Les Nefs de Pangée : peuples modernes et mondes antiques

Les Nefs de Pangée : peuples modernes et mondes antiques

Note de l'auteur

Bienvenue dans une fable épique, sur l’histoire d’un peuple vivant sur un continent unique. L’histoire des mondes, qui se développent et s’achèvent, qui disparaissent quand viennent des temps nouveaux. Un univers hypnotique développé par Christian Chavassieux.

Christian Chavassieux

Christian Chavassieux

L’histoire : Sur Pangée, à chaque cycle, donc environ tous les 25 ans, il est habituel de partir à la chasse à l’Odalim : un monstre marin, le Maître des eaux, dont la mise à mort concentre tous les efforts des peuples du seul continent de cette Terre, entouré par un océan, l’Unique. La neuvième chasse a été un échec. Pour le peuple de Ghiom, il faut absolument réussir la dixième, sous peine de perdre toute unité et laisser place à la guerre et au déchirement de la population. Superstition ou véritable phénomène ? Et que sont réellement les Flottants, peuple barbare vivant sur des îles artificielles ?

Mon avis : Nous sommes face à un véritable récit épique. Tout part d’une simple chasse à l’Odalim. Un moment fédérateur pour les g’e’lich et les gheém (bref, les femmes et les hommes du peuple de Ghiom). Mais nous sommes aussi à un point de bascule, où les intrigues politiques peuvent métamorphoser un monde, le temps que dure une chasse. Christian Chavassieux écrit la petite histoire dans la Grande de cette terre, suivant les destins individuels de personnages qui auront un rôle à jouer dans le changement.

Ainsi Logal Anovia, le deuxième fils de la puissante ville de Basal, qui part en compagnie des oracles à la recherche du prochain commandant de la Dixième Chasse. Son frère, le Préféré, intervient de temps à autre. Mais place aussi (et surtout !) à Hammassi, jeune orpheline adoptée, dont le rôle sera de conter cette grande expédition, d’en être le témoin privilégié et le rapporteur. Des personnages plus secondaires interviennent en cours de récit, permettant à tous d’observer les mécanismes en place lors d’un bouleversement de civilisation.

John Martin, la destruction de Pompeï et Herculanum (John Martin est l'auteur de La destruction de Tyre, qui sert de couverture à l'ouvrage) (et est d'ailleurs bien adéquat)

John Martin, la destruction de Pompeï et Herculanum (John Martin est l’auteur de La destruction de Tyre, qui sert de couverture à l’ouvrage)

En tant que récit épique et il n’est pas anodin qu’il commence, à l’instar des grands récits grecques, L‘Iliade, L‘Odyssée, L’Eneïde ou l’histoire de Jason et la toison d’or, par la préparation d’un voyage sur l’Océan. Ici, les hommes et les femmes se réalisent dans leurs actions, et le monde ne sera jamais plus le même à leur retour. La quête est simple : la mort de l’Odalim (Pourquoi ? parce que c’est nécessaire selon les légendes et les visions des sages). Les épreuves ? Certaines connues, d’autres apparaîtront au fur et à mesure. Et les enfants, Bhaca, le prochain commandant, ou Hammassi, passeront alors de l’enfance à l’âge adulte, héros de l’histoire bien malgré eux.

Alors, on peut reprocher à Christian Chavassieux certaines ellipses temporelles un peu bâclée, ou trop rapide. Nous sautons des années et des mois d’une simple phrase. L’histoire est ambitieuse, s’étend sur des décennies, et cela explique peut-être ces périodes de temps perdues. Au lecteur perdu, il faudra parfois prendre son mal en patience pour voir enfin la description de certains animaux en cours de récit. En tant qu’épopée, nous sommes tout de même dans un style plutôt de chronique et donc observons de loin les modifications qui arrivent dans les vies et dans l’histoire de ce continent unique. Il aurait peut-être fallu étendre le récit sur plusieurs volumes, tant la richesse du monde développé est importante. Et nous aurions pu nous pencher plus sur l’intime des personnages, malgré la volonté peut-être de l’auteur de nous raconter plutôt un moment de l’Histoire de Pangée, qu’un récit traditionnel.

Un excellent roman, dont l’action se passe autant sur terre que sur mer, dans une ambiance antique, de voyage, de mensonge, d’amour, et de grands chants. Les éditions Mnémos présente un roman qui n’est pas une histoire de chasse ou de mer, mais une histoire sur la découverte et l’aventure, avec une couverture certes pas cartonnée (et dont le tableau servant d’illustration, soit la Destruction de Tyre de John Martin, est extrêmement à propos), mais toujours avec une très grande qualité de papier, épais, et avec du grain (petit plaisir de lecteur). C’est un roman qui montre comment débute une mythologie.

John Martin, Le déluge.

John Martin, Le déluge.

Autour du livre : Il est fortement conseillé de ne pas lire le glossaire avant d’avoir fini le livre pour ne pas se spoiler soi-même (drôle de concept, mais vrai avertissement).

Extrait :  Le jeune ghem songeait à la source du Fleuve des fleuves, qu’ils atteindraient dans quelques mois. Cette pensée lui causait une sensation indéfinissable.
« Il y a des Ghiom qui ne savent pas quel est l’enjeu de leur existence. »
Hammassi demanda s’il les enviait, ceux-là, les innocents. Après un moment de réflexion, Bhaca admit que non :
« Je suppose qu’ils doivent découvrir ce pour quoi ils sont faits. »
Hammassi approuva.
« Et cela prend parfois une vie entière. J’estime que nous avons de la chance de savoir pourquoi nous sommes là.
-Cependant, commença Bhaca, cependant… Il y a autre chose. Je suis destiné à la chasse. Bien. Toi aussi, d’une certaine façon : tu vas suivre et relater la dixième. Mais après ?
– Après ?
– Quand tout sera achevé, que notre mission sera remplie, que nous aurons accompli notre destin ? »
Hammassi n’avait jamais songé à sa vie, à leur vie, après la chasse. Elle se sentit désemparée.
« Il nous faudra imaginer une autre chasse, quelque forme qu’elle prenne. Et puis, dit-elle en riant, si tu me fais la grâce de vivre encore longtemps, ma mission à moi est assez claire : continuer d’écrire ta légende. Ta vie donne un sens à ma vie, Bhaca. Le destin, après tout, c’est ton problème, pas le mien. » ”

Sortie : août 2015, éditions Mnemos, 454 pages, 22 euros.

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