Les leçons politiques du Game of Thrones par Podemos

Les leçons politiques du Game of Thrones par Podemos

Note de l'auteur

De manière tristement réductrice, l’essentiel des discussions sur l’adaptation sérielle du Trône de Fer concerne la mort certaine – ou éventuelle – de ses personnages. Pourtant l’œuvre de George R. R. Martin ne se résume pas à un simple taux de mortalité, fut-il plus élevé que la moyenne.
C’est en partie ce que cherche à démontrer un ouvrage collectif qui tente d’extraire et d’expliciter la teneur politique des enjeux répartis entre Essos et Westeros. Il est l’œuvre d’un ensemble de personnalités issues du parti radical espagnol Podemos, et si cet effort commun s’avère inégal, il témoigne d’une liberté d’approches du sujet très variée.

les-lecons-politiques-du-game-of-thrones_podemos_post-editions_couvertureLe sujet : Ces Leçons Politiques s’ouvrent sur un constat. La série Game of Thrones ne remporte pas le succès que l’on sait uniquement par ses qualités propres. Selon Pablo Iglesias Turrión, elle trouve aussi sa pertinence dans une résonance avec un pessimisme ambiant de notre société.
À partir de là, la quête et l’exercice du pouvoir constituent le grand thème qui traverse cette collection d’essais. Les auteurs en examinent toutes ses facettes : son exercice au regard de la morale, la notion de légitimité, sa relation avec l’existence ou l’absence du chaos, son caractère subjectif ou bien encore son rapport avec une subversion féminine dans la série.

Mon avis : Si Podemos est un parti moderne avec tout ce que cela présuppose, les auteurs n’en manifestent pas moins un intérêt érudit pour l’exercice d’une politique en milieu de type féodal. Les démonstrations les plus convaincantes sont celles qui analysent ces courants de pensée de Gramsci, Hobbes ou Machiavel. Comme le souligne Rubén Martínez Dalmau, Machiavel trouve justement un bel avatar dans la série avec le personnage de Ser Jorah Mormont, ce chevalier devenu conseiller – non pas du prince mais – d’une reine (Daenerys).

A contrario, l’argumentation de Tania Sánchez Meleiro tourne court lorsqu’elle entreprend de dresser un parallèle entre le système des partis et la série. Les passerelles entre l’univers de Martin et notre réalité contemporaine existent, mais elles s’effondrent logiquement dès lors qu’on les rapproche d’une structure démocratique totalement étrangère au Game of Thrones.

Du reste, ce recueil n’a pas l’ambition d’établir des doctrines issues de l’univers des sept royaumes mais son analyse démontre sans conteste possible la haute densité politique de la série, y compris lorsqu’elle en semble dépourvue. Íñigo Errejón Galván détaille justement cette omniprésence et cite Michel Foucault avec à-propos : “La politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens”.

Si vous aimez : De manière évidente, toutes lectrices ou lecteurs des romans de George R. R. Martin devrait s’y retrouver. Et puis, si vous avez aimé La Géopolitique des séries par Dominique Moïsi, cet ouvrage devrait plus que compléter l’embryon d’analyse qui y était consacré à la série d’HBO.

Autour du livre : Podemos est un parti politique espagnol très récent. Il est né des suites du mouvement social des indignés et propose depuis 2014 ses candidatures aux élections espagnoles (plus précisément depuis les européennes de mai 2014). Dirigé par le professeur en sciences politiques Pablo Manuel Iglesias Turrión, ce parti d’extrême gauche a fait une entrée fracassante au parlement espagnol en remportant 69 sièges à l’issue des législatives du 20 décembre dernier. Depuis, le parti est traversé par de profondes dissensions, notamment parce que la direction avait énoncé un ultimatum particulièrement exigeant pour envisager toute participation à un gouvernement avec le PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol).

Extrait : Dans Game of Thrones, Ned Stark est le personnage qui ressemble le plus au bon prince chrétien décrit dans la plupart des miroirs des princes : il est prudent, juste, religieux, honnête et magnanime. Mais à mesure que la série se déroule, nous pouvons constater que les principes de ce genre ne semblent guère être des atouts au “jeu des trônes”. Ned Stark est ainsi présenté comme l’antithèse parfaite du prince machiavélien. Il est incapable de faire le mal quand c’est nécessaire. Il accorde trop d’importance à l’honneur. Contrairement à Bronn (le mercenaire embauché par Tyrion), il ne comprend pas qu’un homme qui combat avec honneur est condamné à être vaincu par tous ceux qui n’en ont pas. (Issu du chapitre intitulé Pourquoi Ned Stark perd-il la tête ? écrit par Héctor Meleiro)

Sortie : septembre 2015, Post-éditions, 304 pages, 21 euros.

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