On a lu…  Le Voyage de Phoenix de Jung

On a lu… Le Voyage de Phoenix de Jung

Note de l'auteur

La Corée du Sud. L’une est américaine et vit en Corée. L’autre est un enfant coréen, adopté par des Américains. Deux vies, un fil.

1787_P12L’histoire : Elle, c’est Jennifer. Fille de militaire américain, ce dernier ayant disparu lors de la guerre de Corée. Lui, c’est Kim, enfant abandonnée dans son orphelinat et qui trouve une famille qui l’emmène, direction les Etats-Unis, entre Aron et Helen, sa demi-sœur Chelsea et l’oncle Doug. Jusqu’au jour où…

Mon avis : Livre sur la famille et la filiation, Le Voyage de Phoenix est avant tout un voyage dramatique. Entre la femme qui a été abandonnée par son père qu’est Jennifer, et l’enfant mourant qu’est Kim, un lien, celui d’avoir et d’être aimé. Le Voyage de Phoenix est non seulement le titre de la BD de Jung, mais aussi le nom du livre (fictif) écrit par Aron, le père de Kim à la mort de son enfant. Il y a celui qui voulait être père, Aron, et le père disparu de Jennifer.

Dans ce roman graphique en noir et blanc, il y a peu d’arrière-plans. Ils ne sont pas nécessaires, tout étant dans le mouvement et dans les jeux, dans les mains des personnages qui s’entrecroisent. C’est une histoire lente comme une rivière, tout en lavis de gris. C’est l’histoire de la mort, de la perte d’un enfant, comme d’un parent, de l’horreur des camps de la Corée du Nord. Dans cet ouvrage de papier glacé, c’est l’histoire du vide et du souvenir. Il y a de la place dans les blancs.

1787_P20Dans ce très beau récit, si doux et si pinçant, Jung passe d’un pays à l’autre parfois un peu trop lentement. Y a-t-il seulement un récit ? Ou sommes-nous face à une photo, celle de deux destins qui ont évolué en parallèle l’un de l’autre ? Une chronique d’un instant. Pour ceux qui veulent lire en observant couler une rivière et penser à ce pays, coupé en deux.

Si vous aimez : Prendre votre temps pour plonger dans une histoire triste, car possible.

Autour du livre : Jung est bordelais, né à Séoul, et auteur aussi de la trilogie Couleur de peau : Miel.

En accompagnement : un air de blues.

Extrait : « Donc, tu m’as donné à manger par là ?
– Non, Kim, tu sais bien, c’est ta maman de Corée qui te portait dans son ventre et qui te donnait donc à manger par « là »…
Le nombril, la seule trace évidente laissée par sa maman de ventre. Une trace si anodine pour les autres, si compliquée pour lui. »

Sortie : 7 octobre 2015, éditions Soleil, 320 pages, 19,99 euros.

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