Le #TOP2016 de Jérémy de Rugy

Le #TOP2016 de Jérémy de Rugy

C’est le moment de faire le bilan de 2016 et autant dire que déchiffrer les grandes tendances de l’année demande peu d’efforts. D’abord, la guéguerre Marvel/DC, loin de s’essouffler, a continué de monopoliser les esprits et les affiches avec pas moins de six films pondus par les différents studios. Un mouvement qui génère, dans un grand bazar paradoxal, à la fois cette impression d’overdose et cette attraction irrésistible vers la salle afin d’y trouver le frisson tant espéré. Et si certains ont su se démarquer (Doctor Strange), d’autres ont maladroitement réduit en purée nos attentes (Suicide Squad). 2016 a aussi joué la carte nostalgique auprès de différentes générations en dépoussiérant d’un côté S.O.S Fantômes et en revisitant l’univers imaginé par J.K. Rowling de l’autre. Mais pour choyer les rétines et faire palpiter les cœurs, il fallait plutôt détourner le regard des blockbusters…

10. DERNIER TRAIN POUR BUSAN

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Film de zombies sud-coréen, Dernier train pour Busan ratatine sans mal ses voisins occidentaux du genre. Le brio de Sang-ho Yeon réside dans sa façon d’exposer en parallèle l’effritement des rapports humains et la naissance d’une solidarité inespérée. Le « cocon » ferroviaire a ici des allures d’expérience sociale, permettant d’exposer la perte d’humanité face au danger et de livrer une charge contre l’individualisme toxique. Là où le réalisateur épate, c’est dans son appropriation du cadre étriqué, exploitant de manière ingénieuse les contraintes du train dans sa mise en scène. Dosé comme il faut, l’humour dessine en sous-texte une critique sociétale.

Lire la critique du Docteur No ici.

9. JULIETA

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Vingtième long métrage de Pedro Almodóvar, Julieta nous glisse dans l’existence tourmentée de son héroïne, pour qui tout semble aller en apparence mais dont la rencontre fortuite avec une amie d’enfance de sa fille va chambouler tous ses plans. Derrière cette vague amorce, le réalisateur nous entraîne en fait dans les pas d’une femme cabossée par la vie chez qui les hauts compensent difficilement les bas. Interprété de manière successive et également brillante par Adriana Ugarte – dont le charme ibérique évoque étrangement Rachel McAdams – et Emma Suárez, le personnage de Julieta passe par différents états, jusqu’à illustrer parfaitement l’expression K.-O. debout. Traitant des liens distendus et du sentiment de dépossession, le film se révèle beau et touchant.

8. CAROL

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Dès la deuxième semaine de janvier, Todd Haynes nous livrait de quoi débuter l’année idéalement. Avec Carol, le cinéaste américain fait pourtant dans la simplicité puisqu’il relate une situation amoureuse entravée. Bien aidé par Cate Blanchett et Rooney Mara, Haynes parvient néanmoins à capturer le souffle authentique niché dans un regard ou un geste et la tension sexuelle entre ses deux personnages. Tourbillon sentimental, le film repose sur ses moments tendres, ses petites doses d’humour toutes simples glissées par-ci par-là mais aussi sur ses scènes chargées en violence symbolique. Et la musique, qui accompagne à merveille le tout, achève de nous enivrer.

Lire la critique du Docteur No ici.

7. YOUR NAME

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Après l’annonce inattendue d’un prochain Miyazaki, Your Name constitue le second présent du cinéma d’animation japonais aux spectateurs. D’abord déroutant avec son générique musical façon manga animé, le quatrième long métrage de Makoto Shinkai séduit rapidement son audience. Étourdissant, ponctué de gags visuels et verbaux efficaces, Your Name offre également une peinture contrastée du Japon, opposant une campagne portée sur les traditions et frappée par les manques à une mégalopole tokyoïte gorgée d’humains et bien équipée. Comédie romantique aux accents fantaisistes, film de science-fiction sentimental, finalement l’étiquette importe peu tant le voyage s’avère captivant.

Lire la critique du Docteur No ici.

6. MADEMOISELLE

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Mademoiselle, c’est avant tout le récit d’une rencontre entre deux femmes venant de milieux différents : l’une cloîtrée dans son opulence, l’autre résolue à s’extirper de sa misère (quitte à mal faire). Méticuleusement découpée en trois parties, l’histoire ménage ses effets et se dévoile couche après couche, provoquant plusieurs retournements au fil des deux heures. Sous l’objectif de Park Chan-wook, la nature est magnifiée et les corps érotisés, les beautés dissonantes de ses deux muses étant constamment mises en valeur. Malgré la noirceur ambiante, le metteur en scène sud-coréen parvient à jongler entre instants tendres et séquences glauques avec une absolue virtuosité, s’autorisant même à insérer par intermittence une touche d’humour désarmante.

