Le Top 10 des albums 2015 de Mathieu Poitier

Le Top 10 des albums 2015 de Mathieu Poitier

Maintenant que nous avons bien digéré les fêtes de fin d’année, il est temps d’effectuer un dernier coup d’oeil dans le rétro et dresser un bilan. La « team musique » vous en a concoctés quelques-uns avec pour chacun des rédacteurs, un top des meilleurs albums de l’année 2015.

 

 

blur-the-magic-whip10 – Blur – The Magic Whip

Après 12 ans d’absence, le célèbre groupe de BritPop emmené par Damon Albarn, revenait au printemps dernier avec The Magic Whip. Ce nouvel album synthétise assez bien la carrière des Anglais, en allant chercher dans les différentes époques du groupe. Pas de grands bouleversements musicaux, ici Blur revient à ce qu’il sait faire de mieux avec des morceaux finement composés et pour certains, redoutablement efficaces, comme avec Lonesome Street où les riffs de Graham Coxon nous font revivre les meilleurs moments de 90’s. Parmi les pistes dont on ne se lasse pas, on citera I Broadcast et son énergie communicative, My Terracotta Heart, une ballade estivale et mélancolique ou encore le groove et la décontraction de Ghost Ship. Les retrouvailles tiennent toutes leurs promesses et même si on peut reprocher à The Magic Whip de manquer un peu de cohérence, le fan que je suis, n’a pu résister à l’appel de Damon et sa bande de potes qui, avec le temps, sont devenus aussi les miens. C’est bon de vous revoir les gars !

 

battles-x-dave-konopka-la-di-da-di9 – Battles – La Di Da Di

Le troisième album des New-Yorkais est sorti au mois de septembre et comme on s’y attendait, nous n’avons pas été déçus. Toujours aussi expérimentale et labyrinthique, la musique de Battles ne cherche pas à vous caresser dans le sens du poil, bien au contraire. Ils aiment plus que tout venir nous chatouiller les synapses avec leurs délires soniques hybrides, à géométrie variable. En constante recherche, le groupe construit chacun de ses morceaux en empilant différentes nappes de sons. Entre électro et math rock, Battles ne veux pas choisir et parvient à marier les deux à merveille. Comme d’habitude, il privilégie les rythmes à contretemps et les mélodies hypnotiques dans un joyeux bordel qui est cependant ultramillimétré et totalement maîtrisé. Rien n’est laissé au hasard et La Di Da Di ne déroge pas à la règle. Les titres s’enchaînent et nous entraînent dans un trip plein de fureur dans lequel les sons se télescopent, à l’instar de l’incroyable The Yabba et de l’ensorcelant Dot Net. Pas besoin de paroles ou de chants, Battles nous convie à une expérience musicale radicale et sans concession et on en redemande.

 

Hypnophobia-Jacco-Gardner8 – Jacco Gardner – Hypnophobia

Ce jeune Néerlandais de 27 ans a sorti son second album au printemps dernier et a confirmé tout le bien que je pensais déjà de lui. Fortement inspiré par la pop 60’s, ce chanteur/compositeur/multi-instrumentiste convoque avec Hypnophobia, aussi bien les groupes Quicksilver Messenger Service et The Kinks que Serge Gainsbourg. Alternant morceaux chantés et trips plus instrumentaux, Jacco Gardner nous plonge dans une pop psychédélique, songeuse et vaporeuse. Le jeune homme cultive un « song writing » rétro tout en y apportant une touche de modernité dans les compositions. Le morceau Brightly nous inonde de lumière, Find Yourself rappelle le groove du groupe Temples et Before the Dawn joue sur la répétition pour mieux échafauder une incroyable structure musicale. Bref, tous les titres convergent vers une pop lumineuse, douce-amère, délicate et complexe. Véritable touche-à-tout, Gardner nous convie dans son monde acidulé et barré, un laboratoire dans lequel il expérimente ses sonorités. N’ayez pas peur, il ne vous veut que du bien et Hypnophobia en est incontestablement la preuve.

