Les chéris de ces geeks, épisode 7 : James Remar

Les chéris de ces geeks, épisode 7 : James Remar

Voilà typiquement un second couteau qui aura marqué les ados cinéphiles des années 80 (dont votre Plissken d’amür) et dont chaque apparition nous procure d’authentiques réjouissances.

Nom : Remar
Prénom : James
Né le : 31 décembre 1953 à Boston, USA.
Haut-faits d’armes geek : Les Guerriers de la nuit ; 48 heures ; Cotton Club ; Drugstore Cowboy ; Dexter.

James Remar, je ne risque pas d’oublier mon premier contact avec lui. C’était en 1983, par un beau samedi de printemps, à l’UGC Saint-Charles me semble-t-il (remplacé depuis belle lurette par une boutique de bricolage. Misère…). En plein après-midi, j’avais été voir avec un pote 48 heures, classique du buddy movie signé par un Walter Hill alors en grande forme. J’étais sorti de la projection totalement surexcité. En vrac : le générique du début signé James Horner, ces détenus cassant des cailloux à l’air libre dans la fournaise californienne encadrés par des matons badass, la scène d’évasion sanglante ouvrant le film, un duo inoubliable entre Nick Nolte et Eddie Murphy, une ambiance urbaine hard-boiled… et James Remar.

C’est dans 48 heures que j’ai imprimé son nom, son visage et sa voix rauque enfiévrée pour la première fois. J’avais douze ans. Il incarnait le truand Albert Ganz, un allumé de la gâchette qui, au début du film, fausse violemment compagnie à ses geôliers avec l’aide de l’Indien géant Billy Bear (joué par le colosse Sonny Landham, autre Chéri de ces geeks revu plus tard en mercenaire superstitieux dans Predator). Dés cette première scène, une évidence émerge du fracas des riot guns : Ganz est un fou furieux. « Le genre de mec qui prend davantage son pied à flinguer du flic qu’à baiser » balance à son sujet une pute interrogée au commissariat.

Lueur de fauve déchaîné dans le regard, cheveux gras et morale de chacal (sans parler de l’haleine) : dans 48 heures, Ganz est un bad guy meurtrier certes sans nuance mais on s’en fout, parce qu’on y croit dur comme fer. On est dans un putain de polar sans fioriture, pas dans Le Petit lieutenant. A l’époque, James Remar, la trentaine, se pointait sur le plateau du film sans avoir fermé l’oeil de la nuit, histoire de bien suinter le psychopathe déphasé. Mission accomplie : le bijou de Walter Hill révéla au grand public un acteur doué pour les ordures.

Si je l’ai découvert dans 48 heures, James Remar avait tout de même déjà fait parler de lui quelques années plus tôt. Et là encore dans la peau d’un mauvais garçon. Walter Hill, béni soit ce saint-homme, lui avait déjà confié un rôle très remarqué en 1979 dans Les Guerriers de la nuit (on se prosterne, merci), a.k.a The Warriors en V.O, film culte parmi les films cultes. A l’écran, Remar faisait partie de la bande des Warriors et son personnage, Ajax, sortait clairement du lot, volant presque la vedette au Swan incarné par le falot Michael Beck. Musculeux, frimeur, bagarreur et particulièrement chaud lapin, il finissait menotté à un banc par une fliquette en planque draguée dans un parc. Ajax, nom inspiré du fameux guerrier de la mythologie grecque, suscita chez les fans du film une fascination particulière imputable au charisme crâneur de James Remar.

C’est également en 1979 que Remar se fit remarquer, à Broadway cette fois, en incarnant dans la pièce dramatique Bent un nazi gay face à Richard Gere. Une performance suffisant à elle seule à prouver la variété de la palette de jeu de ce puissant comédien, aussi doué pour les brutes létales que pour les caractères plus nuancés. On notera également dans sa dégaine un zeste de métrosexualité particulièrement palpable dans Les Guerriers de la nuit et le Cruising de Friedkin, où il joue encore un gay.