Lire la critique du Docteur No ici et celle de Marc Godin .

5. EVERYBODY WANTS SOME

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Loin de régurgiter le schéma habituel du teen movie, Everybody Wants Some choisit d’ajuster son focus sur les trois journées précédant la rentrée universitaire, une parenthèse euphorique où les aînés intègrent leurs nouveaux colocataires/coéquipiers à coups de rites initiatiques et de débauches variées. Non seulement Richard Linklater encapsule à merveille l’atmosphère des eighties, mais il dessine en plus par ses dialogues percutants une galerie de jeunes adultes authentiquement barrés. Servi par un casting sans fausse note (mention spéciale à Glen Powell) et un humour efficient, Everybody Wants Some ne se vautre jamais dans la vulgarité gratuite, une raison qui justifie à elle seule que l’on s’y attarde.

4. ROGUE ONE

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Pris en sandwich entre la sortie de deux épisodes numérotés et cible de rumeurs inquiétantes, Rogue One était attendu au tournant. Et la galette délivrée par Gareth Edwards adresse quelques bastos à la concurrence. Parsemé de clins d’œil, Rogue One honore aussi la principale figure charismatique de la saga en réintroduisant un Vador plus badass que jamais. Montées en tension impeccablement gérées, humour en retrait, dernier acte puissant : Edwards propose un film de guerre sans retenue et, confirmant tout le potentiel entrevu dans Monsters, transforme un projet possiblement casse-gueule en exercice maîtrisé.

Lire la critique du Docteur No ici et celle de David Mikanowski .

3. TONI ERDMANN

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Avec son label d’outre-Rhin et sa durée excessive, Toni Erdmann possède peu d’arguments vendeurs à premier vue. Mais il suffit d’y jeter un œil pour se faire happer. Pendant deux heures quarante deux, Winfried Conradi, clown à plein temps, s’évertue à se prendre pour un autre, arborant sa perruque et ses fausses dents comme un moyen d’égayer la vie et d’injecter un peu de folie dans le quotidien de sa stakhanoviste de fille. Et cette dynamique entre le paternel et sa descendante, au centre de tout, est la véritable étincelle de Toni Erdmann, particulièrement pour sa tournure dans la seconde moitié de l’histoire. L’œuvre de Maren Ade regorge de scènes drôles et vibrantes et transpire le réel. Un uppercut filmique.

Lire la critique de Marc Godin ici.

2. CAPTAIN FANTASTIC

captain fantastic
Matt Ross, à l’écriture et derrière la caméra, nous introduit à Ben et sa petite tribu de six enfants, en marge de la société depuis dix ans. S’il met en lumière un mode de vie alternatif, le réalisateur n’oublie pas d’en montrer les tares. Car cette utopie carburant aux mots de Noam Chomsky a beau enfanter des êtres cultivés, ces derniers sont bien porteurs d’un handicap relationnel. Mais le fossé entre la société bienséante et cet îlot familial imprégné d’anticapitalisme installe aussi un décalage, à la fois source de rires et de réflexions sur l’éducation. Épaulé par de jeunes comédiens touchants de justesse chacun dans leur registre, Viggo Mortensen plane dans un rôle taillé à sa mesure. Jubilatoire, mélancolique, désopilant et bourré de pertinence, Captain Fantastic prend aux tripes.

Lire la critique du Docteur No ici.

1. SING STREET

sing street
Jolie romance, relation fraternelle puissante, ode à la musique : Sing Street est tout cela à la fois. Situé dans l’Irlande des années 80, il nous plonge dans la vie de Cosmo, jeune adolescent envoyé par ses parents dans une école catholique (sous-titre : stricte) pour faire des économies. Musicien à ses heures, le gosse va s’accrocher à cette bouée artistique pour garder la tête hors de l’eau. Claque musicale et émotionnelle, Sing Street fait de nous le témoin privilégié des expérimentations d’une bande de gamins, prompts à fracasser les barrières en se prenant pour des grands et qui se transcendent grâce à la musique. Hymne à la création, meilleure bande-son de l’année, le film de John Carney a surtout valeur d’échappatoire pour celles et ceux confrontés à un horizon morose.

Lire la critique du Docteur No ici.

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