Les scènes de discours au cinéma

Les scènes de discours au cinéma

discoursPoint de discours de politique générale devant une assemblée en semi-sieste digestive au Daily Mars (ouais, on dénonce, on est trop des déglingos). Ici, les discours sont virils, ils sont vibrants, ils sont émouvants ou parfois pathétiques voire ridicules. Ces scènes de discours sont des « classiques » du cinéma. Le Daily Mars vous propose une première sélection de ces scènes marquantes au grand écran.

Le Discours d’un Roi de Tom Hooper (2010)

Speaking Unto Nations

Je défie tout être humain normalement constitué de ne pas avoir la gorge serrée pendant cette scène concluant le King’s Speech de Tom Hooper. Une magnifique performance d’acteur de Colin Firth incarnant le roi d’Angleterre Georges VI, bègue, qui déclame à son peuple, l’important discours d’entrée en guerre de l’Angleterre face à l’Allemagne nazie. Notons que l’extraordinaire deuxième mouvement de la Symphonie n°7 de Beethoven, Allegretto, n’est pas étranger à la montée lacrymale. J’en ai encore le menton qui vibre…

 

Henry V de Kenneth Branagh (1989)

Eve of Saint Crispin’s Day

« We few, we happy few, we band of brothers ». C’est le père fondateur de tous les discours du genre, au cinéma comme en politique. En mettant le roi au même niveau que ses vassaux, William Shakespeare donne une leçon inoubliable (et inoubliée) d’humilité et révolutionne le concept même de la royauté. On ne se bat plus pour le roi, mais avec lui, et plus important encore, le roi se bat avec nous, pour nous, pour la nation. En choisissant une pièce peu connue de Shakespeare, Kenneth Branagh se propulse au rang des acteurs/réalisateurs les plus prometteurs de sa génération (c’est son premier film). Il mettra en scène et interprétera 4 autre pièces de l’auteur, dont Much Ado About Nothing et le magnifique Hamlet. A noter la présence de Christian Bale au premier rang, pas encore Batman, mais déjà épris de justice.

 

Julius Caesar, Joseph Mankiewicz (1953)

« Brutus is an honorable man »

Encore Shakespeare ? Ben oui, que voulez-vous qu’on vous dise. A ce niveau là (et bien d’autres aussi), William, c’est le patron. Il prouve une fois de plus son immense supériorité rhétorique dans le fameux discours de Marc Antoine au peuple de Rome. Exemple même de la plaidoirie inversée (je prêche le faux pour dire le vrai), on étudie encore ce discours dans les écoles de droit anglo-saxonnes. C’est vous dire l’impact. Mais on assiste à une autre révolution avec le film de Mankiewicz. Marlon Brando, incapable d’imité l’accent anglais de mise dans les productions de cette époque, remplace cette « lacune » par un jeu d’une extrême puissance. En une scène, il balaie définitivement toutes les anciennes notions de diction et de jeu classique. L’actors studio est né, une nouvelle ère commence.

 

Braveheart de Mel Gibson (1995)

« What will you do without freedom ? »

Avant de devenir persona non grata à Hollywood, Mel Gibson était un bon acteur, doublé d’un réalisateur inspiré. Avec Braveheart, il fait une razzia aux oscars et nous offre un grand film épique, violent et déchirant. Le discours que fait William Wallace pour booster son armée avant que le sang ne coule sur la plaine de Stirling, fait partie des grands moments du cinéma contemporain. Les mots atteignent leur cible et le spectateur est lui aussi, prêt à prendre les armes pour se battre au nom de la liberté. Avec ses peintures de guerre sur le visage, Mel Gibson habite et sublime complètement son personnage, lui confèrant un charisme incroyable. Une séquence toute en intensité avant de se jeter corps et âmes dans la bataille. Du très, très grand art au service d’un film fort en émotion! Merci Mel!

