Les Trois Jours du Faucon (Condor / 13ème RUE)

Les Trois Jours du Faucon (Condor / 13ème RUE)

Note de l'auteur

Ce grand classique du thriller des années 70 est efficacement refaçonné dans un contexte moderne même si, au final, le Condor ne vole pas très haut.

Si vous gardez un bon souvenir des Trois Jours du Condor, il est évident que les rebondissements proposés dans ce premier épisode n’auront pas la même saveur que dans le cas contraire. Néanmoins, le film de Sydney Pollack datant d’une toute autre époque, la perspective de cette adaptation sérielle trouve une justification assez naturelle. Le contexte paranoïaque imaginé au départ par le romancier James Grady (Les Six Jours du Condor) se transpose aisément à notre époque martyrisée par le grand méchant algorithme.

Joe Turner (Max Irons) travaille pour la CIA. Mais il n’est pas espion. Son rôle est de développer des applications qui serviront à des fins utiles pour l’agence. À ce stade, on est en droit de se dire que Joe est un peu naïf. Il est brutalement rappelé à la réalité en se voyant expliquer par sa hiérarchie que l’une de ses trouvailles va servir dans une intervention sensible. Mais les choses se compliquent vraiment lorsque ledit Joe, intrigué par l’affaire, découvre des mouvements de fonds suspects…

La première qualité de tout bon thriller consiste à créer et entretenir un caractère de nervosité. En cela, Condor remplit aisément son cahier des charges. Max Irons est continuellement ballotté, cours plusieurs kilomètres par épisode et cherche constamment des parades aux différents obstacles qui se présentent à lui. Le spectre d’une 24 heures chrono lui fait forcément un peu d’ombre mais Condor s’en détache en faisant le choix de résolument s’intéresser aux faucons.

En voilà une belle ambition. Développer la frange belliciste dans un type de récit qui fait traditionnellement tout pour ne pas la dévoiler. C’est essentiellement là que l’on va se prendre au jeu pour cette série, et même au détriment de la cavale de son héros. Voilà une brochette de décisionnaires aux philosophies conservatrices tordues qui ourdissent un plan absurde. Que l’absurdité de leurs idées fasse écho ou non à une réalité importe peu. L’assemblage de ces hommes — aux motivations très différentes d’ailleurs — qui s’auto-convainquent de la nécessité de frapper l’ennemi (en l’occurrence le monde arabe et ses populations civiles sans distinction) est aussi fascinant qu’inquiétant.

On ne gardera toutefois pas un souvenir impérissable de ces faucons. Sur le papier, le casting semblait pourtant avoir pris toute la mesure de l’enjeu. William Hurt, Mira Sorvino et Brendan Fraser pour ne citer que ces trois-là enfilent leurs costumes… à plumes (de faucons, vous suivez ?). Mais aucun ne parvient à étaler ses talents. Sorvino est un peu trop en retrait. Hurt n’excelle pas forcément dans le passif-agressif. Et Fraser était tellement meilleur dans Trust ou même dans The Affair.

En grattant un peu, on comprend que tout cela manque cruellement d’une écriture un peu plus subtile. La mise en scène échoue également à se détacher dans un contexte très concurrentiel. Les plans sont très classiques et la photographie est même désespérante si on la compare à la sublime The Little Drummer Girl de Park Chan-wook.

La chaîne (Audience Network) est pourtant très confiante car une saison 2 a été annoncée, ce qui a d’ailleurs été pleinement anticipé à l’écriture si l’on en juge par la fin de cette saison. En admettant que vous soyez allé jusque là, il vous faudra une sacrée dose de vent pour accompagner à nouveau ce Condor en espérant qu’il puisse enfin décoller.

CONDOR (Audience) Saison 1 en dix épisodes
Diffusés sur 13ème RUE dès le 18 novembre (20h55).
Série créée par Todd Katzburg, Ken Robinson & Jason Smilovic.
Inspiré du film de Sydney Pollack Les Trois Jours du Condor et du roman Les Six jours du Condor de James Grady.
Épisodes écrits par Todd Katzberg Ken Robinson et Jason Smilovic.
Épisodes réalisés par Andrew McCarthy, Kari Skogland, Jason Smilovic et Lawrence Trilling.
Avec Max Irons, William Hurt, Leem Lubany, Kristen Hager, Mira Sorvino, Bob Balaban, Brendan Fraser, Kristoffer Polaha, Katherine Cunningham et Christina Moses.
Musique originale de Trevor Morris.

Visuel : Condor © 2018 MGM Television Entertainment Inc. And Skydance Television, LLC. All Rights Reserved.

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