• Home »
  • BOOKS »
  • Les délices de Tokyo : des pâtisseries à l’histoire d’un pays
Les délices de Tokyo : des pâtisseries à l’histoire d’un pays

Les délices de Tokyo : des pâtisseries à l’histoire d’un pays

Note de l'auteur
Film de Naomi Kawase.

Film de Naomi Kawase.

Quand un roman ressemble à du Anna Gavalda mais en fait vous entraîne dans l’Histoire proche d’une discrimination complètement tragique et irrationnelle.

L’histoire : Sentarô a la quarantaine, il est gérant d’une petite boutique. Il réalise et vend des dorayakis, une pâtisserie à base de pâte de haricots rouges (le an), prise en sandwich entre deux genres de crêpes. Son métier, c’est plus une obligation : il a des dettes et doit les payer. Pas vraiment une passion. Vient alors lui donner un coup de main, la vieille Tokue, étrange septuagénaire aux mains difformes, mais dont le an se révèle somptueux de finesse. Souvent viennent des collégiennes, et parmi elles, la silencieuse Wanaka.

9782226322883-jMon avis : Les Délices de Tokyo sont non seulement un livre sur la cuisine, mais surtout sur l’histoire. Tokue est peut-être l’employée de Sentarô, mais elle est surtout sa professeure. Elle porte la magie des petits bonheurs simples, mais aussi, dans son corps, la réalité de la politique d’un pays et de la maladie. Tokue montre que dans la pâtisserie, une magie peut arriver et par un petit beignet, le dialogue, les amitiés peuvent advenir.

Trois générations sont représentées dans l’ouvrage. Passé, présent et avenir. Trois générations qui vont apprendre à se parler et à se connaître, en se penchant sur une histoire dont le Japon n’est pas fier, une histoire taboue qui ne s’est achevée qu’en 1996 (SPOILERS : plus d’infos par cet article de Libération). La gourmandise, la pâtisserie ne sont que le vecteur d’une philosophie de vie. Toute l’histoire est vue à travers les yeux de Sentarô, sans qu’aucune solution ne soit pour autant apportée à la fin du roman. Juste des prémisses de changements, des idées pour apprécier la vie, les saisons et lutter contre les préjugés.

Alors, ce petit ouvrage est un livre feel good mais pas seulement. Car non, il n’a pas réellement de fin, préférant manier l’espoir et la métaphore.

Si vous aimez : Les chants d’oiseaux au crépuscule.

Autour du livre : Le livre de Durian Sukegawa a été adapté en film par Naomi Kawase, sorti au cinéma en France le 27 janvier 2016 et sélectionné au Festival de Cannes, dans la catégorie Un certain regard. La critique du film par le Dr No, c’est par ici.

Extrait : « La cuillère en bois entre ses mains handicapées, Tokue s’abîmait dans la contemplation. Sentarô observa son profil à la dérobée. Dans la mesure où il travaillait avec elle, allait-il devoir faire preuve de la même ardeur ? Rien que d’y penser, cela le décourageait.
Pourtant, sans savoir pourquoi, Sentarô finit par se laisser fasciner par les haricots dans la bassine en cuivre. Les grains frémissaient dans l’eau de cuisson. Pas un seul n’avait éclaté.
Il restait encore un peu de liquide lorsque Tokue éteignit le gaz et posa une planche à découper sur le sawari. D’après elle, c’était ainsi qu’on laissait reposer les haricots. Toutes ces techniques étaient inconnues de Sentarô. « C’est compliqué tout ça », laissa-t-il échapper ; ce à quoi Tokue répondit : « C’est une question de courtoisie.
-Pour la clientèle ?
-Pour les haricots. »

Sortie : le 3 février 2016, éditions Albin Michel, 240 pages, 17,50 euros.

Partager