Le TOP 100% inédit du Docteur No

Le TOP 100% inédit du Docteur No

2013. Année cinématographique compliquée. Très compliquées. Les déceptions et les catastrophes atomiques se sont enchaînées à rythme soutenue. Bref une année médiocre. Une de plus… 2012 déjà c’était pas la joie…
Mais bon c’est l’heure des TOPS et des FLOPS les mecs…
Cette année, les films inédits (ni sortie ciné ni sortie DVD en France quoi!) de qualité se sont fait rares. Très rares… À l’image d’une production mondiale déclinante?

En tout cas voici donc mon TOP 10 100% inédits

 

 

01. DRUG WAR de Johnnie To
La Chine. Une unité d’élite des flics de la police de la brigade des stup’. Le mutique, implacable et charismatique Capitaine Zhang (Sun Honglei) et son équipe appréhendent le trafiquant Timmy Choi (Louis Koo). Trafiquant qui se met immédiatement et avec un zèle étrange (en même temps il risque la peine de mort) au service de la police pour remonter toute la filière.
C’est le grand retour de Johnnie To! Un retour tonitruant! DRUG WAR est un récit clinique, circonstancié et froid comme la mort du travail de la police. On est carrément perdu, dans un premier temps, par le classicisme absolu (et quasi télévisuel) de cette enquête. Et puis le malaise s’installe. Qui est ce Timmy Choi? Pourquoi aide-t’il la police avec autant de servitude? On ne le saura jamais…
En fait on s’ennuie carrément pendant un long moment (on se balade dans du déjà vu) avant que Johnnie To ne s’énerve et nous balance un truc  qui fleure bon THE HEAT de Michael Mann. Les gunfights sanguinaires s’enchainent dans un crescendo sépulcral étourdissant. Et la mise en scène, d’une distance quasiment inhumaine, rend inoubliable ce ballet de mort spectaculaire et pathétique. En s’effaçant totalement derrière son intrigue Johnnie To, qui abandonne son maniérisme ‘Léonien’,  transforme DRUG WAR en marche funèbre, quelque part grotesque. DRUG WAR est la chronique d’une guerre épouvantable. Ingagnable et dégueulasse. Le final est proprement incroyable de nihilisme! Fantastique!!!
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02. UNICORN CITY de Bryan Lefler
Bienvenue dans l’étrange et délirant monde du jeu de rôles!!! Voss, espèce de jeune branleur irritable, dont l’avatar est un chevalier/chanteur d’opéra, se fait virer d’une guilde (un groupe de joueurs d’un jeu d’heroic fantasy). Il organise, pour se venger (un peu) et pour trouver un boulot (beaucoup) un GN (pour Grandeur Nature) avec ses amis dans la forêt. C’est sans compter sur son ennemi juré Shadow Hawkes (le génial Jon Gries) qui vient saboter son entreprise et essayer de séduire la délicieuse et übertimide Marsha (la bombe anatomique venue de nullipare Jaclyn Hales), secrètement amoureuse de ce grand dadais aveugle de Voss (faut suivre bordel!). Unicorn City (symbolisée par une magnifique sculpture en papier d’alu) est le nom de cette cité utopique vaguement perdue dans les bois!
Bryan Lefler,
manifestement un grand amateur de jeux de rôles, signe une comédie délirante doublée d’une rom-com délicieusement décalée. La sincérité et l’enthousiasment brillent de mille feux! UNICORN CITY déborde d’amour et d’ironie pour son sujet et pour ces doux-dingues qui ont su garder leur âmes d’enfant. Ce truc est d’une fraicheur étourdissante… Ils sont tellement touchants et drôles tous ces rôlistes qui s’éclatent à vivre dans un autre monde le temps d’un week end. Ils vivent à fond dans un monde féérique rempli d’Elfs sous anti-dépresseurs, de centaure à roulette et glacière incorporée et de monstres plus fous et bariolés les uns que les autres… Ce truc est un pitit bijou d’humanité et d’humour gentiment nonsensique!!! Ça fait du bien de voir ça bordel! Mignon comme tout!
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03. PHIL SPECTOR  de David Mamet
Début des années 2000. Un tout petit bonhomme, aussi légendaire qu’invraisemblable, s’est retrouvé dans une tornade judiciaire et médiatique incroyable. Phil Spector, l’inventeur du wall of sound, producteur génial (The Ronnettes, The Beatles, Ike & Tina Turner et tant d’autres…) est alors accusé du meurtre de sa compagne du moment, une actrice obscure, sans talent et sans rôle. Le problème, c’est que Phil Spector est devenu complètement taré. Bref c’est le coupable idéal.
