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Les meilleures B.O. des pires films (10/10) : Robot Jox de Frédéric Talgorn

Les meilleures B.O. des pires films (10/10) : Robot Jox de Frédéric Talgorn

« Les cinéphiles mélomanes le savent mieux que tout le monde : l’avantage des pires nanars, c’est qu’ils peuvent, parfois, offrir paradoxalement des compositions d’un souffle et d’une force inversement proportionnels à leur crasse médiocrité artistique. Sheppard a sélectionné 10 B.O. du genre dont la beauté fait d’autant plus amèrement regretter la pauvreté des films qu’elles accompagnent. Deux semaines durant, du lundi au vendredi, Sheppard rendra ainsi un vibrant hommage à l’un de ces trésors discographiques, à redécouvrir séance tenante à défaut de réhabiliter les purges correspondantes. Bonne lecture et bonne écoute ! »
Robot Jox de Frédéric Talgorn

Je ne pouvais pas terminer cette chronique sans dire un mot au sujet de Frédéric Talgorn et de Robot Jox. Déjà parce que pendant des années, ce fut le seul film digne de ce nom à nous présenter des robots géants. Mais aussi parce que Stuart Gordon fit le choix judicieux de l’orchestral, là où la plupart sombrait dans le disco. Enfin, parce que ce choix allait être sublimé par un compositeur, preuve vivante qu’un français pouvait être associé à un film de SF sans pour autant faire de la merde, même si le film en question, lui, s’en approcha dangereusement.

C’était une autre époque. Une époque où les CGI n’en étaient qu’à leurs balbutiements et où il était rigoureusement impossible de faire bouger un quelconque amas de polygones sans avoir une puissance de calcul phénoménale et surtout du temps et de l’argent. Trois éléments que les producteurs Albert et Charles Band n’avaient manifestement pas dans leur besace au moment où ils lancèrent la production de Robot Jox. Sans doute inspiré par le succès des Transformers, ces habitués de la série B confièrent la réalisation à leur petit « génie maison », Stuart Re-Animator Gordon.

Une chose n’a en revanche quasiment pas changé. Tout comme la quasi-totalité des productions qui suivirent, le scénario de Robot Jox est un prétexte pour nous balancer du fight de robots, sans vraiment se préoccuper du reste. Ici, un monde dévasté par la 3ème guerre mondiale dans lequel, la guerre étant interdite, on organise des combats de robots géants afin de régler les questions de pouvoir et autres problèmes internationaux. Années 80 obligent, les deux blocs représentés étaient les USA et l’URSS. L’ironie du sort voulu que la chute du mur de Berlin la même année, rende la rivalité entre les deux puissances complètement obsolète.

Malgré les tentatives de caractérisations de Gordon à rendre ses personnages moins monolithiques que sur le papier, et deux ou trois idée de développement franchement pas idiotes, le reste de la production fleure quand même bon le nanar d’outre espace. La faute à des effets visuels en stop motion pas vraiment convaincant, déjà pour l’époque, et qui ont forcément pris un sévère coup dans la gueule avec le temps.

Mais gloire soit rendu à Stuart Gordon d’avoir sauver le peu d’argent qu’il lui restait pour pouvoir se payer une musique orchestrale. Car mine de rien, le score confère au film une certaine classe qu’il n’aurait pas eu si le réalisateur avait cédé à l’appel de la facilité et de la musique synthétique. Gloire lui soit aussi rendu d’avoir choisi parmi tous les compositeurs pas chers de la planète, le français Frédéric Talgorn. Car ce qu’il lui manquait en expérience, il le combla facilement avec la passion. Si le plateau de tournage est un immense terrain de jeu pour le réalisateur, l’orchestre est celui du compositeur, et plus cet orchestre est grand, plus la joie augmente. Alors imaginez un peu la tronche de Talgorn dirigeant l’orchestre philharmonique de Paris pour un film qui cause de robots géants.

Derrière cette passion, on décèle aussi une certaine intelligence dans le développement des thèmes, utilisés ici d’une manière plutôt simple mais qui souligne parfaitement l’opposition entre les personnages et leur parcours respectif. Le score de Robot Jox tourne autour de trois thèmes principaux qui bénéficient tous du même traitement spectaculaire qu’offre la musique orchestrale.

Le premier est évidemment la sacro-sainte fanfare héroïque sur lequel s’ouvre le disque. On est plein territoire connu certes, mais les différentes variations vers les autres thèmes du score que va aborder brièvement l’Overture montre à quel point Talgorn, malgré son inexpérience, possède toutes les qualités requises pour un tel travail. Le second thème, plus doux, vient contraster avec la force du premier. Composé principalement de violons et ponctué par des cuivres en contrepoint, ce thème symbolise de manière élégante la partie humaine de l’histoire (par opposition à la machine), et constitue probablement l’un des moments forts de la partition. Le troisième thème est celui du champion Russe, une pièce pour cuivres qui trouve ses points culminants sur Space Battle et Transformation.

J’ai conscience que la description formelle des différents thèmes a quelque chose d’un brin rébarbatif, mais il faut entendre avec quel engouement et quel entrain l’orchestre parisien, dirigé par Talgorn lui-même, aborde cette partition. Cette joie, cette passion est forcément communicative. C’est du bonheur, de l’éclate à l’état pur, une déclaration d’amour à l’art de la musique de film qui fait hélas regretter que le film, lui, n’ait pas été à la hauteur de cette ferveur.

Ici s’achève les Meilleures B.O. des pires films. Bien sûr les 10 exemples que je vous ai présenté tout au long de ces 10 jours sont loin d’être les seuls, il en existe des tas d’autres qui feront peut-être l’objet d’une deuxième salve. Mais mon but, plus que de vous parler de films ratés, était de vous faire découvrir des musiciens, ou une partie méconnue de leur carrière. De vous montrer comment ces compositeurs ont su dépasser la médiocrité d’une production pour livrer des partitions magnifiques, sans doute conscients du fait que si les yeux ont des paupières, les oreilles, elles, n’en n’ont pas.

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