Les Chéris de ces geeks, épisode 8 : Jonathan Banks

Les Chéris de ces geeks, épisode 8 : Jonathan Banks

Ca fait un paquet de mois qu’on n’a plus entendu parler de chéris de ces geeks en ces pages virtuelles. Il était temps de mettre fin à cet insoutenable silence. Et pour le grand retour de cette grande rubrique, Jonathan Banks, le plus droopiesque de tous les bad guys d’Hollywood, méritait amplement un petit hommage bien fouetté.

Le cas typique du second couteau dont la familiarité des traits saute aux yeux à chaque apparition, sans jamais vraiment pouvoir l’identifier. Sauf pour les vrais fanboys de ciné de genre qui, depuis le début des années 80, chérissent le débit nonchalant et le regard de veau sous tranxene de cette grande gigue généralement abonné aux rôles de sale mec. Acteur de théâtre, fils d’une maman travaillant pour la CIA lit-on sur Wikipedia (donc prudence…), Jonathan Banks, 64 ans, a vu récemment sa carrière connaître un regain d’intérêt marqué depuis son interprétration du « nettoyeur » Mike dans Breaking Bad.

Personnage au passé trouble – les scénaristes distillent au compte les infos à son sujet – Mike Ehrmantraut fut policier avant de basculer du côté obscur et devenir tueur à gages au service du narcotrafiquant Gustavo Fring (joué par Giancarlo Esposito, ex-Mike Giardello dans Homicide, un autre chéri de ces geeks, tiens…). Plus complexe qu’il n’y paraît, badass impitoyable mais apte à l’empathie et traînant secrètement une sourde mélancolie, Mike est un salopard avec une âme, même si la sienne est vendue au diable. Et dans la peau de cet amer taiseux, fine gâchette nourrissant une certaine affection pour le jeune dealer paumé Jesse Pinkman, Jonathan Banks est humblement prodigieux dans le genre « à l’économie ». Visiblement, entre Jonathan et Mike, le courant passe : « C’est très dur de me différencier de Mike, j’aime tellement ce personnage. Je me pose toujours des questions sur son passé. Il sera ce qu’en auront décidé Vince Gilligan (créateur et showrunner de Breaking Bad – ndJP) et les scénaristes. Mais quelle que soit son histoire, je la vois triste et poignante, même si Mike n’a pas complètement coupé les ponts avec son entourage. Il prend toujours du plaisir à emmener sa petite fille au zoo ».

Don’t fuck with Mike…

C’est bien grâce à l’effet fanboy que Jonathan Banks a décroché ce chouette rôle : « Vince Gilligan et Tom Schnauz (producteur et scénariste de la série – ndJP) étaient de gros fans d’Un flic dans la mafia quand ils allaient à l’école et ils me connaissaient aussi de… quoi que j’aie pu faire d’autre après, toutes les merdes au fils des ans ! ». Pour sûr, de Falcon Crest à Matlock, de Seaquest à Crocodile Dundee 3 en passant par moult direct to DVD, la carrière de Jonathan Banks regorge de cachetons plus ou moins sans éclat. Pas grave, dans des bouses ou pas, sa gueule sent toujours bon. Et on l’aime surtout pour ses composition brèves et brillantes dans 48 heures et Le Flic de Beverly Hills, qui l’ont vraiment révélé aux cinéphiles. Dans le premier, il se faisait trouer le derme au ralenti par ce psychopathe de James Remar (futur papa, à l’écran, d’un certain Dexter…) lors d’une fusillade mémorable dans un hôtel de passe. Difficile à dire pourquoi mais, malgré ses cinq minutes de présence tout au plus à l’écran dans la peau d’un collègue de l’officier Jack Kates (joué par Nick Nolte), Banks marquait les mémoires. Encore plus dans Le Flic de Beverly Hills, où Banks campait Zack, un tueur à la solde d’un… narcotrafiquant joué par Steven Berkoff. Le pauvre Zack se faisait humilier par Axel Foley/Eddie Murphy dans un restau huppé après une prise de judo bien sentie balançant notre homme droit sur un buffet bien garni.

Mike, Droopy léthal, exécuteur des basses besognes du parrain de la drogue pour lequel Walter White (Bryan Cranston… à la place du mort sur la photo) prépare sa recette de methamphétamine.

Charismatique, énigmatique, intimidant, Jonathan Banks a traversé, certes un paquet de daubes, mais aussi pas mal de films cultes : Le Retour (son premier rôle au cinéma, mais le réal’ Hal Hashby coupa une grande partie de ses scènes au montage), Y a t il un pilote dans l’avion, Les Aventures de Buckaroo Banzai, Faut s’faire la malle, Gremlins, Piège à grande vitesse (pourri mais culte, si si !) ou encore l’excellent polar Dark Blue avec Kurt Russel… En télé, c’est carrément l’orgie : Lou Grant (trois rôles différents !), Le Juge et le pilote (idem !), Capitaine Furillo/Hill Street Blues, Falcon Crest, Diagnostic : meurtre, Alias, E-ring, Daybreak et beaucoup d’autres… Sans oublier bien entendu Un Flic dans la mafia où, cette fois du côté des bons, il incarnait l’inoubliable agent Frank McPike, patron et ami de Vinnie Terranova. Un rôle qui l’a visiblement marqué : « Jouer Frank, c’était…. Putain, on était tout le temps sous la pluie, souvent de nuit, dans le froid, durant de longues heures . Mais c’était merveilleux. J’aimais beaucoup Stephen J. Cannell, on avait déjeuné ensemble huit mois avant sa mort. Je suis triste de n’avoir pu lui reparler avant ».

Malgré ses nombreux rôles de pourri, Banks a marqué les esprits dans la peau d’un flic : Frank McPike, patron et ami de l’agent infiltré Vinnie Terranova dans Wiseguy/Un flic dans la mafia (1987-1990)

Jonathan Banks aime les méchants. Dans son top à lui :  celui qu’incarnait Jack Palance dans L’Homme des vallées perdues de George Stevens (1953), Richard Widmark dans Le Carrefour de la mort de Henry Hathaway (1947) ou encore Patrick McGoohan dans Braveheart de qui vous savez. Ne lui dites surtout pas, à Jonathan, que son Mike de Breaking Bad vous fait penser à un autre nettoyeur, celui joué par Harvey Keitel dans Pulp Fiction : ça l’énerve. La référence de Jonathan pour composer son Mike est ailleurs : « Max Von Sidow. Il y a une scène dans Les Trois jours du Condor où il peint des petites figurines de guerre. C’est un assassin, mais il aime s’asseoir pour peindre ses figurines. Je préfère cette approche-là, très low key… ». Dommage pour ses fans que Jonathan Banks soit un peu moins présent dans toute la seconde partie de la saison 4 de Breaking Bad mais on espère bien que les scénaristes penseront à boucler l’histoire de Mike et lui offrir les adieux qu’il mérite dans la prochaine et ultime saison. N’écoutez pas Banks sur ce coup-là les gars : tout sauf low key !

End of transmission

NB : les citations de Jonathan Banks sont extraites de deux interviews publiées sur les sites A.V. Club et Amctv.com

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