Les Derniers Jours du Chevalier noir, de Neil Gaiman et Andy Kubert

Les Derniers Jours du Chevalier noir, de Neil Gaiman et Andy Kubert

Note de l'auteur

Plus anthologique que vraiment tragique, cette collaboration de Neil Gaiman (American Gods, Sandman) et Andy Kubert (Batman Dark Knight III) est plaisante sans marquer autant que son illustre prédécesseur, Les Derniers Jours de Superman, signé Alan Moore et Curt Swan.

L’histoire : Batman est mort. Et pour sa veillée funèbre, amis comme ennemis sont invités. Tous se remémorent l’immense Chevalier noir, défilent pour raconter leurs anecdotes, leurs souvenirs. Mais Batman est-il vraiment mort ?

Mon avis : C’est la voix off qui crée d’emblée le trouble. Ou plutôt les deux voix off. Sans elles, on pourrait croire à un simple récit eschatologique de la chauve-souris humaine. Comment finit l’homme qui paraît survivre à tout, même à lui-même ? Batman peut-il seulement mourir ? Même s’il le voulait ? Si Batman est Gotham et que Gotham est toujours debout, peut-il gésir dans cette arrière-salle miteuse d’un bar de Crime Alley ?

Les voix off, imposant une vue de l’extérieur, un dialogue hors de la narration principale, provoquent un léger vertige qui dure tout au long de ce court récit en deux parties (parues initialement dans les Batman #686 et Detective Comics #853), soit une soixantaine de pages au total, doublées ici par des crayonnés et autres esquisses. Deux voix, comme les deux auteurs principaux du présent ouvrage : Neil Gaiman, qu’on ne présente plus, et Andy Kubert. Deux voix, comme Bruce Wayne et une femme qu’il ne parvient pas à voir.

« Je semble assister à mes propres funérailles », confie Bruce Wayne. Mais quel Bruce Wayne ? C’est la bonne idée de ces Derniers Jours : revisiter les incarnations successives du Chevalier noir. Celles que l’on doit à Bob Kane, Dick Sprang, Carmine Infantino, Neal Adams, etc. C’est d’ailleurs tout le mérite des crayonnés d’Andy Kubert, présentés en fin de volume, que de montrer comment il a réinterprété ce matériau de base : « Je n’ai pas essayé de dessiner comme eux, j’ai essayé de dessiner comme si ces prédécesseurs essayaient de dessiner comme moi », a-t-il confié à Gaiman (propos rapportés par celui-ci dans sa postface).

Côté Gaiman, l’auteur de Neverwhere indique avoir aimé Batman sans même le connaître, juste pour son nom. Un personnage sombre qui le suit, grandit avec lui : « Il y avait les dessins de Neal Adams quand j’ai eu douze ans, qui transmutaient le Batman rassurant de mon enfance en une créature plus solitaire et plus ténébreuse. Elle m’a accompagné toute mon adolescence. Il y a eu le Dark Knight Returns de Frank Miller quand j’ai eu vingt-cinq ans, le sujet de mon premier essai universitaire. Et tout ça, ça restait Batman. Et c’était formidable. »

Quand on lui propose les Derniers Jours, Gaiman réfléchit. Pas question de singer ce qu’Alan Moore avait fait pour Superman : « Je ne comptais pas imiter sa célébration de la fin d’une époque, ce chant du cygne avec l’un des plus grands dessinateurs de Superman, quelque chose qui se terminait sur un sourire et un clin d’œil. Les histoires de Batman ne se terminent pas comme ça. »

Batman est un survivant. Le survivant. « Batman avait survécu à bien des époques, et allait survivre encore et encore. Si je devais raconter la dernière histoire de Batman, il fallait que mon récit survive à la mort du personnage ou à sa disparition. Quelque chose qui demeure la dernière histoire de Batman dans vingt, cent ans. » Vaste programme, bourré d’ambition.

Et c’est toute l’intelligence de Gaiman d’avoir transposé cette réflexion en un récit plutôt solide, au final émotionnel, à la logique imparable, qui explique sans l’expliquer la renaissance perpétuelle du vengeur de Gotham.

Toutefois, la médaille a son revers. Là où la narration de Gaiman gagne en intelligence, elle perd en roublardise, en potentiel de surprise, en humour. Voici mon souci récurrent avec la production gaimanienne : intelligente, elle oublie d’être maligne. Cela manque un peu de tripes, de viscères, de vitesse, d’intensité.

La galerie d’amis/ennemis du Chevalier noir, doublée d’une galerie de ses incarnations, demeure un procédé narratif assez sage, monocorde, sans immense profondeur. Là où on aurait pu attendre une histoire à la fois noire de jais et rouge flamme, on se retrouve avec un récit assez gris, et quelque peu superficiel.

En accompagnement : La BO sublime du non moins sublime long-métrage Twin Peaks, les sept derniers jours de Laura Palmer, composée par Angelo Badalamenti pour l’inclassable David Lynch. « Ensuite, on exploserait dans un flash… »

Si vous aimez : … les livres qui revisitent toute l’histoire d’un personnage. Une version très littérale de ce procédé est à trouver dans la série des Je suis chez Marvel/Panini, comme Je suis Captain Marvel.

Batman – Les Derniers Jours du Chevalier noir
Écrit par
Neil Gaiman
Dessiné par Andy Kubert
Édité par Urban Comics

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