Libertalia (T.2 Les murailes d’Éden) de Grella, Miel et Pigière

Libertalia (T.2 Les murailes d’Éden) de Grella, Miel et Pigière

Note de l'auteur

De la douce utopie à la difficile réalité, les citoyens de Libertalia découvrent les affres de la vie en liberté. Pour atteindre la fin sublime, les moyens dérivent de l’idéal mais la colonie installée à Madagascar a-t-elle d’autres choix ? Pas sûr. Un deuxième épisode qui remet un brin les pieds sur terre.

L’histoire : Olivier Mison et le prêtre défroqué Carracioli cherchent à pérenniser leur idéal de société d’hommes libres dans l’océan Indien. Sauf que pour exister, Libertalia a besoin d’argent et d’hommes. Le capitaine part en expédition pour ramener de l’or et libérer des esclaves mais pendant ce temps-là, l’ancien ecclésiastique fait régner une discipline de fer, combattant sans relâche l’alcool et l’argent en interne, mères de tous les vices. Si bien que les hommes se montrent de plus en plus réfractaires.

Mon avis : de la théorie à la pratique. Avoir des idées éclairées, c’est bien ; les appliquer sur le terrain, c’est plus compliqué. Le dilemme est parfaitement mis en exergue dans ce deuxième rendez-vous.

Par la force, ces anciens pirates ont brisé leurs chaînes et tentent de s’organiser dans une ville libertaire où il est par nature interdit d’interdire. C’est Mai-68 réinventée aux confins des XVIIe et XVIIIe siècles. Sauf que les hommes restent des hommes et que la liberté individuelle empiète très rapidement sur celle du voisin.

Comment réagir ? Coercition ou conviction, le chemin est étroit. Et les deux meneurs de cet idéal s’affrontent sur la stratégie à adopter pour parvenir à la fin. C’est parfaitement narré et les personnages sont très bien campés. Leurs tourments et leurs incertitudes, leurs petites lâchetés sont palpables ce qui donne une dimension morale pleine et entière.

Petit manuel des utopies, Libertalia prend une ampleur supplémentaire avec ce deuxième opus. On en redemande.

En accompagnement : une bonne portion de Romazava, plat national malgache à base de zébu. Et quand zébu, j’ai plus soif ce qui siéra au prêtre Carracioli (pardon).

Si vous aimez : la vie et l’œuvre de Victor Schœlcher.

Autour de la BD : aperçu notamment sur L’Ordre impair, Rudi Miel, et sa comparse, Fabienne Pigière, professeur et archéologue, qui signe sa première contribution BD, apportent une réelle complexité au scénario. Au crayon, Paolo Grella et son trait évasif nous font voyage.

Extraits : « Les liberi et les naturels ont fait des miracles ! »

« Oui, unis dans le travail et bientôt dans la prière… »

« Tu sembles pensif, Olivier… »

« Oui, je songeais au passé. Avions-nous tout notre esprit quand nous avons créé Libertalia ? »

Écrit par Rudi Miel et Fabienne Pigière
Dessiné par Paolo Grella
Édité par Casterman

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