L’Etat de Grace (critique de Grace de Monaco, de Olivier Dahan)

L’Etat de Grace (critique de Grace de Monaco, de Olivier Dahan)

Note de l'auteur

Grace afficheLoin du biopic redouté (on ne s’est pas encore remis de Diana !) le nouveau film d’Olivier Dahan s’attache à un moment précis de la vie de l’actrice devenue princesse, pour lui confier le rôle inattendu de chef d’état.

Présenté en ouverture du Festival de Cannes 2014.

Le premier plan de Grace de Monaco dévoile sans pudeur le mécanisme de la transparence. Essence même de l’artifice cinématographique, ce bon vieux trucage définitivement ringardisé par le polish numérique consiste à projeter des images d’un côté de l’écran et à faire jouer les comédiens de l’autre. Les images rétroprojetées transparaissent alors et donnent l’illusion que les acteurs sont réellement présents devant un décor qui défile, par exemple la route de la corniche aux alentours de Nice, empruntée pied au plancher par Grace Kelly en 1955 dans La Main au collet. Un peu plus loin dans le film, l’égérie d’Hitchcock se projette les bobines de son mariage princier un soir de déprime. Elle réalise que, des paillettes d’Hollywood aux fanfreluches de Monaco, l’artifice continue de régir sa vie jusque dans ses appartements.

GracePicQuitte à dérouter ceux qui attendaient un biopic traditionnel et boursouflé façon La Môme, Olivier Dahan et son scénariste ont la bonne idée de se concentrer sur le moment précis où leur personnage s’oblige à trouver sa place entre actrice et princesse. En combinant ces deux visages de Grace, ils déterminent une troisième voie placée sous le signe de cet artifice qui règne depuis le tout premier plan, et entrainent le personnage – et le film à sa suite – dans un élan romanesque qui semble sans limite, un mélodrame d’espionnage où les intrigues de palais le disputent à des enjeux géopolitiques dont les ramifications s’étendent jusqu’à l’Elysée et au Secrétariat de la défense des Etats-Unis. Tandis que Rainier se perd en palabres et en tergiversations, Grace s’attaque à un complot contre la principauté. Est-il imaginable que, par son influence sur son époux mais aussi par ses actes au cœur du pouvoir, elle ait été pour un temps le véritable chef de l’Etat monégasque ? Qu’elle ait pesé sur De Gaulle et, en conséquence, sur le dénouement de la Guerre d’Algérie ? Lumière, musique, style de jeu, jusqu’à certains procédés tels que les conversations téléphoniques en split screen et les ouvertures à l’iris, Olivier Dahan ne recule devant aucun moyen pour façonner avec minutie un univers suranné et nous convaincre, non pas que cette histoire est vraisemblable, mais qu’elle aurait pu faire un beau film de Grace Kelly.

 

En salles depuis le 14 mai.

2014. France / Etats-Unis / Belgique / Italie. 1h45. Réalisé par Olivier Dahan. Avec Nicole Kidman, Tim Roth, Frank Langella, Paz Vega…

Ci-dessous, une sélection de réponses de l’équipe du film lors de la conférence de presse d’hier après-midi.

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