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Let It Beer (critique de The World’s End, Le Dernier Pub Avant la fin du Monde)

Let It Beer (critique de The World’s End, Le Dernier Pub Avant la fin du Monde)

Note de l'auteur

C’est bien établi depuis plusieurs années : durant la Comic-Con, le tout-Hollywood déménage à San Diego. Petits et gros studios viennent présenter des extraits de leurs prochains poulains lors de panels, bondés pour les gros studios. De plus, comme Hollywood n’aime rien de moins que se mettre le segment « fanboy » dans sa poche, des séances gratuites sont organisées au cinéma du centre-ville, le Reading 15. Très souvent, des places sont mises en jeu lors de concours interactifs, mais pour des petites séances comme la comédie Hell Baby, ou encore l’adaptation américaine du film d’horreur mexicain We Are What We Are, les « lucky few » peuvent rentrer sans trop d’encombre, et au prix d’un peu d’attente (NB : l’attente, cet impondérable de la Con, pour les panels comme pour les restaurants… ou les toilettes).

Parmi les séances les plus prestigieuses, Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger sont venus présenter leur Escape Plan. Et vendredi 19 juillet, le jour de la sortie du film en Angleterre, Edgar Wright, Simon Pegg et Nick Frost étaient de passage à la Con pour un panel consacré à Dernier Pub Avant la Fin Du Monde le matin… et présenter par deux fois le film complet le soir à une assemblée de fanboys bien renseignés. Après une courte introduction et un peu d’interactions humoristiques avec la salle, notamment avec quelqu’un qui se moquait du fashion staïle de Nick Frost, Edgar Wright nous a dévoilé un film qui, a-t-il déclaré, « était dans les cordes depuis 10 ans ».

Dix ans déjà depuis le premier « clap » sur Shaun of The Dead, la comédie d’horreur maline et très référentielle du film de zombies le plus pur et hardcore qui a contribué à faire des stars du trio Pegg/Frost/Wright. Mais depuis, les sirènes d’Hollywood les ont appelés, et Pegg s’est retrouvé à étendre son registre dans deux énormes franchises : Star Trek et Mission : Impossible . Quant à Wright, il a été mis aux commandes de l’adaptation de Scott Pilgrim vs. The World, échec commercial qui l’a affirmé comme très sérieux réalisateur d’action et avec une patte et un sens du rythme innés.

La nostalgie. Le vieillissement, la peur de la vieuxconnisation (je déposerais des droits sur ce terme si ça n’a pas été fait, NDLR) : le lot de bien des troupes comiques à travers l’histoire du cinéma. Ne vous y méprenez pas : là où on s’attend à ce que Le Dernier Pub Avant la Fin Du Monde vienne conclure la « trilogie Cornetto » en apothéose, Wright et ses compères nous livrent leur version gonzo d’un Sens de la Vie/Meaning Of Life, sans toutefois le cynisme mais avec une verve de commentaire social intacte.

La nostalgie, elle se déroule devant nos yeux dès le premier instant : celle de la voix-off et d’une bande de potes de la fin des années 80-début des années 90 qui avait accompli force tournées de pubs et débauche, mais n’avait pu finir « The Golden Mile », la tournée complète de Newtown ascendant bibine : 12 pintes en 12 pubs. Wright nous sert une scène qui sent bon le vécu, celle d’une bande de potes unis comme les doigts de la main, un peu branleurs, défiant l’autorité et leur limite d’ingestion d’alcool. Une séquence aussi créative que prenante, ce qui permet de pardonner les multiples scènes d’errement suivantes. Car Le Dernier Pub… est bavard, très bavard, et donne la parole à Gary, le leader de la bande qui ne s’est jamais vraiment remis de ce Golden Mile avorté. C’est ainsi que les retrouvailles avec la bande d’antan, composée de Peter (Eddie Marsan), Steven (Paddy Considine), Oliver (Martin Freeman) et Andrew (Nick Frost) prennent beaucoup en longueur et en embarras. Les prétextes de Gary pour réunir sa bande à Newtownhaven–dont la mort d’un proche- font vaciller le spectateur entre rire jaune et franche gaudriole. Mais les dialogues donnent surtout l’occasion à Gary de tenter de se remémorer le bon vieux temps, en monopolisant la parole face à quatre quadras qui sont rangés, apparemment avec une vie de famille sans trop d’histoires. Wright ne s’y attarde pas trop, ni sur l’arrivée d’une ancienne flamme de Gary et Steven, Sam (Rosamund Pike). Il sait que l’on est venu pour le dérapage, que dis-je, l’Apocalypse, et c’est exactement ce qu’il va méthodiquement nous déballer. Enfin, là encore, pas tout à fait.

Une menace très rétro…même visuellement

Comme les deux précédents films, Wright aime surprendre son monde, et Le Dernier Pub… est sans doute le film qui recèle le plus de secrets de toute la trilogie Cornetto. En particulier, la nature de la menace qui vient parasiter le « Golden Mile » de notre quintette, et ce qui arrive au habitants de Newtownhaven. La nature composite, qui est révélée progressivement, de ce fléau, démarque Le Dernier Pub… du reste des blockbusters, qui tend plus vers des films de série B des années 1960. À l’heure où Wright s’apprête à obtenir un méga-budget de Marvel, le spectaculaire du film a plus un côté old-school et artisanal. Qu’à cela ne tienne : le surréalisme et le cadrage à bras-le-corps sont sublimés par la photographie de Bill Pope (déjà à l’œuvre sur Scott Pilgrim, et dont le travail vivifie les visions dantesques du dernier tiers). Pegg et Frost se démènent tant bien que mal face au capharnaüm, mais leur alchimie est mise à mal, et à vrai dire, c’est le choix de l’antagonisme entre eux qui rend la trame inédite. Contrairement à C’est la Fin/This Is The End, qui livre un délire de potes plutôt attendu, Wright prend systématiquement à rebrousse-poil les attentes du public. L’action ne conclut pas la trilogie en apothéose, elle reste bien en deçà de celle de Hot Fuzz . Oh, certes, Edgar Wright prend un malin plaisir à dynamiter ses petites bourgades british et surtout sa population, mais World’s End est une histoire de résistance acharnée et rock’n’roll. Une sorte de baroud d’honneur qui pourrait signer (de façon satisfaisante) la collaboration Pegg-Frost (ce qui est nié en bloc par les protagonistes). Mais elle clôt en tout cas un chapitre des tribulations audiovisuelles d’Edgar Wright, commencées avec la culte mais toujours aussi méconnue Spaced. À juger sur pièces le 28 août prochain : allez, c’est pas la mer à boire…

THE WORLD’S END (2013)

USA/Grande-Bretagne

Réalisé par Edgar Wright

Écrit par Simon Pegg et Edgard Wright

Avec Simon Pegg, Nick Frost, Martin Freeman, Rosamund Pike…

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