L’immense cinéaste/dramaturge David Mamet s’attaque à ce moment surréaliste (encore un!) de l’histoire judiciaire américaine. PHIL SPECTOR est le compte rendu fantasmé (Mamet revendique sa liberté vis à vis des événements) du procès, du point de vue d’une avocate, Linda Kenney Baden. Et c’est la divine Elen Mirren qui l’interprète. Mamet transcende à la fois le biopic et le film de procès, deux genres iconiques du cinéma US. Il ne reste plus que deux personnes, l’avocate et son client.
Et Al Pacino est Phil Spector. Son cabotinage bigger than life voire WTF, parfois épuisant, sied à merveille à son personnage. Il surjoue comme un dingo et pourtant il est probablement à des années lumières de l’authentique folie de l’authentique Phil Spector (quelle collection hallucinante de perruques plus grotesques les unes que les autres). Cette relation avocat/client plonge dans la fascination, le respect et la consternation. Comment sauver quelqu’un qui s’autodétruit sans le savoir. Comment ramener dans le monde des mortels une légende noyée dans sa gloire passée. C’est tout le sujet de ce huis clos passionnant où deux monstres sacrés du cinéma contemporain s’affrontent et se séduisent. Et dire que ce truc est un téléfilm (une production HBO, comme MA VIE AVEC LIBERACE de Steven Soderbergh). C’est magnifique!
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04.THE INCREDIBLE BURT WONDERSTONE de Don Scardino (sorti en VOD dans l’indifférence générale, oui là je triche)
Las Vegas… La flamboyante Las Vegas… L’impitoyable Las Vegas… Lieu de perdition où sévissent les pires créatures de la création, les magiciens!!! Un duo fatigué d’illusionnistes, Burt Wonderstone (le grand Steve Carell) et Anton Marveltone (Steve Buscemi) cachetonnent comme des sagouins dans un casino minable.  Trente ans passés à faire les mêmes numéros moisis… Mais l’apparition du magicien de rue complètement taré, Steve Gray (Jim Carrey en mode génie comique retrouvé!) les ringardise en un clin d’œil. C’est la descente aux enfers pour les deux crétins au brushing cosmique et au visage cramé aux UV… Mais comment vont-ils s’en sortir, hein?!?
Loin des comédies US qui ne tiennent que sur une vulgarité atomique faussement impertinente (coucou Judd Apatow) qui masque un vrai propos ultra-conservateur (coucou Judd Apatow), THE INCREDIBLE BURT WONDERSTONE renoue avec un humour gentiment décalé et bon enfant. Et c’est fantastique. Jubilatoire… L’univers, un peu ringard, bon ok, über-ringard, de la magie est un sujet idéal pour la comédie. Les gags délirants (et assez cruels par moments) s’enchaînent sans interruption. Jim Carrey, en taré décoloré et tatoué adepte de l’automutilation nawesque, vole littéralement la vedette à Steve Carell. Il est phénoménal! Bon. Comme toute bonne comédie US inoffensive qui se respecte, les bons sentiments dégoulinants de bon sentiments ne sont jamais très loin mais Don Scardino (qui vient de la télé) parvient à maintenir une atmosphère légère et chaleureuse. Ce truc  donne une pêche d’enfer bordel! Et évidement, ça s’est viandé au box office US.
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05. OPEN GRAVE de Gonzalo López-Gallego
Dans la nuit noire et obscur et sombre et nocturne, un inconnu se réveille en hurlant dans une fosse commune particulièrement dégueulasse et remplie de cadavres en décomposition. Le problème c’est que cet homme ne se souvient plus de rien. Il va retrouver un groupe d’amnésiques dans une grande maison et tout ce petit monde va gambader dans la forêt voisine pour essayer de se souvenir de quelque chose bordel quoi! C’est qu’il y a comme une putain de menace létale autour d’eux…
Huis clos à ciel ouvert, survival angoissant et labyrinthe mental qui danse le twist, OPEN GRAVE marque le retour en grâce de Gonzalo López-Gallego. Après le flippant LES PROIES et le found footage aussi sympathique que totalement anecdotique APOLLO 18, le petit génie espagnol fait dans le mystère mystérieux sanguinaire et über flippant. La paranoïa et la folie s’emparent petit à petit de ce groupe d’amnésiques au gré des flashes de mémoire retrouvée. Et la mise en scène, super nerveuse et inspirée de Gonzalo López-Gallego, emporte tout sur son passage. Malgré un passage à vide dans le deuxième acte (on s’ennuie ferme à un moment) et un twist un chouilla téléphoné OPEN GRAVE impressionne par la puissance de la mise en scène et le jeu possédé du trop rare et fantastique Sharlto Copley (qui n’est pas un charlot complet, mwwwwwwwwahahahahahaha!!! [Quelle blague minable, note du Dr No à lui-même]). Prenant et très original quoi!