 

Independence Day de Roland Emmerich (1996)

« We won’t go quietly into the night»

Comment parler de discours poignants au cinéma sans évoquer celui de l’apôtre de la liberté made in USA, le Président Whitmore, d’Independence Day ? Sur une musique de David Arnold aussi gracieuse qu’une division de panzer, le bon Bill Pullman dans son rôle de commander in chief exhorte d’une voix virile et rocailleuse sa bande de ploucs à moustache à se battre contre les extra-terrestres de l’espace galactique afin d’empêcher l’annihilation totale et la disparition de l’american way of life. Parce que l’Amérique c’est eux, parce que l’Amérique c’est vous et parce que l’Amérique c’est nous, le 4 juillet devient la grande célébration de l’humanité et le triomphe du yankee sur l’alien. Maître étalon dans le genre du discours patriotique lourdingue le speech d’Independance Day fait partie de ces symboles de l’Amérique pré-11 septembre, du temps où l’oncle Sam se voyait en haut de l’affiche, toujours capable de sauver le monde grâce à sa sagacité et son sourire bright.  Ringard il y a 15 ans, il est désormais emprunt d’une certaine désuétude, comme un témoignage lourdaud et ridicule d’un temps révolu.

 

There will be blood de Paul Thomas Anderson (2007)

« I’m an oil man »

Lorsque Daniel Plainview s’adresse à la petite communauté de Little Boston, il endosse le costume de l’humilité, adopte sa voix la plus douce, emploie un vocabulaire simple et mesuré. Tel le loup déguisé en agneau caché dans la bergerie, il parvient ainsi à faire oublier la menace en jouant sur la corde sensible de son auditoire et distille petit à petit un discours faussement rassurant cachant ses réelles motivations. C’est toute la force cette remarquable scène, démontrant par un montage parallèle astucieux le contraste entre les paroles de l’homme et ses actes. D’un coté, un speech de camelot bien préparé, verrouillé, en mesure d’endormir les plus méfiants. De l’autre, une machine en marche, une mécanique implacable au service, non pas des citoyens, mais d’un seul homme : Plainview. Vampire moderne, il séduit ses victimes avant de les vider de leur substance au propre comme au figuré. Il est le plus dangereux des prédateurs : celui qui pousse sa proie à le caresser avant de lui dévorer le bras.

 

Patton, de Franklin J. Schaffner (1970)

« No bastard ever won a war by dying for his country. You won it by making the other poor dumb bastard die for his country »

Monstrueuse ouverture d’un film non moins monstrueux, la reconstitution du discours du Général Patton à la 3ème armée est devenue l’une des scènes les plus cultes de l’histoire du cinéma. Rien que l’apparition de la silhouette du général sur le drapeau US en 70 mm, constitue en soi l’une des images les plus crues de la fierté et de l’arrogance d’une nation. Anti-militariste à souhait et pourtant d’un réalisme absolu, tout le génie cinématographique  de Schaffner s’exprime dans la simplicité d’un plan conçue comme une oeuvre d’art aux couleurs violentes et à la signification toute aussi violente. D’une certaine manière, Schaffner résume la guerre.  Justice soit aussi rendu à l’immense George Campbell Scott, qui après avoir définitivement canonisé le général Turgidson dans Dr. Strangelove, nous livre un autre exemple de son sublime talent d’acteur, faisant de Patton, le personnage, l’archétype même du militaire au cinéma sur lequel se baseront plus tard tant et tant d’autres rôles.

 

The Lord of  the Rings: The Return of the King, de Peter Jackson (2003)

« Arise, Riders of Theoden! »

Probablement l’une des scènes les plus célèbres de ces 20 dernières années, le discours du roi Theoden (Bernard Hill) ne vaut pas tant par ce qui est dit que par sa flamboyante mise en scène. Peter Jackson prend son temps. Il sait qu’après la charge des Rohirrim des Deux tours, celle du Rohan se doit d’être encore plus spectaculaire. « Vous n’avez encore rien vu », disait-il. Effectivement, on n’avait encore rien vu.

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