L’Image Fantasme dans Ally McBeal

L’Image Fantasme dans Ally McBeal

Il y a ce que la série raconte et ce qu’elle montre. Dans Ally McBeal, les fantasmes ainsi révélés possèdent une double lecture et entendent raconter, par l’image, son personnage principal. Nouveau volet de notre série sur la fonction de l’image, dans le cadre de notre dossier La Série par l’Image.

En conséquence, nous sommes conviés non pas au récit réaliste du parcours d’une avocate qui débute dans la vie mais plutôt à la mise en image de ses états d’âmes. Il ne s’agit pas de faire réel mais de faire corps. (Ariane Stérin, Génération Séries #42)

Voir le monde à travers les yeux d’un personnage. C’est le programme visuel auquel s’adonne la série de David E. Kelley. Nous observons la vie d’Ally McBeal de son point de vue. Et cette vision accorde souvent quelques moments récréatifs. Des épisodes hallucinatoires qui expriment autant des fantasmes que des angoisses.

Picture 23La série aurait pu s’appeler « Le monde par Ally » tant nous allons assister à une mise en scène dédiée aux pensées les plus intimes du personnage. Outre le fait de raconter les aventures burlesques d’un cabinet d’avocats fantasques, la série affichera son identité visuelle par l’exhibition de la conscience d’Ally. Ces passages prêtent le plus souvent à rire parce qu’ils témoignent de la maladresse émotionnelle du personnage. Expression de ses pulsions (faire l’amour dans une tasse à café géante quand son ancien amour de jeunesse lui en propose un ; avoir la langue très pendue devant le passage d’un bel homme), de souhaits (réduire la taille d’une personne afin de la faire taire), de critiques (faire gonfler la tête d’un interlocuteur trop égocentrique), c’est peut-être la façon la plus naturelle de se révéler.

L’idée n’est pas innocente et ne prête pas seulement au rire. Les interludes cartoonesques élèvent la série, lui apportent de la légèreté. Un côté bulle de savon, fragile et volubile. Mais ils soulignent l’inadéquation qu’éprouve le personnage face au monde. L’image fantasme est un révélateur. De sentiments profonds, de maux. On peut rire devant ces déformations, l’aspect outrancier du procédé mais ils permettent aussi de dresser un constat moins léger, voire réellement désespérant. De l’image fantasme, on passe à l’image qui hante. Elle revient encore et encore, conduisant Ally vers une route éreintante où, si sa santé mentale n’est guère en danger, sa quête se pare d’attributs lugubres.

Picture 24Ce qui, au départ, pouvait être vu comme un simple gimmick comique s’avère une lecture effroyable d’une femme en inadéquation avec le monde. Une femme à la sensibilité exacerbée, souvent trahi par une psyché bien en peine d’affronter un monde trop cynique dans lequel l’amour a probablement disparu. L’image fantasme est une fracture du réel. Et c’est également une soupape de sécurité. La série montrera toutes formes d’exutoire (danses, chants) comme une façon d’échapper à la réalité. Guère étonnant qu’Ally trouvera en John Cage (autre personnage en prise avec une réalité trop sérieuse) un allié, un ami qui comprendra l’excentricité de la jeune femme et fera un confident précieux.

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