Mais revenons aux glorieuses eighties… Après avoir pris l’uppercut Remar en pleine face dans 48 heures, votre petit Plissken en reprend une dose dans Cotton Club en 1984. Le chef-d’oeuvre jazzy de Coppola compte, dans son casting cinq étoiles, Remar dans un nouveau rôle de cintré sanguinaire : celui du mafieux juif new-yorkais Dutch Schultz, gangster ayant par ailleurs réellement existé pendant la Prohibition. Déjà plus nuancé que Ganz dans 48 heures, ce dingo-là reste sujet aux mêmes explosions de violence.

Facilement contrarié, Schultz est capable de saisir sans prévenir n’importe quel objet contondant pour occire fiévreusement son interlocuteur (et tant pis si ça tâche). Remar en fait cependant une brute attachante par son humour et une certaine vulnérabilité, chien fou en mal de respect dont l’absence de discernement entraînera irrémédiablement la chute. Un très beau second rôle qui fait d’autant plus fantasmer sur le Caporal Hicks qu’aurait pu incarner Remar dans Aliens si James Cameron ne l’avait pas viré en plein tournage au profit de Michael Biehn.

La carrière de James Remar est typique d’un chéri de ces geeks : entre quelques perles étincelantes, de somptueux nanars fleurant bon la bouse exquise (Wedlock, 2 fast 2 furious, Mortal Kombat destruction finale, Le Grand Tournoi, Hellraiser 5, Blade Trinity…) mais aussi une palanquée de guest starring en télé. De Hill Street Blues à BSG en passant par Miami Vice, Jericho, X-Files, Eli Stone, The Unit ou Esprits criminels, impossible de toutes les citer. Une fois dans sa vie, Remar eut l’opportunité de se voir propulsé en haut de l’affiche dans une série télé : c’est Steven Bochco et David Milch en personne (les créateurs de NYPD Blue) qui lui offrirent cette chance, en 1997, dans la méconnue Total Security. Une comédie policière où l’intéressé incarnait pour une fois un gentil, l’ombrageux Frank Cisco, patron d’une agence de détectives privés high tech. Diffusée sur ABC (et chez nous sur Série Club en 1998), Total Security fut hélas retirée de l’antenne au bout de six épisodes (13 furent produits), un très grave revers pour Bochco et une opportunité ratée pour Remar.

Cela n’empêcha pas l’infortuné de continuer à travailler régulièrement et de marquer de son timbre éraillé d’autres séries télé, dans des registres fort éloignés de ses débuts mais toujours aussi charismatiques. Amant milliardaire de Kim Catrall dans Sex and the city, poulet dans New York 911 et… surtout papa adoptif du plus célèbre tueur en série du petit écran dans Dexter. Emacié, ombrageux, James Remar campe son Harry Morgan en brillant équilibriste sur le fil ténu qui sépare le héros du monstre. Héros parce que ce flic défunt, dévoilé un peu plus à chaque saison via les flashes back mémoriels de Dexter Morgan, a pris sous son aile ce dernier après l’horrible massacre de sa mère par des narco-trafiquants. Monstre parce qu’au lieu d’essayer de soigner Dexter lorsque celui-ci dévoile ses premières pulsions assassines, il préfère encourager le mal en se contentant de l’encadrer par un sordide code moral : tu ne tueras point, mon fils… hormis les meurtriers et violeurs d’enfants !

A 56 ans, on peut dire que l’ami James vieillit plutôt bien et le succès de Dexter aura incontestablement reboosté l’intérêt de sa carrière. Je lis sur IMDB que notre homme pourrait figurer au générique du prochain film de… Walter Hill, « Saint Vincent » ! Un thriller ,comme son nom ne l’indique pas, avec Mickey Rourke, Ray Winstone et Forest Whitaker. Pas dégueu le casting ! Je n’ose croire à une réussite (l’est plus tout jeune ni alerte, le Walter…). Mais le simple fait de savoir que Remar et Hill tourneront ensemble pour la troisième fois, après Les Guerriers de la nuit et 48 heures, suffit à mon bonheur de vieux geek nostalgique des coups de flingues déchaînés d’Albert Ganz. Let the magic rolls and don’t stop believin’…

End of transmission…
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