Les chéris de ces geeks, ep. #6 : Fred Ward

Les chéris de ces geeks, ep. #6 : Fred Ward

Les aminches, assez finassé, foin de palabres : oui j’ai encore traîné ces dernières semaines, j’avoue, je suis indigne et mérite d’être roulé dans la fange avec les trois petits cochons ! Raison de plus pour ne pas perdre davantage de temps en vaines explications zoiseuses. Et pour commencer cette nouvelle session de posts sur JPFM : un petit « Chéri de ces geeks », ça faisait longtemps tiens ! L’élu du jour : Fred Ward.

Fred Ward, Fred Ward…. LE second couteau buriné du cinéma US. Front bas, nez de mi-lourd fracturé plusieurs fois lors de sa période ring, mâchoire granitique plantée au sud d’un faciès de coyotte au regard aussi aiguisé qu’une lame crantée de John J. Et une voix. Une putain de voix rauque shootée aux octaves, jamais aussi intimidante que lorsqu’elle se fait rugissement tapis dans l’ombre, à la hauteur des rôles de dur à cuire dans lesquels le cinéma l’a généralement cantonné. Ha ben oui, clairement pas une fiotte de posters à la Jude Law, l’ami Fred. Bon sang mêlé irlandais et cherokee ne saurait mentir !

Il aura 67 ans ce 30 décembre mais l’escogriffe sévit toujours sur les écrans, le plus souvent dans de séries télé (les groupies de Grey’s anatomy n’ont sans doute pas remarqué sa belle performance récente dans le rôle du père de Denny Duquette). Il a également fait une apparition cette année dans la série de la chaîne Showtime, United States of Tara et dans le thriller L’Affaire Farewell, de Christian Carion (où il incarne Ronald Reagan. Pas vu mais dommage !). Il se fait plus rare , le Fred, mais à chaque fois que je recroise sa gueule de vieux loup de mer émacié, mon coeur fait boum comme à chaque retrouvaille avec un chéri de ces geeks.

Quand ai je donc déjà entendu parler de ce comédien si attachant pour la première fois, voyons voir… Oui ! Retour vers l’enfer. Uncommon Valor en V.O. C’était en 1983, mon père nous avait emmené voir au Gaumont Marignan des Champs Elysées ce chouette action movie signé Ted Kotcheff juste après Rambo, dans lequel un colonel du corps des Marines (Gene Hackman) emmène un groupe de mercenaires récupérer son fiston resté prisonnier au Laos après la guerre du Vietnam. Dans le film, Fred Ward était Wilkes, l’un des six salopards cornaqués par Hackman. Dans mes souvenirs, Wilkes souffrait d’un syndrome post traumatique après avoir zigouillé toute une famille viet dans un tunnel plongé dans l’obscurité, prenant la dite famille pour des soldats vietcongs (putaing quel cong ! Pardon…). Dans le film, une séquence assez glaçante montre Wilkes raconter avec force détails ce macabre souvenir à ses camarades de mission. Et leur rappeler qu’à tout moment, d’incontrôlables crises de panique peuvent s’abattre sur lui, breakdown irrépressible aliénant tout le reste, corps et âme. Voilà bien la signature de Fred Ward : la virilité fissurée par la peur.

 

Retour vers l’enfer, de Ted Kotcheff (1983). Fred Ward est le second en partant de la gauche. Un cliché beau comme l’odeur du napalm le matin au réveil…

La même année que Retour vers l’enfer, l’acteur récidivait dans ce registre du costaud qui craque en composant l’astronaute Gus Grissom dans L’Etoffe des héros, chef-d’oeuvre de Philip Kaufman. Dans ce film, comme dans Retour…, Ward prouve qu’il n’est pas seulement une « gueule » mais aussi un merveilleux interprète bien plus subtil que ne le laissent deviner ses traits rugueux. La scène où Grissom le fier à bras se laisse peu à peu gagner par la claustrophobie dans sa capsule spatiale perdue en mer, dans l’attente d’être récupéré, vaut son pesant de sourde montée d’angoisse. Cruelles minutes d’humiliation lorsque, devant les caméras de la nation, Grissom pète un cable et saute à la mer sans attendre son hélitreuillage. Et Ward de savoir si bien nous faire ressentir la honte masquée de son personnage lorsque le président des Etats-Unis ne daigne pas se déplacer pour l’hommage traditionnellement rendu à chaque astronaute après un vol. Sévère punition.

