Les Témoins : Rencontre avec l’équipe de la série

Les Témoins : Rencontre avec l’équipe de la série

Les auteurs (Marc Herpoux et Hervé Hadmar)

Unknown

Daily Mars : Qu’est-ce qui vous a donné l’idée d’aller filmer au Tréport ?

Marc Herpoux : Au départ, c’était l’idée d’Hervé, qui y avait passé un week-end avec sa femme. C’est vraiment lieu et son univers qui a été le point de départ de la série. Tout s’est fait au moment du repérage, et on est parti de cet univers si particulier pour écrire toute la série et créer cette atmosphère si particulière.

Hervé Hadmar D’ailleurs, on avait envie d’écrire pour cet endroit, , à cause de toute l’ambiance qui s’en dégage. Quand j’y étais, j’avais l’impression d’être dans une ville fantôme : un manège sans enfants, un casino vide… Partout, il y avait une atmosphère morbide, un peu comme un décor factice, et ça m’a vraiment plu. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a voulu tourner en hiver. D’ailleurs, j’avais visité une maison témoin quand j’étais gosse, et ce qui m’avait déjà frappé à l’époque, c’est qu’on faisait semblant de croire que la vie était là, alors que c’était tout le contraire. Et on eu envie de créer la même impression dans la série.

Quelles ont été vos influences pour cette série ?

M. H : Côté série, c’était surtout les séries scandinaves : Broadchurch, The Fall, The Killing

H. H : Mais il n’y a pas que ça. Avant de commencer à collaborer sur des séries, on venait tous les deux d’univers visuels : Marc des beaux-arts, moi de la publicité. On a donc tout de suite partagé ce côté plasticien, ce désir de privilégier l’image. On a donc aussi beaucoup travaillé à partir des photographies de Gregory Crewdson ou d’Erwin Olaf. On a aussi beaucoup puisé dans l’univers des contes.

« Le conte qui inspire Les témoins, c’est assurément Le Petit Chaperon rouge »

M. H: C’est d’ailleurs quelque chose qu’on fait à chaque fois. Ça nous permet à la fois de créer des archétypes, de susciter un imaginaire enfantin, mais en même temps de réveiller toute la psychanalyse qu’il peut y avoir derrière. Dans Pigalle la nuit, c’était Alice au pays des merveilles ; dans Signature, Le Livre de la jungle, et le conte qui marque Les témoins c’est assurément Le Petit chaperon rougeà cause du loup qui est très présent.

D’où est venu le choix des acteurs ?

H. H:  Il fallait un acteur qui soit connu, qui soit familier de tout spectateur, mais qui en même temps puisse créer la surprise, soit entouré d’un mystère. C’est Marc qui a eu l’idée en plus de lui donner une canne. Il devait même y avoir des scènes dans un centre de rééducation qu’il a finalement fallu couper, mais c’était important de lui donner un côté boiteux, abîmé.

 M.H : Et pour le personnage de Sandra Winckler : pour interpréter cette jeune flic encore inconnue au bataillon, qui va devoir faire ses armes, nous voulions trouver une jeune actrice encore inconnue du public. Il fallait que les deux comédiens puissent s’équilibrer.

Comment définiriez-vous le genre de la série ?

M.H     Comme dans Les Oubliées qu’on avait fait avec Hervé, on voulait faire une enquête policière. Mais cette fois-ci on voulait ajouter une menace planante, une ambiance angoissante, pour donner des airs de thriller. C’est aussi pour ça qu’on a essayé de se défaire de l’ambiance onirique qu’on nous a parfois reproché. Ici tout est froid, gris, tendu.

Quelle a été la gestation de la série ?

H.H : C’était une commande de France 2, qui nous a tout de suite demandé 6 épisodes. Il nous a fallu plus d’un an pour écrire la série. La saison 1 c’est toujours ce qu’il y a de plus difficile dans une série, puisqu’on part de rien, il faut tout construire, les personnages, la trame narrative… Par contre on a tourné en seulement quelques mois, un utilisant la technique du Crossboarding pour être plus efficaces. C’est-à-dire que comme tout était écrit en amont, on a tourné les scènes en les regroupant par lieux de tournage.

Êtes vous content du produit fini ?

