliers d’abeilles. Avec chaque pas, ce son devenait plus fort et plus grave. Sachant de quoi il s’agissait, l’Inquisitrice sentit un frisson glacé courir le long de sa colonne vertébrale.
Tandis que la lumière verte devenait de plus en plus vive, le décor, alentour, sombra dans la pénombre, comme si on était au crépuscule.
Soudain, le rideau vert se matérialisa, et la lueur enveloppa les trois compagnons. Quand elle jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, Kahlan constata qu’elle ne voyait plus Vika. Dans le monde des vivants, tout était noir alors qu’il faisait encore jour. »

Terry Goodkind ne brille pas particulièrement par son style. D’évidence, le romancier américain privilégie l’efficacité sur la musique, la simplicité sur l’originalité, laissant un maximum de place à l’histoire et à quelques dimensions plus intéressantes. Et, toujours, ce souci du rebondissement, du petit détail dont on sent qu’il prendra tout son sens plus tard. En l’occurrence, le doute sur la mort réelle et définitive du voyant Michec…

Le Serment d’un voyant – Les Enfants de D’Hara t. 4
Écrit par
Terry Goodkind
Traduit par Jean Claude Mallé
Édité par Bragelonne

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