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Les meilleures B.O. des pires films (9/10) : Bless the Child de Christopher Young

Les meilleures B.O. des pires films (9/10) : Bless the Child de Christopher Young

« Les cinéphiles mélomanes le savent mieux que tout le monde : l’avantage des pires nanars, c’est qu’ils peuvent, parfois, offrir paradoxalement des compositions d’un souffle et d’une force inversement proportionnels à leur crasse médiocrité artistique. Sheppard a sélectionné 10 B.O. du genre dont la beauté fait d’autant plus amèrement regretter la pauvreté des films qu’elles accompagnent. Deux semaines durant, du lundi au vendredi, Sheppard rendra ainsi un vibrant hommage à l’un de ces trésors discographiques, à redécouvrir séance tenante à défaut de réhabiliter les purges correspondantes. Bonne lecture et bonne écoute ! »

Parmi tous les compositeurs hollywoodiens de renom, Christopher Young est sans doute celui qui a le plus joué de malchance. Ses meilleurs travaux ont presque toujours été écris pour les pires nanars de l’univers. On pourrait quasiment consacré une rubrique entière sur Young que l’on trouverait encore des musiques magnifiques composées pour des trucs abominables. Et parmi toutes ces abominations, la partition de Bless the Child est probablement l’une des meilleures et aussi l’une des plus significative du talent de son compositeur.

De tous les films dont je vous ai parlé jusqu’ici, Bless the Child est peut-être le plus obscure. Qui se souvient de ce rip-off de The Omen programmé pile poil pour le nouvel an 2000 ? Il faut dire que les flippes d’apocalypse totale qui entourèrent le changement de siècle furent accompagné par une flopé de nanars religieux en tous genres dont le plus célèbre restera sans doute End of Days, c’est vous dire le niveau de l’ensemble. D’ailleurs les similitudes du film de Chuck Russell (The Mask) avec celui de Peter Hyams (Outland… eeeeet ouais) ne s’arrête pas au sujet ou à la date de sortie, puisqu’ils proposent tous les deux quasiment la même histoire. Dans l’un Schwarzie est un flic sauveur de messie et pourfendeur du diable, et dans l’autre Kim Bassinger est une infirmière qui fait à peu prêt la même chose avec forcément moins de muscles, mais beaucoup plus d’amour et de bisous, et de détresse aussi parce que le diable, ben il est très vilain quand même. Il est à noter d’ailleurs que, que ce soit Chistopher Young pour Bless the Child ou John Debney pour End of Days, les deux musiciens ont composé un score tout à fait remarquable. Mais alors que le score de Debney fit l’objet d’une sortie classique chez Varese Sarabande, celle qui accompagna la sortie du film de Chuck Russell fut en revanche totalement réorganisée en 5 longs morceaux, témoignant du fait que Young composa, plus qu’une simple bande originale, une véritable messe pour orchestre.

Stylistiquement parlant, le score de Bless the Child est une combinaison de trois autres partitions du compositeur. On retrouve l’utilisation des chœurs dissonants d’Hellraiser, les somptueux arrangements pour violons de Murder in the First (Meurtre à Alcatraz) et le piano déstabilisant de Copycat. Comme à son habitude, l’orchestration de Young témoigne d’un talent et d’une inventivité hors normes. Les chœurs combinent d’une manière inattendue les basses masculines aux soupirs féminins sur lesquels vient flotter une voix d’enfant, tel un ange pris dans la désolation et la tristesse du monde. Les cordes massives ont un effet quasi hypnotique sur l’auditeur, particulièrement sur l’ouverture du Kyrie Eleison, où chaque partie se chevauche pour finir sous un torrent de violons, de violoncelles et de basses, ponctué par le souffle vrombissant des cuivres. Jamais Young n’avait preuve d’autant d’intelligence dans l’utilisation de la musique liturgique et dissonante.

Mais s’il est un morceau qui impose à lui seul le score de Bless the Child comme l’une des meilleures partitions de son auteur, c’est le magnifique Lux Aeterna sur lequel se clôt l’ensemble de l’œuvre. On ouvre sur une voix d’enfant sur laquelle vient doucement et lentement se poser le reste du chœur, formant une sorte de passacaglia qui n’est pas sans rappeler certains passages de la Symphonie des Psaumes d’Igor Stravinsky. Le morceau s’élève alors dans sa dernière minute sur une explosion euphorique de tout l’orchestre, symbole de la « lumière éternelle » et véritable apothéose de cette incroyable bande originale.

Même si Christopher Young n’obtint pas la reconnaissance qu’il méritait à l’époque pour avoir écrit une telle partition, cette dernière fit néanmoins partie du programme de la seconde édition du festival international de la musique de film de Tenerife en 2008 (FIMUCITE). Une manière de rendre un hommage, même tardif, à l’une des meilleures compositions de l’un des plus talentueux compositeurs de musique de film de notre temps.

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