H. H: Oui, Hervé n’a jamais fini de m’étonner. On fonctionne très bien tous les deux, et je suis à l’écoute de ses remarques de réalisateur. D’ordinaire, c’est le réalisateur qui se soumet aux exigences du scénariste, et je trouve ça dommage. On a donc essayé de collaborer au maximum. Hervé a beaucoup d’élégance dans sa manière de filmer, ce qui implique aussi une écriture très visuelle. Ce qui compte, ce sera toujours le résultat final, qu’on aura pensé ensemble.

M. H :  Je suis assez content du résultat, parce qu’on a produit ici une série qui se regarde, plus qu’une télévision qui s’allume. On avait envie de faire quelque chose qui se rapproche plus d’une esthétique du câble, qui soit plus hardie. Pour autant, on était très content de pouvoir écrire pour le service public, autrement ça n’aurait pas pu marcher.

 Est-ce qu’il y aura une saison 2 ?

M.H : Peut-être oui, on espère en tout cas. Si c’est le cas, ce sera une première pour nous, pour l’instant on collectionne les saisons 1 ! Mais ce sera forcément avec une nouvelle entrée, de nouveaux personnages : nous avons déjà tout raconté autour de Paul Maisonneuve (interprété par Thierry Lhermitte, ndlr). Il y a de plus en plus de séries comme ça, qui fonctionnent sur le principe de la collection, je pense à Fargo ou à True Detective. Ça permet de ne pas se répéter d’une saison à l’autre, et de pouvoir mobiliser des têtes d’affiche, mais seulement à court terme ; et ça permet d’aller au bout d’un personnage, sans avoir à le faire revenir s’il n’a plus rien à dire.

H.H : Pour l’instant en tout cas, la saison 1 marche assez bien : elle a déjà été vendue dans plusieurs pays d’Europe (Angleterre, Norvège, Pologne, Allemagne), et sera sûrement adapté aux USA. Nous sommes donc assez contents de voir que, après Les Revenants, la fiction française peut continuer de s’exporter, tout en affirmant sa singularité.

Les acteurs : Thierry Lhermitte et Marie Dompnier

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Thierry Lhermitte (Paul Maisoneuve) et Marie Dompnier (Sandra WInckler)

Comment est-ce que vous définiriez votre personnage ?

Thierry Lhermitte : C’est avant tout un flic qui a très mal vécu la mort de sa femme, et qui ne s’en est toujours pas remis. Il est très dur, ce qui a été assez chouette à jouer. Il est du genre à terroriser un gamin pour arriver à ses fins. Mais au-delà de ça, jouer un rôle comique ou dramatique, je m’en fous complètement, c’est seulement la qualité du scénario qui m’intéresse. Et puis d’ailleurs, je ne vais jamais au cinéma, je ne regarde jamais de films ni de séries.

Marie Dompnier : C’était un vrai plaisir de jouer avec Thierry Lhermitte, on a trouvé un équilibre dans nos personnages : lui s’humanise petit à petit, pendant qu’elle prend du galon, gagne en maturité. Sandra est aussi une femme qui est idéaliste, et qui va comprendre petit à petit que la famille parfaite n’existe pas. Progressivement, elle va devoir faire le deuil de ces illusions et se confronter à ses peurs. Elle se veut aussi princesse qui sauve les gens, mais elle va se retrouver malgré elle dans la peau du Petit Chaperon rouge, menacée par le loup ! Dans ce rôle les choses ne cessent de s’inverser, ce qui était vraiment agréable à jouer.

« Marie est une femme idéaliste, qui va comprendre petit à petit que la famille parfaite n’existe pas »

Comment s’est passé le tournage ?

T. L : C’était un rôle très agréable à jouer, je n’ai pas eu besoin de changer une virgule au texte qui m’était donné, c’était ciselé. Sur ce tournage, j’ai ressenti le plaisir de l’interprète bien dirigé, qui doit jouer quelque chose de bien écrit. Par contre quand c’est mauvais, je prend un malin plaisir à mal le jouer, et s’il y a des fautes, je fait exprès de les rendre encore plus audibles (rires), mais pas là!

M. D : Plutôt bien ! Comme j’avais surtout une expérience dans le théâtre et que je n’avais pas encore joué pour une série télévisée, c’était une première pour moi, comme pour mon personnage qui elle aussi début. C’est ce qui donne je crois cette fragilité au personnage de Marie, qui veut tout maîtriser et en même temps doit apprendre à lâcher prise. Le seul point négatif si je puis dire, c’est qu’Hervé Hadmar a décidé de me faire porter des talons pendant le tournage, alors qu’il faisait un froid de canard !

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