Les Chéris de ces Geeks, épisode 9: J.K. Simmons

Les Chéris de ces Geeks, épisode 9: J.K. Simmons

simmons

Après 3 ans d’absence des contrées martiennes les chéris de ces geeks ressuscitent à l’occasion de notre semaine consacrée à WHIPLASH, l’assourdissant coup de fouet filmique de Damien Chazelle. Si nous ne parlerons pas du jeune Miles Teller en ces lieux, celui-ci n’ayant pas encore gagné sa médaille de chéri, nous allons par contre essayer de faire honneur à son partenaire à l’écran. Parce que chéri, lui l’est depuis bien longtemps.

J.K. Simmons. Une tronche de bonhomme. Une allure de daron. Des yeux bleus de teckel vissés sur une trombine de bouledogue. Le genre de type capable de te foutre les jetons et de te décoller une mandale aussi vite qu’il peut te donner le sourire et te remonter le moral en t’appelant « Fiston ».

S’il ne fait aucun doute qu’on va parler de lui dans les semaines à venir grâce à sa performance tout feu tout flammes dans WHIPLASH (coucou les Golden Globes et les Oscars), J.K. Simmons fait tout de même encore partie de ces acteurs trop méconnus, ces talentueux pas assez reconnus, ces grands qui mériteraient un peu plus de lumière à ce stade de leur carrière. Ne s’étant jamais arrêté de bosser depuis 30 piges, multipliant les apparitions sur petit ou grand écran, le bonhomme a pourtant prouvé plus d’une fois l’étendue de son talent et la grande force de son jeu, sa capacité à maitriser tous les registres du plus drôle au plus glacial.

Si on devait le rapprocher d’un de ses congénères, on pourrait dire que Simmons est un lointain cousin de Kurtwood Smith et que comme lui, il possède une palette de jeu lui permettant d’interpréter tant les pires Clarence Boddicker que les meilleurs Red Foreman. Les plus grosses pourritures et les meilleurs figures paternelles. Les grands nounours tendres et les pires serpents venimeux. Comme Smith, Simmons est un acteur que beaucoup connaissent de visage, mais pas de nom. Heureusement, la roue est peut être en train de tourner.

jamesonMais revenons à nos moutons. Afin de bien cerner le personnage, 3 rôles sont à mon humble avis emblématiques dans la carrière de l’acteur. Le premier d’entre eux est celui qui m’a permis comme nombre de jeunes freluquets de mon âge de découvrir Simmons. Je vous parle bien sur de J.J. Jameson dans le SPIDER-MAN de Sam Raimi. A l’époque, le type m’avait littéralement scotché. Volant chaque scène dans laquelle il apparaissait, il ne jouait pas le rôle, il était le rôle. A travers sa performance, le Jameson des comics prenait vie sous mes yeux. S’emparant des dialogues et les sublimant avec une gestuelle burlesque et un timing comique impeccable, il marquait chaque scène de son empreinte.

schillingerSon second rôle marquant à mes yeux, je l’ai découvert bien plus tard bien qu’il remonte aux années 90. Et quelle découverte… Dans la série OZ de Tom Fontana, le sympathique acteur que j’avais rencontré en débonnaire personnage de comic book prenait les traits de Vern Schillinger, prisonnier néo nazi des plus détestables qui dès le premier épisode s’illustrait comme un des pires salauds de la télévision.

Violent, sadique, raciste, capable des pires atrocités, il est irrattrapable même dans les drames sensés lui donner un visage plus humain. Pas spécialement un de ces bad guys qu’on aime détester mais un personnage juste détestable. « C’était un taré de néo nazi qui croyait fermement en ses valeurs, et aussi sadique, diabolique et malsain qu’il ait pu être, je devais trouver sa part d’humanité afin de pouvoir le jouer. » déclarait l’acteur en 2011* à propos de son personnage. Si en tant que téléspectateur j’ai eu du mal à trouver l’humanité de Schillinger , je n’ai par contre eu aucun mal à reconnaître le talent de Simmons.

junoLe troisième rôle qui selon moi caractérise notre Chéri du jour n’est pas spécialement mon préféré, mais il m’a tout de même permis d’accéder à une facette de l’acteur que je ne connaissais pas jusqu’alors et qui pourtant est essentielle. Dans JUNO, le film indé-cucul-concon de Jason Reitman, J.K. Simmons est Mac MacGufff, père de l’héroïne et figure paternelle par excellence. Bourru mais tendre, le personnage laisse transparaître la facette plus douce de l’acteur, cette humanité qu’on avait du mal à voir chez Schillinger aussi bien que chez Jameson. L’un parce qu’il était une pourriture, l’autres parce qu’il était un pitre.

Dans ces 3 incarnations, Simmons excelle. Tempo comique désarmant, intensité dramatique féroce, sincérité touchante. En somme, un acteur caméléon qui habite ses rôles malgré un faciès, une carrure et une voix reconnaissable entre mille. Ces qualités qu’il mobilise à volonté lui permettent alors de donner corps à un 4ème personnage clé de sa filmographie et pas des moindres: Terrence Fletcher, le chef d’orchestre tortionnaire de WHIPLASH.

whiplash

 A ranger parmi les psychopathes de service aux côtés du Sergent Hartman de FULL METAL JACKET, ce grand taré au crane rasé fait immédiatement écho à Schillinger avec lequel il partage un gout certain pour la torture psychologique et le sadisme. Cependant, Fletcher c’est bien plus que cela. C’est aussi un homme au sens de l’humour féroce, un type à la sensibilité à fleur de peau qui a fait de la musique, de l’art et du dépassement de soi une religion.

Dans ce rôle, J.K. Simmons n’est pas seulement convaincant, il est magnétique ; aussi intimidant qu’il est fascinant. Et taloche après taloche, insulte après insulte le spectateur en redemande encore et encore.

Grâce à ce film et à ce rôle, le Chéri que bien des geeks ont appris à aimer tant dans les 3 films cités plus haut que dans le reste de sa filmo (LAW & ORDER, THANK YOU FOR SMOKING en passant même par le dessin animé THE LEGEND OF KORRA) est désormais sous le feu des projecteurs. Un peu tard diront certains (c’est qu’il a bientôt 60 ans le bougre !), mais mieux vaut tard que jamais. Désormais en odeur de sainteté chez les pontes, on le verra bientôt dans les blockbusters TERMINATOR : GENISYS et dans SKULL ISLAND, le prequel/bidule machin de KING KONG.

Des projets qui certes sont un peu moins enthousiasmants et un peu moins fougueux qu’un WHIPLASH mais qui permettront au grand public de profiter du talent de ce vieux briscard. Tout ce qu’on peut lui souhaiter de notre côté, c’est que d’autres metteurs en scène sachent exploiter avec justesse son grand talent. Tant qu’il continuera à nous mettre des claques pareilles, on tendra l’autre joue avec plaisir.

*Interview donnée en mars 2011 pour le site avclub

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