Les séries mésestimées : Spartacus (2010/2013)

Les séries mésestimées : Spartacus (2010/2013)

Pendant les 4 semaines à venir, la rédaction du Daily Mars vous propose un dossier-feuilleton en 12 épisodes « Les Séries Mésestimées ». Elles sont malaimées, incomprises, voir inconnues. Elles provoquent, à chaque fois qu’on en parle, la question « tu regardes ça, toi ? », avec un soupçon de condescendance. Le Daily Mars l’affirme aujourd’hui fièrement :  ces douze séries, non seulement on les regarde, mais en plus on les aime. Aujourd’hui, vous aurez droit à Spartacus, Due South et Blue Bloods. La suite, mardi prochain. Bonne lecture, et n’hésitez pas à nous faire part de vos séries mésestimées dans les commentaires.

Spartacus, ou l’histoire d’une fausse impression qui perdure. Spartacus c’est vulgaire. C’est moche. C’est mal écrit. La sentence est tombée il y a bien longtemps, et pour beaucoup, voilà ce qui restera de la série de Steven S. DeKnight. Une bouse raccoleuse, qui a défini la direction artistique de Starz (HBO, en porno) dans l’esprit d’une majorité. Et ils ont bien raison. Et ils ont aussi bien tort.

Rappel: fin janvier 2010, une série de gladiateurs débarquent sur la chaîne Starz, désireuse de devenir une chaîne qui compte après avoir eu des succès très mitigés sur ses créations originales (Party Down était formidable, mais ne faisait que très peu d’audience). Premier constat devant les bandes-annonces, la production (Tapper/Raimi) fait de l’oeil à l’esthétique assez gerbante de 300 pour le style. Tout est filmé sur fond vert, reconstitué par ordinateur d’une façon assez surréalistes, les ralentis sont omniprésents… petit copié-collé de base.

Second constat : c’est ultra-violent, limite gore. La réalisation étant basée sur l’exagération du réél, les impacts semblent plus puissants, et les projections de sang nous font nous dire qu’à l’époque, les humains n’avaient pas de veines, mais que des artères. Coupez-vous le doigt avec un papier et vous repeignez intégralement le mur en face de vous.

Troisième constat, y’a du cul. Plein. Seins, pubis féminins, pénis, fesses (1), tout est exposé, étalé. Zéro érotisme. Les scènes de cul de Spartacus ne sont pas excitantes, elles sont brutales, violentes, sales, grossières.

Quatrième constat : le pilote est une purge qui trouve le moyen d’être à la fois bordélique et assommant. L’acteur principal manque incroyablement de charisme, et tout semble sonner faux.

Les détracteurs de Spartacus y trouvent ici tous leurs arguments. Qui ne viendront pas être contredits avec les 3 ou 4 épisodes suivant. En celà ils ont raison de dire tout le mal qu’ils pensent de la série. En plus, on peut difficilement leur réclamer de continuer tant ce qui est montré semble inepte, sans intérêt, voir d’être un poil foutage de gueule.

Spartacus (Andy Whitfield) et Varro (Jai Courtney), une amitié qui tourne au cauchemar, dans un climax surprenant et bouleversant.

Mais voilà, si on insiste, on commence à trouver ça moins mauvais (oui, la marche n’est pas bien haute). Puis meilleur. Puis on commence à se prendre d’intérêt pour les personnages. A trouver qu’ils jouent de mieux en mieux. A se rendre compte que cet Andy Whitfield a un putain de charisme, jusqu’ici masqué par la médiocrité du reste. Si le visuel reste toujours aussi moche, si les parti-pris sont toujours présents, on arrive à se recentrer sur ce qui fait le choeur d’une série, son écriture. Et le fait est qu’elle s’améliore constamment. Et offre des moments de télévision d’une force, d’une cruauté, d’une sensibilité assez peu vue ailleurs.

Et une fois admis que oui, la série est bien écrite, qu’elle possède un réelle charge émotionnelle, on se met à comprendre certains choix : l’accumulation d’effets de style masque le manque de moyens que nécessiterait des vrais combats de gladiateurs. Ce qui n’est pas géré en cascade, on l’ajoute en post-production. Ca ne rend pas le procédé follichon, mais ça aide à comprendre.

