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L’honneur est sauf (critique de Wolverine : le combat de l’immortel, de James Mangold)

L’honneur est sauf (critique de Wolverine : le combat de l’immortel, de James Mangold)

Note de l'auteur

Après l’insulte Wolverine voici quatre ans, le héros chouchou de la franchise X-Men revient dans un second spin-off qui n’a presque plus rien à voir avec son triste prédécesseur. Une tentative évidente de mieux faire est ici à l’oeuvre et, malgré les quelques casseroles de l’entreprise, saluons au moins l’effort  !

 

ATTENTION :  SPOILERS MINEURS 

Montage-saucisson, personnages sous vide, édulcoration généralisée, degré zéro de crédibilité… Sorti en 2009, X-Men origins : Wolverine portait l’indubitable griffe du naufrage nanar. Trahison navrante mais dopée par la curiosité des geeks et sa logique du toujours plus (de mutants, de CGI etc…), la purgeasse mongolo de Gavin Hood s’est tout de même débrouillée pour gratter 373 millions de dollars de recettes salles dans le monde, soit plus du double de sa mise initiale. Malgré l’épouvantable accueil critique du film, la Fox avait donc industriellement toutes les raisons de donner son feu vert à une suite… qui aura mis tout de même quatre ans à pointer le bout du nez. Un retard dû à un enchaînement de scoumoune : désistement du réalisateur initial Darren Aronofsky officiellement rebuté par la perspective d’un tournage aux antipodes, séisme de mars 2011 au Japon (lieu clé de l’intrigue), plusieurs réécritures de scénario, nouveau report de la production dû à la pause Misérables pour Hugh Jackman…

Nous voilà donc enfin face à la bête et le faiseur de classe A James Mangold, appelé en renfort par Jackman producteur, se devait impérativement de laver l’honneur sali du super héros le plus populaire de la franchise X-Men. Un nanar de plus serait le nanar de trop, pour la Fox comme pour la star, qui n’oublie pas qu’il doit 100% de son statut à ce mutant culte qu’il découvrit à l’occasion du premier X-Men. Cassons tout de suite un suspense qui n’en est pas un si vous avez déjà lu les premières reviews anglo-saxonnes : à côté de son sinistre prédécesseur, The Wolverine (titre en V.O) redresse la barre significativement. Au moins le fan comme le spectateur ne se sentiront pas insultés en sortant de la salle et à vrai dire, durant la première heure de cette fausse suite (zéro mention aux événements du précédent volet), on croit même dur comme adamantium (hi hi ! Pardon…) à la possibilité d’un authentique bon film.

La séquence post générique de X-Men origins : Wolverine le suggérait : c’est bien au Japon que se déroule la quasi totalité de Wolverine : le combat de l’immortel. Un flashback convaincant, situé dans un camp de prisonniers américains prés de Nagasaki, expose les liens passés entre Logan et le futur magnat japonais Yashida, alors son geolier. Le film n’a pas commencé depuis cinq minutes que Mangold nous dégaine déjà une explosion atomique, tandis que le retour au présent se poursuit plutôt sur les chapeaux de roue. L’action se situe après les événements de X-Men : l’affrontement final (sac à vomis par là, merci). Logan, redevenu vagabond, cheveux et barbe drus, vit dans les bois au Canada (sans cabane, hélas) et ne se pardonne pas d’avoir dû sacrifier Jean Grey dans l’étron de Brett Ratner. Le fantôme de Jean hante ses cauchemars et s’invite même dans sa réalité, lui offrant de venir la rejoindre dans l’au-delà…

Plus investi que jamais dans son rôle, Jackman déploie ce qu’il faut de colère, notamment dans une scène de bar musclée avec une poignée de chasseurs qui ont eu le malheur de maltraiter un grizzli en CGI, heurtant la sensibilité écolo de notre Logan soupe au lait. Retrouvé sur place par la sabreuse japonaise Yukio (Rila Fukushima), émissaire de Yashida qui le recherchait depuis des années, Logan accepte de s’envoler au Japon afin de renouer avec sa vieille connaissance. A Tokyo, Yashida, devenu un industriel tout puissant dans les nouvelles technologies mais rongé par le cancer, offre à Logan un marché qui pourrait bouleverser sa nature même de mutant. Tenté mais pas convaincu, Logan va se retrouver plongé au beau milieu d’une guerre de pouvoir impliquant la mafia locale et le clan Yashida, menaçant la vie de Mariko, la petite fille du patriarche mourrant.

