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LES MEILLEURES B.O. DES PIRES FILMS (2/10) : The black Dahlia de Mark Isham

LES MEILLEURES B.O. DES PIRES FILMS (2/10) : The black Dahlia de Mark Isham

« Les cinéphiles mélomanes le savent mieux que tout le monde : l’avantage des pires nanars, c’est qu’ils peuvent, parfois, offrir paradoxalement des compositions d’un souffle et d’une force inversement proportionnels à leur crasse médiocrité artistique. Sheppard a sélectionné 10 B.O. du genre dont la beauté fait d’autant plus amèrement regretter la pauvreté des films qu’elles accompagnent. Deux semaines durant, du lundi au vendredi, Sheppard rendra ainsi un vibrant hommage à l’un de ces trésors discographiques, à redécouvrir séance tenante à défaut de réhabiliter les purges correspondantes.  Bonne lecture et bonne écoute ! »
The Black Daliah de Mark Isham

Lorsque je repense à The Black Dahlia de Brian De Palma, l’image d’un malstrom me vient presque immédiatement en tête. Ce truc est un bordel tel que j’ai du mal à me rappeler ne serait-ce que d’une seule scène. En revanche, je me souviens nettement du décalage énorme qu’il y avait entre le score de Mark Isham et les images. C’était à tel point qu’on était en droit de se demander si le bonhomme avait vu le film ou s’il était parti tranquillou composer dans son coin en se servant du bouquin d’Ellroy comme base.

Mais après avoir écouté séparément le score d’Isham, j’en suis venu à la conclusion qu’il était en fait le seul à savoir ce qu’il faisait dans tout ce merdier. J’ignore ce qu’a voulu faire De Palma avec son film et je m’en fous. Entre ses hommages foireux à Alfred Hitchcock et son montage sénile, le bonhomme venait d’épuiser ma patience une fois de trop. En revanche, ce fut une réelle surprise d’entendre Mark Isham, totalement habité par le génie d’Elmer Bernstein, s’échiner à nous rendre le frisson de la grande époque du film noir avec autant de brio.

Cette ouverture en apothéose ! Ces accords sulfureux qui suggèrent à eux seuls le chapeau mou, le pantalon au pli fin comme une lame de rasoir, la blondeur platine des femmes lascives et forcément fatales ! On pense à Billy Wilder, à Sunset Boulevard, à Double Indemnity, on pense à Dashiel Hammett, à James Hadley Chase… On pense à tout sauf au film de De Palma. The Black Dahlia est une partition entièrement consacrée à son sujet qui dépasse de loin les limites du film pour laquelle elle a été composée. Mark Isham n’a pas seulement mis en musique des images, il a composé son Black Dahlia à lui.

C’est sa propre version du livre, de l’époque et de l’affaire qui s’exprime à travers ses notes et c’est sans doute la raison pour laquelle elle colle si mal au film. Car Isham était sans doute le seul à avoir une véritable vision du sujet. Au contraire de tous les autres, acteurs comme réalisateur, perdus au milieu d’un foutoir invraisemblable, contraints semble-t-il d’improviser constamment sans savoir vraiment comment, ni pourquoi.

 Il paraît qu’il existe quelque part un montage de 3 heures du film de De Palma dont certains disent qu’il est bien meilleur. J’ai du mal à concevoir comment deux heures pourries peuvent soudainement se transformer en trois heures magnifiques, mais limite, je demande à voir (limite). Une chose est sûre, si dans cette version de 3 heures, il y a ne serait-ce que 15 minutes en plus du score, je ne serais pas contre une petite sortie en mode extended.

La première fois que j’entendis le nom de Mark Isham, c’était en 1988. Il était alors trompettiste et accompagnait David Sylvian sur la tournée In Praise of Shaman qui suivit la sortie du chef d’œuvre Secrets of the Beehive. J’ai encore le programme du concert chez moi (artwork par Russell Mills, la classe !). Entre le trompettiste discret et le compositeur de The Black Dahlia, il y a comme un gouffre… d’une vingtaine d’années environ. Avec la magnifique partition de The Public Eye, le score de The Black Dahlia reste sans doute l’un des travaux les plus aboutis du musicien et j’ai encore du mal à croire que c’était le même que je vis jouer ce fameux soir de 1988.

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