Ce jeu qui semblait si « à côté de la plaque » en début de saison vient peut-être de ce langage inventé pour la série, sorte dérivé de l’anglais sur une base latine. On peut saluer ce choix, quand tous ceux qui traitent de la Rome Antique ont l’habitude, normalement, de recruter une cargaison d’anglais pour les faires jouer comme dans un Shakespeare. Ici, De Knight et ses équipes ont créé une façon de parler qui donne l’impression réelle que Spartacus se déroule dans un autre univers.

On comprend enfin que l’overdose constatée de sexe, encore une fois presque sans érotisme, n’est présent que pour retranscrire exagérément certes, mais justement, la fonction du sexe à cette époque: une monnaie d’échange, une commodité. Pire, parfois, un acte de hiérarchie (viols répétés, et révoltants, sur les esclaves). Avec ces scènes, Spartacus assoit, alors que la série est globalement baroque et très théâtrale, un réalisme surprenant.

Lucy Lawless, d’une grande justesse tout au long de la série

Les romains y sont dépeints comme un peuple arrogant, décadent, mais qui se prend pour un peuple humaniste et cultivé. Ils nous sont montré comme des bêtes, et leurs rapports avec les gladiateurs est assez fascinant. Ils les traitent comme on traite aujourd’hui les sportifs: des objets de fascination, des outils politiques. Ils flattent leur sens de l’égo en les érigeant en modèles, en héros alors qu’ils les traitent comme n’importe quel esclave, jouant juste assez intelligemment sur leur sens de la fidélité (en les brisant, puis en les reconstruisant) pour s’assurer la paix des braves.

A la fin de la saison 1, la série est passée de statut de purge à celui de bonne série, puissante et surprenante. Steven S. De Knight a rappelé aux téléspectateurs courageux qu’il a travaillé sur Angel, et qu’il y était plutôt bon. Et Andy Whitfield est passé d’acteur sans charisme à star en puissance. Tout ne pouvait que biens se passer.

Andy Whitfield annonce qu’il se bat contre le cancer, et qu’il doit déclarer forfait pour la seconde saison. La prod, avec l’accord de la chaîne (avec beaucoup d’humanité), décide de faire une saison intermédiaire, préquelle, pour permettre à Andy de se remettre. Hélàs, Whitfield ne va pas mieux, et doit cette fois-ci tirer sa révérence, remplacé par Liam McIntyre. Whitfield décèdera en septembre 2011, à 39 ans, après un long combat.

Liam s’avère un bon successeur, mais souffre de la comparaison dans les premiers épisodes. Une comparaison injuste, évidemment, surtout empreinte de tristesse à l’idée qu’on ne reverra plus Whitfield sur un écran. Comme sonnée, la série met quelques épisodes à redémarrer (latence peut-être aussi due à l’espace de deux ans entre les deux saisons). Dès l’épisode 4, on sent un gros mieux, et au 6eme épisode, la série nous offre un morceau de bravoure absolument incroyable, un de ceux qui vous laissent la bouche mi-close, les yeux exorbités, vous demandant encore comment ils ont pu faire ça.

Liam McIntyre, successeur de Whitfield dans des conditions dramatiques

Spartacus n’est pas une série facile à intégrer, ni à aimer. Voir la qualité de ce show se mérite. Mais ce qu’on y gagne est remarquable. Spartacus est une série forte, pilotée de main de maître et qui ne cède jamais à la gratuité (la violence, les twists, le sexe, tout sert la narration, rien n’est juste cosmétique). Une série qui s’achèvera au terme de sa quatrième saison, sur le choix de son auteur, qui a peur de la redite. Alors que la série marche très bien, la chaîne Starz a respecté le choix de son auteur. C’est tout à son honneur.

 

SPARTACUS (Starz, diffusion française sur OCS et W9)

Créée et Showrunnée par Steven S. De Knight

(Diffusion en cours)

Avec Andy Whitfield/Liam McIntyre (Spartacus), Manu Bennett (Crixus), Lucy Lawless (Lucretia), John Hannah (Batiatus), Peter Mensah (Doctore), Viva Bianca (Ilithiya), Craig Parker (Glaber)

 

(1) : NDLR : Oui, j’essaie de faire du clic sur cette phrase seule.

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