Les séries trop courtes : Freaks and Geeks

Les séries trop courtes : Freaks and Geeks

La vie de lycéen n’est pas facile, c’est bien connu. Nombreux sont les clans qui peuvent faire de cet environnement scolaire un véritable enfer pour certains, et un terrain de jeu pour d’autres. Dans Freaks and Geeks, on explore la vie au lycée McKinley, dans le Michigan des années 1980, en se concentrant sur deux de ces catégories par le biais de la famille Weir et de ses deux enfants, Lindsay (Linda Cardellini) et Sam (John Francis Daley).

Lindsay est une ancienne mathlete fraîchement entrée en pleine crise d’ado et qui rejoint les « Freaks », ces jeunes un peu rebelles dont les principales préoccupations se résument à fumer de l’herbe, vouer un culte au rock’n’roll et sécher les cours. Son petit frère, Sam, quant à lui, est labellisé « geek » parce qu’il aime Star Wars et Donjons et Dragons. Tous deux tentent de survivre chacun à sa manière dans ce milieu hostile qu’est le lycée, et affrontent tous les tracas de la vie adolescente.

Créé par Paul Feig et produite par Judd Apatow en 1999, Freaks and Geeks connut une diffusion chaotique sur NBC. Sur ses 18 épisodes, 12 furent d’abord programmés entre septembre 1999 et mars 2000, avant que la série ne soit annulée par la chaîne en raison d’audiences insuffisantes. Une pétition de ses fans permit la diffusion de 3 épisodes supplémentaires, avant de finir par voir les 3 derniers diffusés sur la chaîne câblée Fox Family. Pourtant, malgré ce destin écourté, Freaks and Geeks est rapidement devenu une série culte, forte de son charme et du réalisme qu’elle retranscrit.

La principale qualité de la série réside dans la crédibilité de ses personnages et leur profondeur. Dans le clan des « Freaks », Feig ne cherche jamais à nous faire croire que ces gosses ont la moindre chance de voir leur vie basculer et soudainement s’ouvrir à d’extraordinaires possibilités. On n’est pas dans un teen show de la WB ici, mais bel et bien dans une réalité qui fait la moue au concept de l’American Dream. Dans la vraie vie, tout le monde n’est pas fait pour réussir.

Pour ce qui est des « Geeks » de la série, l’image que le show en fait est très intéressante à analyser aujourd’hui, alors que l’on vit à une époque où ce mot est à la mode et associé à une idée bien plus glamour qu’au temps du show (les années 1980) et celui de sa diffusion (la fin des années 1990). On dit maintenant que « le geek c’est chic, » alors qu’il n’y a pas si longtemps être un geek était synonyme de loser. Sam, Neil (Samm Levine) et Bill (Martin Starr) sont trois jeunes garçons qui essayent de plaire aux filles et de ne pas se rendre ridicule alors que les ados plus populaires aiment les traiter en tête de turc et se moquer d’eux. Pour eux, la vie de lycéen est loin d’être rose tous les jours mais ils se raccrochent à l’idée que la roue finira par tourner, et la série n’hésite pas à laisser entendre que les geek domineront peut-être un jour le monde (et elle n’avait visiblement pas tord sur ce point).

La série ne mène pas à son téléspectateur en bateau et va jusqu’au bout de sa vision des choses. Le personnage de Lindsay, par exemple, est une rebelle en puissance et, alors que dans un teen show classique on l’aurait sans doute vu reprendre la direction du droit chemin et redevenir une bonne petite fille à papa, Freaks and Geeks explore sans se voiler la face l’histoire de cette gamine qui cherche sa voix dans un monde qu’elle ne comprend pas. Dans une interview réalisée pour Vanity Fair, Paul Feig a révélé quelques-unes des pistes qu’il avait imaginé suivre pour la suite des aventures de ses personnages, si une saison 2 avait pu voir le jour. Il explique que Daniel (James Franco) aurait eu de forte chance de passer par la case prison, que Kim (Busy Philipps) aurait sans doute terminé en cloque et que Nick (Jason Segel) ne serait surement pas devenu un grand batteur mais plutôt un bon petit soldat.

Le casting de Freaks and Geeks… 12 ans plus tard

Quand Paul Feig créa la série en 1999, il n’y avait pas d’autre show dans ce goût-là à la télévision. Sa volonté de représenter une jeunesse telle que celle qu’il avait vécu, en allant sans crainte dépeindre des situations plus réalistes les unes que les autres, a fait de Freaks and Geeks un petit ovni télévisuel qui a su touché de nombreuses personnes, surtout après son annulation. Ayant acquis le statut de série culte, Freaks and Geeks a eu droit à sa petite réunion en images pour Vanity Fair en décembre 2012. Une bonne occasion de rappeler à tout le monde que la série a été révélatrice de talents. James Franco, Seth Rogen, ou encore Jason Segel, n’ont pas oublié que c’est le show Feig et Apatow qui les a fait connaître dans le milieu et a lancé leurs carrières fructueuses.

En résumé, Freaks and Geeks c’était vraiment bien. C’était honnête, touchant, et souvent diablement drôle. Durant les 18 épisodes de cette série trop courte, on ne s’ennuie jamais et lorsqu’on la voit s’achever, on regrette qu’elle n’ait pas eu l’occasion d’aller plus loin et de faire évoluer plus encore ces personnages auxquels on se sera très vite attaché et qu’il est difficile d’oublier.

 

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