 

packshot7 – Beirut – No No No

Voilà presque 10 ans que Zach Condon nous berce de douces mélodies et d’un « song writing » sans pareil. No No No, le quatrième album du groupe californien, est sorti à la toute fin de l’été et a accompagné à merveille cet automne 2015. Fidèle aux influences du groupe, cette nouvelle galette enchaîne les morceaux pop/folk aux sonorités slaves. Plus qu’un groupe, Beirut est un orchestre à lui tout seul. Guitare, violon, percussions, basse, cuivres, accordéon, mandoline, flûte, piano ou encore, ukulélé, les neufs membres du groupe possèdent une palette instrumentale assez hallucinante. Mais loin de faire preuve d’étalage ou d’emphase, le groupe fait dans la finesse et fait éclore des morceaux d’une incroyable légèreté. Que ce soit sur le titre No No No ou les magnifiques At Once, Pacheco et surtout So Allowed, la voix de Zach Condon à elle seule, parvient à élever l’ensemble. Sa justesse, sa facilité et sa musicalité touchent en pleine cible et suscitent une émotion incroyable. Le seul vrai reproche que l’on pourrait faire à cet album, c’est d’être trop court. Neuf titres pour une durée d’une petite demi-heure… Bon, dans un sens, ça permet de l’écouter un bon paquet de fois et de pouvoir à chaque fois s’extasier sur des mélodies à la richesse incroyable.

 

flying-lessons6 – Fool’s Gold – Flying Lessons

Ressortez les maillots de bain, avec Fool’s Gold, c’est toujours l’été. Le groupe californien revient cette année avec Flying Lessons et comme toujours, il vient les mains pleines de morceaux ensoleillés et nous invite au voyage. Très influencé par les rythmiques et sonorités venues d’Afrique, Fool’s Gold cultive son goût par une pop teintée d’exotisme et de douceur de vivre. En trois albums seulement, ils ont su apposer une vraie touche, une empreinte musicale. D’abord avec la voix profonde et grave du chanteur et bassiste, Luke Top. Pour info, son autre particularité, c’est à l’occasion de chanter en hébreu. Oui, oui, en hébreu… Bref, ensuite, le groupe possède un son de guitare d’une clarté absolue assez reconnaissable. Comme Surprise Hotel le fut sur le premier album, Another Sun et Devotion sont de parfaits exemples de ce que propose Fool’s Gold. Une rythmique chaloupée, une guitare fluette, une basse ronde et groovy et une voix ténébreuse pour des titres juste imparables. Alors, on monte le chauffage, on se sert un cocktail et on met Flying Lessons, effet garanti !

 

gwendalperrin.net-bjork-vulnicura-album5 – Björk – Vulnicura

Après la lumière, les ténèbres… Björk était de retour cette année avec l’album le plus personnel de sa carrière. La prêtresse de l’électro-pop islandaise, a tombé le masque avec Vulnicura afin de nous ouvrir son cœur et dévoiler les blessures dues à sa séparation avec l’artiste plasticien Matthew Barney. Alors que chacun de ses albums explore un univers et un personnage différent, celui-ci est une mise à nu de l’artiste. Accouché dans la douleur, Vulnicura se déploie avec fragilité et se révèle bouleversant. Revenu à des sonorités un peu plus classiques, le Björk 2015 se situe quelque part entre Homogenic et Vespertine. Stonemilker marche dans les pas du titre Joga et déploie des trésors d’arrangements, tandis que Lion Song répond à Hidden Place. Mais s’il ne fallait en garder qu’une, ce serait très certainement Black Lake. Le cri de détresse d’un cœur brisé, d’un amour perdu, véritable clé de voûte de l’album. Un morceau que la chanteuse ne veut d’ailleurs plus chanter en live, tant il est douloureux. Dans une progression oppressante et profondément mélancolique, Black Lake nous retourne émotionnellement. On sort de Vulnicura secoué et assez subjugué par tant de créativité. Même dans la douleur, Björk reste au sommet de son art.

 

django-django-born-under-saturn4 – Django Django – Born Under Saturn

Django Django confirme leur filiation avec The Beta Band et pousse plus loin leur trip musical. Born Under Saturn nous plonge dans une transe presque païenne sur laquelle ondulent les corps. Entre ambiance psychédélique et fulgurances électro-pop, les Écossais trouvent un terrain de jeu fertile. Les voix s’entremêlent pour former des chœurs, les rythmiques appuyées appellent au déhanchement et les synthés sont hypnotiques. D’un morceau à l’autre, on se laisse facilement transporter par cette espèce de nonchalance, par cette apparente simplicité qui cache des morceaux à tiroirs, par quelque chose de primal qui habite chaque morceau de l’album. Que ce soit sur le très Beach Boys Shake and Tremble, l’électro plus glacée de First Light ou avec le beat subtilement déstructuré de Vibrations, Django Django démontre un savoir-faire indéniable pour balancer des petites bombes musicales, résolument modernes. Au croisement de multiples influences, le groupe impose sa pop futuriste et un brin bordélique, sur la scène musicale. Après l’album de la révélation, celui-ci semble être celui de la confirmation.

