Life is Strange 2 : frère d’arbres

Life is Strange 2 : frère d’arbres

Note de l'auteur

Plus d’un an après la sortie du premier épisode (avec une critique publiée par Bruno ici-même), Life is Strange 2 est arrivé à son terme en toute fin d’année dernière. Si la première saison avait su tenir les fans en haleine avec un rythme de publication plutôt régulier, cette suite a préféré prendre son temps pour pouvoir livrer des épisodes de qualité. Mais la conclusion de ce périple entre frangins est-il à la hauteur de l’attente ?

After the Storm

Il m’a d’abord fallu rattraper mon retard pour aborder ce second opus dans les meilleures conditions. Après un premier épisode réussi, je ne pouvais pas passer à côté de Before the Storm, un spin-off en trois épisodes développé par Deck Nine Games et narrant les mésaventures de Chloé avant les événements de Life is Strange. On y suit la jeune adolescente dévastée par la mort de son père et le départ de sa meilleure amie, avant de faire la rencontre de Rachel. On aurait pu craindre une redondance, que nenni. Before the Storm remplit brillamment son rôle de dose supplémentaire. Puis en été 2018, Dontnod a offert Les aventures extraordinaires de Captain Spirit, un apéritif se déroulant dans la chronologie du futur deuxième épisode, mais sans vraiment révéler la nature de cette prochaine histoire. Si Captain Spirit se complète en une paire d’heures, juste le temps de faire la connaissance de Chris et de son imagination débordante, c’est surtout l’occasion d’apprécier un moteur graphique amélioré qui promet quelques paysages superbes, avant de se lancer enfin dans Life is Strange 2.

Oubliez toute l’ambiance policière et scolaire du premier Life is Strange, ce deuxième épisode prend le contrepied très rapidement. On fait la connaissance des deux personnages principaux du titre, Sean et Daniel Diaz, deux frangins qui vivent leur vie dans la banlieue de Seattle. Une introduction somme toute classique, qui permet rapidement d’apprécier les aléas de la jeunesse américaine. Sean, 16 ans, est le personnage que vous contrôlez. Comme tout ado qui se respecte, il aime fumer des joints dans le jardin de son daron, ne sait pas comment inviter la fille pour laquelle il a le béguin et se fait régulièrement embêter par son petit frère Daniel, tout juste 9 ans au compteur. Mais après un incident mystérieux qui implique la mort de policiers à cause d’une vague d’énergie étrange, les deux frangins sont obligés de fuir, de peur de se faire arrêter, ou pire. Life is Strange oblige, le quota fantastique est bien présent. Mais hors de question de laisser les pleins pouvoirs au joueur directement : c’est Daniel, le petit frère, qui hérite d’un don de télékinésie. Et c’est par les choix et les décisions de Sean (et donc, les vôtres) que Daniel apprendra comment et quand l’utiliser.

Première grosse surprise de cette nouvelle fournée de cinq épisodes : on quitte la petite ville d’Arcadia Bay pour embrasser un vaste road-trip qui traversera plusieurs états américains. Chaque épisode sera centré sur un ou plusieurs lieux précis, répondant à des dynamiques et des thématiques qui impactent autant l’épisode lui-même que toute l’aventure. L’intelligence de Dontnod est de se servir des choix importants durant l’aventure pour impacter aussi bien les événements que Daniel lui-même. Comme tout bon petit frère qui se respecte, il sera régulièrement casse-pieds et peu compréhensif, durant votre périple. Mais la figure fraternelle que vous incarnez possède une influence non négligeable. Ce sont vos réactions, vos choix et vos réponses qui impacteront le regard de l’enfant sur le monde qui l’entoure et sur la responsabilité de son pouvoir. Faudra-t-il lui apprendre à camoufler son don coûte que coûte pour ne pas se faire prendre ? Ou faire fi de toute discrétion pour s’en servir quand ça vous arrange ? On prend finalement son rôle de grand frère très à cœur et toute l’écriture des cinq épisodes va constamment dans ce sens. Qu’ils s’agisse de corriger son langage de charretier ou de lui éviter de massacrer sauvagement un puma (rien à voir avec l’écologie), ce sera à Sean de lui montrer la voie à suivre.

