Le trésor du cygne noir de Paco Roca

Le trésor du cygne noir de Paco Roca

Note de l'auteur

On n’est pas dans 20 000 lieux sous les mers mais les fonds marins, ce n’est pas fait que pour les philanthropes. Une expédition américaine monte tout un stratagème pour s’octroyer un trésor au nez et à la barbe du royaume d’Espagne. Vous l’aurez compris, c’est du sans foi, ni loi et ce n’est pas toujours les gentils qui l’emportent. Mais toute règle a ses exceptions. Souquez ferme.

L’histoire : un trésor enfoui sous les eaux du détroit de Gibraltar est découvert par une équipe américaine de chasseurs d’épaves. Ces pirates des temps modernes s’empressent de rapatrier le colossal butin. Au grand dam des autorités espagnoles qui revendiquent le pactole du vaisseau ibérique coulé il y a tout juste deux siècles. Un énorme combat juridique se noue devant les tribunaux de Floride considérés comme juges de paix. Pour cette fortune estimée à 500 millions d’euros, tous les coups sont permis et nombreuses sont les influences qui essaiment dans la partie.

Mon avis : avec un très mauvais jeu de mots, c’est un sacré petit trésor qui nous est donné d’apprécier. Une découverte savoureuse. Découverte d’abord de La Mercedes, le titre qui a plus qu’inspiré cette bande dessinée. L’histoire vraie rapportée par Guillermo Corral van Damme, scénariste et diplomate, d’un navire espagnol coulé au début du XIXe siècle avec ses cales pleines de pièces et de lingots rapportés des Amériques. Et de l’appropriation de son épave et de son trésor par des casse-cous US des mers. Avec, ensuite, le casus belli juridique entre deux nations.

Découverte ensuite d’une BD au rythme vif malgré les quelques 216 pages. Des dialogues courts avec une large place dévolue au crayon de l’auteur, peu de textes par page et un enchaînement de vignettes punchy. Une forme qui sert parfaitement l’intrigue. Une enquête policière poussée, le tout sans… policier. Là, il ne s’agit pas de trouver un meurtrier mais de gagner un procès. Et pour ce faire de dénicher le plus possible de preuves indiquant la forfaiture de la partie adverse. Pour complexifier le tout, on apprend au fil des pages que des acteurs insoupçonnés et insoupçonnables rentrent dans le game pour peser d’un côté ou de l’autre, pour retourner leur veste, pour mettre des coups de pressions ou installer des chausses-trappes…

Il y a plusieurs dimensions dans ce récit aventureux, des dimensions qui donnent de l’épaisseur au récit. On a l’intérêt privé contre le patrimoine national, la spoliation contre le droit, l’Histoire contre le profit, le politique contre les services secrets… Plein de petites oppositions qui densifient la trame.

On a adoré ce cygne noir dans un univers qui se rapproche de certains Tintin de Hergé, une forme de récit réaliste qui nous a fait voyager  et haleter par instant. Une totale réussite.

Si vous aimez : le bonnet rouge, rendu iconique par le commandant Jacques-Yves Cousteau.

En accompagnement : une évidence, et, pour pas mal de raisons, la doublette Le secret de la Licorne et Le trésor de Rackham le rouge du maître Georges Rémi.

Autour de la BD : Paco Roca constitue l’avant-garde de la nouvelle génération d’auteurs espagnols qui aborde régulièrement des sujets sociétaux. Telle la maladie d’Alzheimer dans Rides, ou la la place du comandante dans Le Che, une icône révolutionnaire, ou encore le processus de création avec Crossroad.

Extraits :  » Par où commencer… Il y a quelques jours, en sortant d’un restaurant, des types m’ont abordé… A demi-mot, ils m’ont menacé. Bla, bla, bla. Toutes mes excuses , Monsieur, j’aurais dû vous en parler plus tôt. »

« Vous n’auriez pas reconnu ce pays dans les années cinquante. Tout était gris, horrible, étouffant. On vivait littéralement dans la peur. (…) Le temps a passé mais vous voyez ? C’est toujours pareil. Ils font tout pour que nous baignions dans la peur. Merci Alex. Ces enfoirés ne veulent pas que l’on s’oppose à Ithaca ? C’est bon à savoir. Appelez Gold  et dites-lui de déposer un recours au plus vite. (…) Alex, nous irons jusqu’au bout de cette aventure , quoi qu’il en coûte. »

« A vos ordres, Monsieur le ministre. »

Écrit et dessiné par Paco Roca
Édité par Delcourt

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