 

tame-impala-currents3 – Tame Impala – Currents

Dire qu’on attendait beaucoup du nouveau Tame Impala tient du doux euphémisme. Puis, le premier morceau, Let It Happen, est sorti, légitimant l’excitation que suscitait ce troisième album. Kevin Parker et sa bande reviennent donc avec Currents, treize titres pop mâtinés d’électro et fortement hallucinogènes. Ils enchaînent les perles musicales, dans un trip aérien et songeur. Tame Impala se met en danger en prenant une voie assez différente de ses deux premiers albums. Le son fuzzy des guitares laissent ici la place à des sons bien plus électroniques dans des compositions à tiroirs, de grande ampleur. Avec Eventually, The Less I Know the Better, Disciples ou encore ‘Cause I’m a Man, Kevin Parker montre son savoir-faire indéniable en termes de productions extrêmement léchées. Se réclamant d’artistes comme DJ Shadow ou Air, il semble trouver ici la musique qu’il a toujours voulu faire. Une pop groovy, planante et remplie de fulgurances musicales qui place définitivement le groupe en orbite au-dessus de la mêlée. Il y a Tame Impala et puis il y a les autres.

 

RATATAT-magnifique-album-art-600x6002 – Ratatat – Magnifique

Cette année 2015 signait également le grand retour du duo new-yorkais. Après cinq ans d’absence, Ratatat revient dans une forme olympique et nous balance un album qui n’a jamais aussi bien porté son nom, puisqu’il s’intitule Magnifique. Comme à l’accoutumée, pas une parole sur cette nouvelle galette. Ici, ce sont les riffs de guitares qui font office de textes. Des mélodies tantôt pop, tantôt électro, mais toujours habitées par une musicalité incroyable. Les compositions sont amples et vous convient autant sur le dancefloor que sur des plages paradisiaques de sable fin. Que ce soit avec le titre éponyme de l’album, Supreme, Primetime ou encore I Will Return, Ratatat s’aventure dans une musique plus exotique, bercée par une douce lumière. Pour le reste, le groupe reste dans ce qu’il sait faire de mieux avec des morceaux qui font la part belle aux instruments dans des arrangements en mille-feuille. Guitare, basse et synthé se répondent et se confondent pour un résultat toujours plus funky et jouissif. Parmi mes coups de cœur, et ils sont nombreux, je citerai notamment Cream on Chrome et son indescriptible groove, le dansant et tellement addictif Abrasive, le très éléctro Nightclub Amnesia ou encore les cartoonesques et hypnotiques sons de Drift. Merci les gars, c’est vraiment Magnifique !

 

Unknown-Mortal-Orchestra-Davcom1 – Unknown Mortal Orchestra – Multi-Love

Non seulement Multi-Love est, selon moi, l’album de l’année mais en plus Unknown Mortal Orchestra est la découverte de l’année, pour ma part. Car oui, malgré deux excellents et inclassables premiers albums, j’étais complètement passé à côté de ce groupe américano-néo-zélandais. Après des débuts quelque part entre MGMT et les barjos de Of Montreal, ce troisième album continue de nous triturer le cerveau avec des tubes bizarroïdes et redoutablement efficaces. Multi-Love s’enveloppe d’un psychédélisme rétrofuturiste et c’est avec une délectation non dissimulable que je me suis perdu dedans. Un trip musical qui s’immisce dans le corps et l’esprit pour ne plus vous lâcher et vous fait partir dans l’espace. Chaque morceau apporte une facette différente du groupe et dévoile toute la subtilité et la créativité de leur musique pleine de circonvolutions pop. Du titre extra-terrestre Multi-Love au groove old-school et terriblement sensuel de Necessary Evil, en passant par l’imparable tube Can’t Keep Checking My Phone, l’album ne souffre d’absolument aucune faiblesse. Plus les écoutes s’enchaînent, plus mon amour grandit pour ce troisième album, juste indispensable.

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