Longmire Lives ! (Bilan de la Saison 04)

Longmire Lives ! (Bilan de la Saison 04)

Note de l'auteur

Nous avions vécu sa disparition comme un drame, l’expression d’une cruauté capitaliste sur l’un des joyaux que la télévision américaine garde parfois trop sagement pour elle. Puis, vint la lueur providentielle au bout du tunnel. Netflix, en redresseur de torts, est intervenu pour offrir un refuge et une seconde jeunesse à Longmire. Une saison de dix épisodes, d’une heure chacun et la promesse d’une cinquième. Parce qu’il parfois difficile de respecter un calendrier de diffusion, ce n’est que maintenant que nous abordons cette quatrième saison avec pour principale question : Comment la série a-t-elle vécu la transition ?

©Netflix

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Longmire s’est distinguée par son ambiance. Le rythme lent, les plaines à perte de vue et les massifs montagneux du Wyoming. Pour son côté western moderne, fut évoqué Justified : leur héros respectif porte le stetson. Puis, au-delà de l’atmosphère, les intrigues ont commencé à se distinguer, sous le principe guère avouable du procedural émergea la référence à The Good Wife. Les deux séries partagent une même intelligence à traiter de problèmes parfois complexes et peu exposés. Enfin, avec la quatrième saison, Longmire a de nouveau évolué, a déplacé son curseur vers des trajectoires plus étirées. Multipliées, elles entraînent une forme de convergence que l’on trouvait chez The Shield. La série a offert son visage à de nombreuses références mais son identité n’a jamais été prise en défaut.

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Il se situe peut-être là, le malentendu Longmire, celle dont on parle peu ou pas assez : avoir vécu dans l’ombre de séries plus médiatiques et un sens du timing perfectible (malgré elle). Les chances sont minimes, aujourd’hui, pour qu’elle acquière un succès retentissant ou qu’elle devienne un phénomène. La série devra accepter de rester dans l’ombre, espérant que le temps finisse par la réhabiliter. En attendant, Longmire continue d’étirer sa toile aux confluents des grandes œuvres en s’appuyant sur des intrigues qui mettent l’Amérique face à ses contradictions, ses injustices chroniques et ses aberrations.

Il y a deux forces à l’œuvre dans la saison. La première entretient la mythologie de la série : la résolution des événements du cliffhanger, du fil feuilletonnant, la figure d’Hector – le vigilante cheyenne. La seconde commence comme une enquête horrible mais classique : le viol d’une native américaine par un homme blanc. Le genre d’intrigue que l’on a déjà vu au cours des innombrables séries policières, seulement dans le cadre des réserves amérindiennes, elle éclaire un système judiciaire insensé. Au travers de cette position intenable, les auteurs vont cristalliser les enjeux de la seconde partie de saison, en déployant les réponses classiques : la révolte, l’incompréhension, l’immoralité, comme une lente mise sous pression qui n’attend que l’explosion.

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Impossible à résumer sans éventer la stupéfaction du récit, ce long traitement inédit dans la série, illustre l’ambition des auteurs à empoigner des sujets forts et méconnus qui vont traverser tous les personnages. Une exposition nécessaire pour combler un vide historique. La série avait déjà pu illustrer un précédent, la saison dernière, quand elle dévoilait l’horreur des stérilisations des femmes amérindiennes contre leur gré par des médecins blancs pour casser la démographie. Cette année, les auteurs ont abordé la création des camps japonais, après le bombardement de Pearl Harbor, sensés les « protéger » (sujet que l’on avait pu voir au cinéma dans le magnifique Snow Falling on Cedars de Scott Hicks, adaptation du roman de David Guterson) ou encore la difficulté d’un système médical défaillant dans le traitement psychologique des vétérans. Il n’y a pas d’intrigues innocentes ou gratuites mais des occasions de créer des personnages et des relations dans une combustion lente et persistante.

Difficile de savoir si la perspective d’une diffusion sur Netflix a réellement modifié les intentions de la writer’s room. Les auteurs ont conservé un sens du découpage sériel, jouant de cliffhangers ou de conclusions, d’ellipses ou de feuilletonnant. On a pu observer des variations de rythme dans une narration ample, aidée par la durée allongée des épisodes (une heure, en moyenne). À l’image d’une série qui sait prendre son temps et dont les explosions deviennent significatives. La saison trouve un salut dans la longueur, où les jeux de superpositions de trajectoires, les arcs narratifs emmêlés se forgent un espace privilégié sans risquer l’accélération intempestive ou l’embouteillage faute de place et de temps.

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Les personnages gagnent en respiration, peuvent se permettre d’errer, de contempler, de se tromper et changer de direction. Ils peuvent se construire ou se reconstruire : l’introduction de Four Arrows (4×04) renvoie aux premières images du pilote ; Henry entreprend un parcours initiatique ; l’idée géniale autour du symbole « Hector Lives » ; les déambulations sentimentales de Vic, professionnelles de Cady. La saison est riche, souvent intense, audacieuse sans sacrifier son unité. Aux nombreux arcs narratifs, la série opère avec pragmatisme ; les enquêtes n’existent pas pour occuper du temps d’antenne mais développent des idées à long terme ou une thématique précise. Enfin, si l’on pouvait regretter que Longmire délaisse sa dimension mystique, les derniers épisodes rappellent l’importance de la culture cheyenne dans la série et son utilisation toute en finesse.

La diffusion sur Netflix a changé quelque chose en Longmire. Ni en bon, ni en mauvais mais différent. La série n’est pas meilleure, elle capitalise sur ce nouvel espace de façon intelligente. Les auteurs nous offrent le loisir de sa consommation. En bloc ou séquencée, la saison possède une nature versatile misant sur les intervalles (au sein de la saison comme à l’intérieur d’un épisode) pour respirer. Mais, au-delà de considérations techniques, Longmire reste avant tout une œuvre où l’intelligence ne dispute jamais à l’émotion, où les personnages existent et évoluent, où le cadre offre un dépaysement et sert un propos rare (la condition des natifs américains) à la télévision.

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