 

Au premier plan : Fred Ward dans le rôle de Gus Grissom, flanqué des six autres membres du programme Apollo dans L’Etoffe des héros de Phil Kaufman (1983). Un cliché beau comme la conquête spatiale.

Né Freddie Joe Ward à San Diego en 1942, Fred Ward avance un sacré background. Je ne parle même pas de son bagage de vie – trois ans dans l’US Air Force jusqu’à l’âge de 24 ans, puis une courte parenthèse en boxe et même un job de bûcheron en Alaska si l’on en croit Wikipedia. Par background, j’entend plutôt ses références de comédien. Le mec a étudié son art au réputé Herbert Berghof Studio de New York (d’où son sortis, au hasard, De Niro, Anne Bancroft, F. Murray Abraham, Faye Dunaway, Jack Lemmon, Sigourney Weaver, Barbra Streisand, Jean-Pascal de la Star Ac’… ha non tiens!). A l’époque, Ward payait ses cours en turbinant ici comme concierge, là comme démolisseur. Au début des années 70, on le retrouve à Rome où il gagne sa vie en doublant en anglais des westerns spaghetti et en jouant , en 1973 et 1974, dans deux téléfilms signés Roberto Rossellini. Pas mal pour un ours mal léché ! Robert Altman ne s’y trompera pas, bien plus tard, en engageant Ward dans The Player (1992), Short cuts (1993) et sa série télé Gun (1997).

 

Campeur alcoolo au coté de Huey Lewis dans Short Cuts, de Robert Altman (1993).

C’est à Don Siegel que Fred Ward doit son premier rôle marquant, un taulard da
ns L’Evadé d’Alcatraz au côté de Clint, en 1979. Deux ans plus tard, les amateurs de pelloche à poigne le remarqueront de nouveau en voyou de la Garde Nationale dans le prodigieux Sans Retour (Southern Comfort) de Walter Hill. Un épatant survival en plein bayou, bercé par les accords de slide de Ry Cooder, que je vous recommande chaudement. En 1985, j’ai raté Remo, sans arme et dangereux, une comédie d’action entièrement bâtie sur les épaules de Ward et qui aurait dû propulser sa carrière via un héros de films récurrent à la James Bond. D’ailleurs, le réalisateur n’était autre que Guy Hamilton, oui celui de quatre 007 dont Golfinger et Les Diamants sont éternels. Hélas pour Ward, Remo s’effondra au box office, scellant le destin d’éternel second couteau de ce magnifique acteur. Fâcheux mais pas grave. Jamais complètement disparu des radars, il a continué de nous régaler de ses rictus de redneck tout au long de sa filmo suivante, comme dans le culte Tremors, de Ron Underwood (1990), mais aussi Bob Roberts de Tim Robbins (1992) ou encore la comédie Sweet Home Alabama de Andy Tennent (2002), avec Reese Witherspoon.

Sans retour, de Walter Hill (1981) : il joue Lonnie Reece, beauf bas du front et dangereux qui aura bientôt affaire à Powers Boothe…

Timerider, de William Dear (1983) : série B sympa où Fred Ward incarne un motard propulsé en plein plein Far West. On retrouve dans le film Peter Coyote, qui avait aussi joué dans Sans Retour.

Bouseux buteur de limaces géantes dans Tremors de Ron Underwood (1990). A l’extreme droit sur la photo (mais pas dans la vie, hein)

Alors si d’aventure certains d’entre vous – je cause aux plus jeunes, là – n’avaient pas encore remarqué l’existence de cette figure chère à la geek culture (ne serait ce que pour Sans Retour/Retour vers l’enfer/Timerider/L’Etoffe des Héros/Tremors), je dis : à vos DVD, comblez moi ce manque culturel et chantez les louanges du vieux Fred sur la toile, il mérite notre reconnaissance au centuple. Exécution !

End of transmission….
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