Les Enfants de la colère (t. 1), de Damián et Nico Naranjo

Les Enfants de la colère (t. 1), de Damián et Nico Naranjo

Note de l'auteur

Et si les méchas de la résistance étaient pilotés de l’intérieur par des ados ? Face à eux, les robots commandés à distance par les soldats de la CEN ne font pas de quartier. La chance, pourtant, tourne à l’avantage des premiers. Intéressant premier tome de SF aux atours indé.

L’histoire : Planète Aegis. Grâce à sa supériorité technologique et militaire, la Confédération des États du Nord exploite les ressources naturelles des régions sous-développées du Sud. Pour contre-attaquer, la résistance utilise un nouveau type de méchas. D’apparence plutôt rudimentaire, ils sont pourtant rapides et bien organisés. Quand la CEN parvient enfin à en capturer un, ils découvrent que ce mécha est piloté par un enfant.

Mon avis : C’est toujours une joie de retrouver un style de BD indé (ou s’en approchant) s’approprier et remodeler les canons d’un genre. Dans mon esprit, l’un des modèles de ce mariage heureux reste le Gilgamesh de Gwen de Bonneval et Frantz Duchazeau.

Ici, on oublie la grandiloquence ridicule et vaine (et visuellement émétique) du Pacific Rim de Guillermo del Toro. Dans Les Enfants de la colère, tout est vu à hauteur d’ado. Deux camps s’opposent. Et ce n’est pas parce qu’on fait partie de la résistance et qu’on lutte avec des bouts de ficelle qu’on a perdu d’avance.

À ma gauche, la Confédération des États du Nord, avec ses méchas commandés à distance par des adultes – oui, comme les drones américains. Avec un peu moins d’humanité encore. La ville de Trivissa sur Aegis est ainsi « l’endroit idéal pour s’entraîner à tout casser ». Les soldats de la CEN s’y rendent – du moins, y envoient leurs avatars méchas – pour « étrenner [leurs] nouveaux jouets ». L’objectif ? « Amener [les] chefs [de la résistance] à se rendre sans conditions d’ici la fin de journée. » Et s’il faut, pour cela, dézinguer de l’innocent par palettes, ma foi…

En face, des civils, des enfants, écrasés, mis en miettes, explosés par ces robots géants dont les pilotes ne prennent pas même le risque de les animer de l’intérieur. Riposter, c’est la quasi-assurance d’y passer (ou de voir un proche y passer à sa place). Pourtant, certain.e.s n’hésitent pas à courir tous les risques pour lutter contre l’oppresseur. En cette période de commémoration du débarquement en Normandie, le propos n’est pas anodin.

Déjà auteur de GenPet chez Ankama et de Blechkoller chez Glénat, le scénariste Damián (Damián Campanario Hernández de son nom complet) livre un premier tome qui ne perd pas de temps à exposer son propos. L’action est directe, le lecteur passe d’un camp à l’autre avec fluidité, les personnages sont certes légèrement stéréotypés, mais juste ce qu’il faut pour rendre hommage au genre. Les stratégies pour capturer les méchas de la CEN sont bien pensées et réalistes. Reste à voir comment l’auteur bouclera sa narration dans le second tome de ce diptyque.

Côté dessin, Nico Naranjo (La Patrouille des toucans en 2017) propose un trait simple et efficace. Il ne s’embarrasse pas de décors trop appuyés, préférant user de la couleur pour dynamiser ses arrière-plans. Il intègre suffisamment d’influence manga (genre oblige) pour que cela colle au visuel, sans se perdre dans un sillon par trop creusé. De la belle ouvrage.

Si vous aimez : … les grosses bastons de gigarobots, mais pas le style parfois lourdaud de certains mangakas et autres réalisateurs mexicains sans inspiration. Pour des méchas avec du fond, (re)voir Neon Genesis Evangelion est évidemment un must.

En accompagnement : We Are the Robots, de Kraftwerk.

Les Enfants de la colère, tome 1
Écrit par
Damián
Dessiné par Nico Naranjo
Édité par Ankama

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