Leave no Trace : Seuls contre tous

Leave no Trace : Seuls contre tous

Note de l'auteur

Un père et sa fille vivent seuls dans la forêt, en marge de la société. Une odyssée simple et bouleversante, par la réalisatrice de Winter’s Bone.

Il était une fois un homme, un père.

Sa fille.

Ils vivent dans la forêt.

Ils se cachent.

Survivent en cueillant des champignons, récupérant de l’eau, cultivant un petit potager.

De temps à autre, quand ils en ont vraiment besoin, ils quittent leur forêt pour acheter des produits de première nécessité à Portland.

Un jour, ils sont débusqués des bois par la police.

Ils sont séparés.

On leur pose des questions, on les teste, on les évalue, on veut les faire revenir du bon côté de la barrière.

Vers une vie « normale ».

On leur met un toit au-dessus de la tête, le père travaille, la fille va devoir aller à l’école.

Tout ce que le père refuse, parce que c’est fini, c’est derrière lui, c’est au-delà de ses forces.

Alors, il refait ses sacs, prend sa fille et, une nuit, ils repartent au plus profond de la forêt…

À l’heure où Hollywood nous souille continuellement avec des produits calibrés, interchangeables et sans âme, voici un petit film sincère et poignant, une épure. Véritable diamant noir, Leave no Trace est une œuvre élégiaque d’une incroyable puissance tellurique sur les sentiments qui relient un père et sa fille. Doublée d’une fable sur une adolescente qui va voler de ses propres ailes et bientôt découvrir ses désirs et sa personnalité. Cette pépite en fusion a été polie par Debra Granik, la réalisatrice de l’épatant Winter’s Bone où elle révélait le talent brut de Jennifer Lawrence. Ici, elle s’inspire d’une histoire vraie, joue la carte de l’empathie, de la délicatesse, de la pureté, fait un pas de côté en délaissant la psychologie, filme la beauté et l’âpreté de la nature, élague au maximum les dialogues et se concentre sur les regards, des gestes, laisse monter l’émotion lors d’une étreinte, mais coupe très vite.

Elle filme comme un poète cisèle un haïku.

 

Avec une belle humanité, elle filme plein cadre ses personnages principaux, mais aussi les oubliés de l’Amérique, les laissés-pour-compte du rêve US, les vétérans des guerres, les marginaux qui vivent dans des caravanes, entre deux mondes. Et permet à la débutante Thomasin McKenzie et au génial Ben Foster (dans tous les bons coups ces derniers temps : The Program, Comancheria ou Hostiles) de livrer des performances exceptionnelles.

Quand les lumières se rallument, tu sors de Leave no Trace dévasté, avec un goût de cendres dans la bouche, le cœur consumé. Mais un dernier regard, le dernier geste de Thomasin McKenzie – à qui l’on souhaite la carrière de Jennifer Lawrence, elle le mérite – te remplit de bonheur. Et d’espoir.

Un des sommets de 2018, vous ne pouvez pas passer à côté d’un tel film…

 

Leave no Trace
Réalisé par Debra Granik
Avec Thomasin McKenzie, Ben Foster.
En salles le 19 septembre 2018.

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