Si les poncifs du petit frère agaçant trouveront leur paroxysme dans le milieu de l’aventure, avec un épisode 3 un poil moins intéressant mais heureusement plus court, ça n’empêchera pas l’histoire de brosser régulièrement une galerie de personnages secondaires très attachants. Ils sont d’ailleurs légions dans Life is Strange 2, et ce dès le premier épisode avec ce bon vieux Brody. Des personnages dont on retrouve régulièrement des traces via la multitude d’informations disséminées un peu partout. Certains auront plus d’impact que d’autres sur le caractère de nos deux héros, en particulier durant l’arc narratif de Karen qui sera un bon prétexte pour des torrents d’émotions et de larmes. Le scénario n’hésite pas à venir égratigner quelques symboles forts de l’Amérique, en particulier la discrimination raciale encore bien présente et le sujet de l’immigration toujours aussi sensible. Tout est fait pour que la narration prenne le joueur à parti constamment sur des choix jamais gratuits et l’implique ainsi émotionnellement. Autant dire qu’à la fin de l’ultime épisode, le contrat est plus que rempli, et au vu de l’ambition du scénario, je trouve même cette suite supérieure à l’épisode original.

Question deux choix

Mais pour porter cette histoire, hors de question d’illustrer cette fabuleuse aventure avec le moteur vieillissant du premier Life is Strange. La formule épisodique obligeait les équipes à travailler avec certaines restrictions sur un moteur vieillissant. Ici, Dontnod a préféré prendre son temps pour chaque épisode, dans l’optique de flatter la rétine et de soigner sa mise en scène. Chaque épisode se déroule dans un Etat différent, avec son ambiance, son atmosphère et une période de l’année. Oubliez les couloirs froids de l’université d’Arcadia Bay, ici ce sont les panoramas fleuris et les grands espaces qui occuperont vos écrans. Si le moteur technique est bien meilleur, c’est aussi la direction artistique qui permet de vraies prouesses pour proposer des paysages somptueux où resplendissent de superbes ciels diaphanes. Des forêts boisées de troncs géants en Californie aux paysages enneigés de l’Oregon, le dépaysement est total et embarque le joueur dans un road-trip total, bercé par la bande-son où se côtoient Sufjan Stevens, Gorillaz et First Aid Kit.

Si vous pensiez profiter d’un second opus pour agrémenter le gameplay de Life is Strange de quelques nouveautés exotiques, il faudra se faire une raison. Life is Strange 2 possède la même approche que son prédécesseur. On pourra déplacer son personnage un peu partout dans la zone autorisée et interagir avec un maximum d’objets, de la jolie photo de famille jusqu’au prospectus qui n’aura d’autre intérêt que de donner de l’épaisseur aux histoires annexes. Seul un inventaire concis et simple vient s’ajouter dans un coin de l’écran, histoire de rappeler les maigres objets utiles en votre possession pour résoudre les quelques énigmes et les collectibles accumulés que l’on peut parfois accrocher à son bardas. Les choix interviennent souvent dans les dialogues et les plus décisifs se verront gratifiés d’un petit logo de loups en bas de l’écran. Bref, rien de nouveau sous le soleil américain, mais il n’en fallait pas beaucoup plus. On notera tout de même une maniabilité plus souple pour rendre l’exploration agréable.

Si les cinq épisodes offrent chacun entre 4 et 5 heures de jeu (un peu moins sur le troisième), vous aurez tout le loisir de retourner à des chapitres précis pour essayer les multiples choix qui sont, comme d’habitude, récapitulés en fin d’épisode. Un bonus plutôt plaisant pour voir les embranchements possibles et se mesurer au reste du monde pour déterminer si vous êtes le pire grand frère du monde. Pour ceux qui n’auraient pas succombé au premier Life is Strange, inutile de vous inquiéter ; ce second opus se vit de manière totalement indépendante, même si tout se passe dans le même univers. Les fans y verront quelques clins d’œils discrets mais bienvenus. L’un des plus importants sera un des personnages secondaires de l’épisode 5, dont la vie a été profondément modifiée en fonction de votre choix final dans Life is Strange. A vous de vous rappeler ce que vous aviez décidé à l’époque.

Si Life is Strange proposait une belle histoire d’amitié mixée avec pouvoirs paranormaux, flirts scolaires et enquêtes à la Veronica Mars, cette suite se veut plus ambitieuse dans tous les sens du terme. Véritable road-trip fraternel, Life is Strange 2 propose l’histoire exceptionnelle de deux gamins qui fuient la société américaine et tous les travers qu’elle représente aujourd’hui. Une Amérique brossée à travers ses marginaux, ceux qui préfèrent s’émanciper d’un système qui ne leur convient plus, en somme toute la sève de la licence Life is Strange. Des thématiques actuelles et fortes, dont l’ambition profite d’un moteur graphique économique mais doté d’une solide et belle direction artistique. De là à dire que cette suite est supérieure au précédent, il n’y a qu’un pas que nous franchirons allègrement. Les frères Diaz, à jamais dans nos cœurs.

Life is Strange 2
Développeur: Dontnod
Éditeur: Square Enix
Prix: 40 euros
Support : PS4 / XBOX ONE / PC / LINUX

 

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