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06. THE COLONY de Jeff Renfroe
Dans les mondes post-apocalyptico-cinématographiques de dans demain, il n’y a pas que des fournaises invivables (coucou MAD MAX) et des punks dégénérés cannibales tout en skaï retranchés dans des carrières désaffectées de la banlieue de Rome. Il y a aussi (mais c’est bien plus rare) des déserts de glace (coucou SNOWPIERCER) et des punks dégénérés cannibales. Y a toujours des punks dégénérés cannibales dans un post apo qui se respecte.
Voici donc THE COLONY. C’est l’hiver éternel sur terre, devenue un frigo géant après une tentative minable (et trop réussie) de contrecarrer le réchauffement climatique en refroidissant l’atmosphère (re-coucou SNOWPIERCER). Un refroidissement devenu incontrôlable. Les derniers survivants survivent péniblement dans des bunkers souterrains. Ces colonies disparaissent les unes après les autres. Les membres de la colonie 7 partent découvrir ce qui est arrivé à la colonie 5 qui ne donne plus de nouvelles. Et ils vont pas être déçus du voyage.
Dans sa première partie THE COLONY fait dans le sérieux et le rigoureux. On découvre cette communauté fragile qui lutte tant bien que mal contre une mort quasi inéluctable. Mais soudainement Jeff Renfroe plonge dans l’exploitation délirante et le grand nawak sanguinaire carrément gore par moments. Un truc entre THE ROAD (genre post-apo cérébral) et GHOST OF MARS (genre survival énergique avec tout plein de démembrements). C’est pas déplaisant. C’est juste détonnant ce changement radical. Les vielles carnes Bill Paxton et Laurence Fishburne font le boulot et on ne s’ennuie jamais. Ça manque juste d’un peu d’ambition… Pas mal quoi!
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07. BLOOD  de Nick Murphy
Et encore une bombe venue d’Angleterre!!! Un bled paumé sur la cote. Un crime atroce (une gamine est retrouvée massacrée à coups de couteaux). L’enquête commence. Deux frères flics de la police sont aux commandes. Un suspect trop beau pour être vrai. Mais pas de preuves formelles. Il est libéré. Et exécuté par l’un des deux flics en mode sordide et dégueulasse. Et les vrais coupables sont démasqués. Le remord. La dissimulation. L’autodestruction…
Nick Murphy (auteur du supermollasson THE AWAKENING) et son casting fantastique (Paul Bettany, Mark Strong, Brian Cox) nous balancent un film noir étouffant comme on en a rarement vu ces derniers temps. Ces deux flics ravagés par la culpabilité sont bouleversant. BLOOD est une descente aux enfers tétanisante. Mais aussi une ode fantastique à l’amour. L’amour filial, paternel, marital… Une ronde mortifère et bouleversante d’humanité.
Comment supporter une telle responsabilité? Comment vivre avec ce sentiment oppressant et destructeur? La culpabilité est un cancer qui ronge inéluctablement les hommes. Et Paul Bettany est inoubliable dans la peau de cet homme en totale perdition. C’est magnifique de simplicité… Magnifique…
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08. ASSAULT ON WALL STREET d’Uwe Boll (hé ouais les mecs! Uwe fucking Boll!)
Le forçat teuton du navet pachydermique Uwe Boll is back baby! Mais cette fois finis les adaptations dégueulasses de jeux vidéo (ALONE IN THE DARK ou la saga nanarde BLOODRAYNE) et les grands WTF movies (BLUBBERELLA ou RAMPAGE). Place au brûlot politico-mongolo quoi! Voici ASSAULT ON WALL STREET ou la version moderne et encore plus bourrine du taré CHUTE LIBRE de Joel Schumarer!
À cause de la crise des subprimes et de ces saloperies de triades corrompues assoiffées de $$$ (ouais Uwe est toujours aussi fin…), le gentil Jim perd tout (mais TOUT quoi!). Ses économies, sa maison, sa femme cancéreuse, son boulot, sortez les mouchoirs!!! Alors Jim, ex-militaire suréquipé et surentraîné, va prendre les armes et buter toute cette racaille avide en costard qui infeste Wall Street, cette nouvelle Babylone, ouais!!!!!!