Inspiré du premier roman graphique Wolverine, signé en 1982 par le tandem Claremont/Miller (et paru en France chez Lug dans la collection “Récit complet Marvel”), le film de James Mangold reste, malgré ses nombreux défauts, un objet éminemment sympathique. Un bel acte de contrition cinématographique que l’on a envie de défendre en dépit d’incontestables faux pas. Tout au long de la narration, Mangold, Jackman, les scénaristes, la Fox même, semblent effectivement demander “pardon” aux fans pour l’affront de 2009 tant The Wolverine prend l’exact contrepied de son prédécesseur. Le nombre de mutants à l’écran est réduit au strict minimum, l’intrigue resserrée sur un enjeu unique et modeste, la noirceur du héros est enfin, sinon pleinement embrassée, du moins approchée, la violence un poil poussée et aucune faute de goût majeure n’est à déplorer. A vrai dire (mais est-ce vraiment un atout ?), The Wolverine ne ressemble absolument pas à un film de super héros durant toute cette première heure. Plutôt à un thriller “fish out of the water” à la Yakuza de Pollack, avec un zeste de Lost in Translation – Mangold affirme quant à lui s’être inspiré du drame d’Ozu Herbes flottantes (1959) mais, ahem, je demande à voir… Cerise sur le shabu-shabu : hormis quelques coups de canif dans le contrat, le réalisme linguistique est respecté et les personnages japonais se parlent presque à 100% dans leur langue d’origine. Un blockbuster américain dont au moins une bonne moitié des dialogues n’est pas en anglais, c’est une initiative toujours méritoire !

Mangold, dont le cinéma n’a jamais retrouvé le souffle et l’inspiration de son mirifique Copland, trousse correctement les scènes d’action (malgré une lisibilité inégale) et démontre une évidente volonté de bien faire, même dans les ratages. Ces derniers sont hélas légion : rythme plombé à mi parcours par la love story Logan/Mariko (sublime Tao Okamoto), traitement extrêmement décevant du Samourai d’argent après nous avoir méchamment teasé pendant trois quarts de métrage, effets visuels parfois au rabais (aïe la baston à dos de Bullet train, certes fun mais trop cartoonesque…)… Et un final renouant hélas avec quelques ficelles éculées du genre avec un vilain jactant plus que de raison entre deux gnons et un kaboom grossier pas vraiment raccord avec la sèche efficacité initiale, sans être assez spectaculaire pour nous bluffer. Quant à la mutante Viper, n’étant pas familier du personnage, difficile pour moi de juger sa réussite ou non par rapport au comic book. Sa proximité graphique flagrante avec la Poison Ivy de DC comics reste assez gênante, malgré une interprétation fort correcte de Svetlana Khodchenkhova. Au générique de fin, gratifié d’une chouette séquence bonus assurant la transition avec X-Men Days of future past, un soulagement incontestable : l’honneur sali de notre Gaijin à griffes est en partie vengé. On est encore loin du monument de badasserie pour adulte que mériterait Logan mais, compte tenu des contraintes industrielles grand public liées à la franchise X-Men, cette utopie risque bien de rester en l’état pour l’éternité.

Wolverine : le combat de l’immortel, de James Mangold (2h06). Scénario :  Mark Bomback, Scott Frank, Christopher McQuarrie. Sortie nationale le 24 juillet (Fox).

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