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Les meilleures B.O. des pires films (8/10) : Lifeforce de Henry Mancini

Les meilleures B.O. des pires films (8/10) : Lifeforce de Henry Mancini

« Les cinéphiles mélomanes le savent mieux que tout le monde : l’avantage des pires nanars, c’est qu’ils peuvent, parfois, offrir paradoxalement des compositions d’un souffle et d’une force inversement proportionnels à leur crasse médiocrité artistique. Sheppard a sélectionné 10 B.O. du genre dont la beauté fait d’autant plus amèrement regretter la pauvreté des films qu’elles accompagnent. Deux semaines durant, du lundi au vendredi, Sheppard rendra ainsi un vibrant hommage à l’un de ces trésors discographiques, à redécouvrir séance tenante à défaut de réhabiliter les purges correspondantes. Bonne lecture et bonne écoute ! »

Lifeforce de Henry Mancini

Si Henry Mancini reste à tout jamais l’heureux papa du thème de la Panthère rose, il est tout un pan de sa carrière que l’on connaît moins. En effet, derrière le compositeur aux musiques légères qui peuplaient les films de Blake Edwards, il en existe un autre, beaucoup plus sombre et nettement moins léger. Et même si l’on peut faire le rapprochement entre les deux lorsque l’on écoute le score de Touch of Evil par exemple, il est clairement plus difficile de croire qu’il s’agit bien du même Mancini qui composa la partition de Lifeforce.

Pourtant, par bien des aspects, Lifeforce est un retour aux sources. Car avant de devenir le maître absolu de la musique d’ascenseur (rhôôôô, bad lama!), Henry Mancini était un seigneur des ténèbres musicales, officiant pour Universal au rayon fantastique. Il collabora ainsi sur le score de pas mal de classiques des années 50, dont la quasi-totalité des films de Jack Arnold. James Horner ne pouvant pas se libérer, Tobe Hooper se tourna immédiatement vers Mancini, lui expliquant qu’il voulait une musique similaire au style de l’époque pour son film. Le compositeur sauta sur l’occasion pour explorer à nouveau cette facette de sa vie qu’il n’avait pas revisitée depuis bien longtemps. Mais il tint compte aussi de l’énorme évolution que le genre avait subit depuis ses débuts. John Williams et Jerry Goldsmith était passés par là.

Ici, une petite parenthèse s’impose. Il existe différentes versions du score de Lifeforce. La première, sortie en vinyle chez Milan en 1985, puis une version plus longue parue en CD chez Varese Sarabande en 1991, et enfin une version 2 CD, agrémentée des prises additionnelles de Michael Kamen pour la version US, sortie en 2006 chez BSX Records. Comme l’image d’ouverture l’indique, je ne parlerais que d’une seule version, la première, le vinyle de 85. Non pas que ce soit la meilleure, mais c’est pour le moment la seule que je possède et dont je peux parler en connaissance de cause.

Le vinyle s’ouvre donc sur le fameux The Lifeforce Theme. Une glorieuse et grandiose cavalcade typique des films de SF des années 80. C’est sans doute ici que l’influence de Williams est la plus évidente, même si Mancini parvient à créer un thème tout à fait étonnant et indépendant du style du compositeur de Superman. On entre ensuite dans le vif du sujet et sans doute dans la partie sur laquelle Mancini s’est le plus amusé. Fait rare pour une bande originale de l’époque, le disque est divisée en 6 morceaux dont 2 suites divisées en 4 parties pour la première, et 3 parties pour la seconde. Ce découpage est significatif du premier montage de Tobe Hooper où le film s’ouvrait sur une longue séquence spatiale d’environs 20 minutes. La première suite intitulée The Discovery devait probablement illustrée musicalement cette scène avant qu’elle ne soit rabotée par les producteurs. De même, la séquence finale devait faire écho à celle d’ouverture si l’on en croit la seconde suite The Web of Destiny.

La musique fait donc état d’un film nettement plus réfléchi et construit que le foutoir invraisemblable sorti sur les écrans en 85. Il est fort probable que le premier montage du film, celui de 128 minutes, ait été nettement plus claire, malgré sa longueur. Sa construction autour de deux longues scènes devait sans doute donner un caractère à l’œuvre sinon Kubrickien, tout du moins moderne. Et surtout, ce montage devait prendre le temps de nous exposer les différents éléments de l’histoire. Ce qui n’était pas du luxe, compte tenu de l’incroyable mélange des genres dont fait preuve Lifeforce. Mais c’était sans compter ces gros tocards de Menahem Golan et Yoram Globus (les cousins Canon) qui jugèrent bon de raboter le métrage de plus de 30 minutes pour la version US, enlevant ainsi toutes les scènes de nu et/ou de violence de façon à ne pas choquer leur public reaganien de la première heure. Les Européens eurent plus de « chance », le montage n’ayant été mutilé que de 12 minutes.

Malheureusement, on ne peut pas entièrement imputer l’échec de Lifeforce à la seule action des producteurs. En voulant faire « un film de la Hammer en 70 mm », Tobe Hooper a sans doute visé trop haut. Ou bien a-t-il voulu trop respecter le concept, sans tenir compte de son époque. Certaines situations qui fonctionnaient probablement 20 ans plus tôt, sont apparues un brin ringard au moment de la sortie. Évidemment, cette sensation n’a fait que grandir au fil du temps et malgré la qualité formelle de certains plans et de certaines scènes particulièrement efficaces (dont celle dans le métro londonien), le tout reste quand même gentiment raté. Et la présence de Mathilda May en grande prêtresse vampirique de l’espace ne fait que renforcer cette sensation, et ce malgré ses qualités plastiques indéniables.

Toujours est-il que de ce premier montage, il ne reste que la musique de Henry Mancini, ce dernier ayant refusé de retravailler dessus pour les besoins du remontage, d’où l’intervention du jeune et débutant Michael Kamen. Un an plus tard, en 1986, Mancini signait sa seconde et dernière œuvre orchestrale de ce type pour le dessin animé Disney, The Great Mouse Detective (Basil, détective privé). Là aussi, il fit preuve d’une inventivité et d’une efficacité remarquables et il est regrettable que le compositeur n’ai jamais eu l’occasion d’explorer plus avant cette facette de son immense talent.

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