Avec son casting de seconds couteaux furieusement has been (Dominic Purcel, Edward Furlong, Michael Paré, Eric Roberts) et une énergie assez incroyable, Uwe nous balance à la tronche un actionner über vénère et super bien mis en scène. Nan mais incroyable quoi! On parle bien d’Uwe Boll là! Mais bon, si le gars montre enfin un bout de talent, le message proprement épouvantable de ce truc, aussi délirant soit-il (buter les banquiers, fantasme planétaire) est tout simplement inacceptable! CHUTE LIBRE possédait une authentique folie anarchiste dérangeante, ASSAULT ON WALL STREET fait juste l’apologie invraisemblable du meurtre de masse… Uwe et sa légendaire et kolossale finesse… C’est incroyable…
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09. PAWN SHOP CHRONICLES de Wayne Kramer
Les films à sketches, sous-genre usé jusqu’à l’os par une armée de tacherons depuis des décennies, reviennent gentiment en force depuis quelques temps! Wayne Kramer, réalisateur du délicieux et nostalgique LADY CHANCE (et aussi de la purge hystérique LA PEUR AU VENTRE) nous offre PAWN SHOP CHRONICLES, trois histoires autour d’objets vendus chez un prêteur sur gage taciturne (le génial Vincent D’Onofrio). Un fusil à pompe, une bague et un médaillon. Trois contes décalés savoureux et hautement immoraux.
Un troupeau de drogués dégénérés (Paul Walker et Lukas Haas) se préparent pour un braquage minable, un homme (Matt Dillon) part à la recherche de sa femme disparue depuis des années et un sosie minable d’Elvis (Brendan Fraser, qui peut être drôle, et oui!!!) plonge dans la déchéance. Wayne Kramer et son incroyable troupe d’acteurs hollywoodiens (Elijah Wood et Thomas Jane sont aussi de la partie, quel casting de dingo!) s’éclatent comme des fous avec ces chroniques macabres, spectaculaires et dégoulinantes d’humour noir. Et cet enthousiasme est communicatif. PAWN SHOP CHRONICLES est un plaisir coupable ensorcelant. Tous ces bouseux abâtardi (on est en plein ploucland made in USA) évoluent dans un univers délirant mâtiné de fantastique (la Mort et le Diable ne sont jamais bien loin). Du pur fun bête et méchant… Ça fait un bien fou de voir ça! Y a encore des iconoclastes (et un peu d’espoir) à Hollywood!
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10. A SINGLE SHOT de David M. Rosenthal
C’est la lose intergalactique pour le redneck John Moon! Bon déjà, c’est un redneck tout barbu en pleine clochardisation dans un quart monde américain forestier et magnifique… Ensuite, en plein chasse au daim, John tue accidentellement une jeune fille et trouve un paquet des dollar$. La lose je vous dis… Les démons de la culpabilité et un troupeau de bouseux dégénérés à la recherche du pognon vont s’abattre sur le pauvre bougre en plein divorce (la lose nan mais toujours la lose bordel quoi!).
Situé dans un décors à la fois terrifiant et fascinant, qui rappelle le traumatisant WINTER’S BONE mixé avec A SIMPLE PLAN, A SINGLE SHOT est un film noir champêtre d’une glauquerie insigne. David M. Rosenthal y va à fond dans le portrait, un poil caricatural (les acteurs sont à la limite du compréhensible et du risible avec leurs accents, spectaculairement surjoués, de cul terreux arriérés des neurones), de cette Amérique désespérée et invisible, irréelle et pourtant bien là, qui semble vivre dans un passé lointain. À des siècles de la modernité. Ce désert social et affectif est toujours aussi impressionnant.
Comme tout bon film noir qui se respecte, la mort rode (cette salope!) autour du héros (le super Sam Rockwell). A SINGLE SHOT est une marche funèbre magnifiquement mise en scène. Mais trop classique. On est dans un film indé US tout ce qu’il y a de convenu et d’académique. Les super guest stars sont de sortie (Jason Isaac, William H. Macy) et Rosenthal n’arrive jamais à totalement transcender sont sujet. Sympathique…
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BONUS
Le film qui aurait du être dans ce top mais qui sort en DVD en janvier et dont je vais vous parler :
EUROPA REPORT
de Sebastian Cordero
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