Barbant (critique de Lincoln, de Steven Spielberg)

Barbant (critique de Lincoln, de Steven Spielberg)

Note de l'auteur

Un grand réalisateur, un casting monumental, une photographie à tomber par terre, une page d’histoire des Etats Unis incontournable, Lincoln épuise les superlatifs du sublime…et de l’ennui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Synopsis :
Les derniers mois tumultueux du mandat du 16e Président des États-Unis. Dans une nation déchirée par la guerre civile et secouée par le vent du changement, Abraham Lincoln met tout en œuvre pour résoudre le conflit, unifier le pays et abolir l’esclavage. Cet homme doté d’une détermination et d’un courage moral exceptionnels va devoir faire des choix qui bouleverseront le destin des générations à venir.

J’aurai du sentir venir le traquenard lorsque mon bien aimé chef me fit l’insigne honneur d’être son +1 à l’avant première de Lincoln. Pour toi, non initié, le +1 est l’invité du sacré veinard (ou du journaliste) qui peut accéder au Graal cinéphilique : la projection presse. Diantre ! Palsambleu ! Déguster le dernier Spielberg, l’idole de ma jeunesse, avec le chef, ça c’est de l’avancement ! Tout à ma joie, sur le chemin de la félicité, un coup de fil vint rompre mon euphorie :

– « Blixou, c’est Plissken, tu vas y aller seul, j’ai un contretemps !..(lointain) Non, Kathleen, pas Snyder, Sucker Punch était une merde immonde, un éjaculat geek sans saveur« .
–  « Euh, pardon ? »
– « Excuse moi, je suis en ligne avec Kathleen Kennedy …(lointain.) Naaan, pas Abrams, il a déjà fait assez de dégâts avec Super 8, pas Star Wars… »
– « Bon bah, j’te laisse… »
– « Ok, enjoy, tu me pondras un papier, coco…(lointain.) Non, Kathy, c’est pas une bonne idée, je te dis… Je parle ch’ti ou quoi ?? »

Fin de la discussion. Damned, je me suis fait avoir.

Steven Spielberg a perdu sa couronne de roi de l’entertainment depuis quelques années déjà. Son cinéma a perdu en divertissement ce qu’il a gagné en maturité. Le ton et les sujets abordés sont plus sérieux et la réalisation toujours aussi soignée, avec quelques splendides échappées fantastiques comme Jurassic Park et Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal…non, je déconne pour le dernier Indiana, c’est une sombre daube. Féru d’Histoire, il nous a livré des pépites en revenant sur la seconde guerre mondiale (La Liste de Schindler, Il faut sauver le soldat Ryan) mais aussi quelques ratés en abordant l’esclavage (Amistad). C’est au travers de ce dernier thème et surtout l’adoption du 13ème amendement défendu par Abraham Lincoln que tonton Spielby veut nous fait voyager vers le passé.
Avec Lincoln, Steven Spielberg a réussi le pari de m’emmener vers un temps révolu. Mais la machine à remonter le temps a juste déraillé un poil. Me voilà lycéen face à un cours d’Histoire psalmodié par un professeur soporifique devant un auditoire ébahi. Dommage, car le film ne manque pas de qualité.

Irréprochable visuellement, Lincoln bénéficie de la patte d’un expert en la matière, le directeur de photographie Janusz Kaminski. Complice de longue date du réalisateur (2 oscars pour Schindler et Ryan, quand même), Kaminski transforme chaque scène en toile de maître, tendance romantique, lumière douce et clair obscur. Ô C’est beau…mais on est au cinéma, Steve, pas au musée. Sans doute à la recherche de solennité, Spielberg nous inflige des plans statiques interminables d’un classicisme académique pendant les trois quarts du film. Seuls le prologue et l’épilogue ont les grâces d’un montage au cordeau insufflant un temps soit peu de rythme à ce diorama à la luxueuse distribution.

Parlons en, tiens, du casting. Le marché au poil, le festival de la barbiche, du Souvarov et des favoris, la crème (à barbe) des acteurs se retrouvent dans Lincoln, à commencer par le Prodigieux, Phénoménal, Eblouissant Daniel Day Lewis qui ne ménage pas son talent pour incarner Lincoln. Attitude solennelle, voix chevrotante, maquillage aux petits oignons, on y croirait presque, mais pas totalement. C’est l’inconvénient du biopic, impossible pour moi d’y voir le Président des Etats Unis, il n’y a que Daniel Day Lewis, qui crève l’écran. Tommy Lee Jones, Joseph Gordon-Levitt, Sally Field, James Spader (faut arrêter le taboulé, Jimmy), Lee Pace, etc, tous sont impeccables, pas une fausse note s’ils n’étaient servis par un scénario trop bavard, trainant en longueur et tirant parfois trop sur la larmichette. C’est là que John Williams pointe le bout de son nez. Quasi inaudible durant le film, le compositeur fait jaillir de sa partition une cascade de violons sirupeux, à point nommé, pour vous arracher le sanglot qui vous libérera du trop-plein émotionnel si vous ne vous étiez point endormi. Loupé, Johnny, l’effet est trop lourdeau, la seule larme qui m’est venu, c’est en baillant.

Steven Spielberg et Tony Kushner, son scénariste, semblent avoir été trop impressionnés par le mythe Lincoln pour livrer un film plus audacieux. Certes le coté humain du personnage, ses défauts au delà de la légende, est aussi présent dans le film mais traité de manière si respectueuse et lisse qu’il échoue à provoquer une quelconque empathie. On en vient même à souhaiter que quelques vampires se pointent pour faire bouger le barbu, c’est dire…

Esthétiquement réussi, Lincoln est mortellement ennuyeux malgré une pléiade d’acteurs épatants. Si vous n’êtes ni historien, ni américain, passez votre chemin.

Lincoln de Steven Spielberg, avec Daniel Day Lewis, Sally Field, Tommy Lee Jones, Joseph Gordon-Levitt…au cinéma le 30 Janvier 2013

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