Épilogue bonus (Bilan de la Saison 04 de Luther)

Épilogue bonus (Bilan de la Saison 04 de Luther)

Note de l'auteur

Entre la pléthore de classements ou bilans et les repas gargantuesques de Noël, la BBC a diffusé la fin de Luther. Une conclusion sous la forme d’une quatrième saison composée de deux épisodes uniquement. Simple bonus pour fans éconduits ou réel achèvement ? La réponse se discute…

La précédente saison avait tout d’une fin de règne. Célébration de la déchéance progressive d’un flic usé, fatigué, qui a un peu abandonné le combat. Et tribunal où l’on jugeait Luther, ses méthodes où « juste » et « justice » sont parfois deux conceptions distinctes plus ou moins complémentaires. Le monde y apparaissait violent, gorgé de désillusions jusque dans l’application de la loi, où un homme se muait en juge et bourreau devant une foule vindicative. La « morale » que Luther a toujours défendue, quitte à contourner les règles, s’épuisait dans un climat toujours plus anxiogène. Et à force de prendre des coups, sans jamais rompre, le policier s’abîmait, subissait les événements, prostré dans une immobilité létale. A terme, Luther a tout perdu, son ex-femme, ses partenaires, et comme une défection totale, jette son lucky coat sur la Tamise, symbole d’une démission, pour prendre la main tendue d’Alice. Le roi a abdiqué, vive le roi…

© BBC / Sarah Dunn

© BBC / Sarah Dunn

Pourquoi revenir quand on a, semble-t-il, déjà tout dit ? C’est un peu la question qui taraude le spectateur devant ces deux épisodes. On y retrouve les ingrédients qui ont fait la réussite de la série : le thriller glauque, les intrigues à tiroir, un univers bouillonnant dans lequel Luther, acculé, parvient à se dépêtrer. La réponse se trouve au terme du second épisode, quand le mystère Alice s’éclaircit, trouve une résolution inattendue mais logique : la volonté de ne pas voir Luther s’arrêter. Cette ultime révélation voile la saison d’une brume artificielle, la transforme en bonus comme une fin alternative ou un objet complémentaire. Pour autant, Neil Cross ne compose pas ce dernier ballet de façon lâche ou gratuite, le créateur s’impose une discipline un peu mécanique mais efficace. Et Luther concentre toujours aussi bien la dynamique de la série, où l’on aime le voir évoluer dans le chaos.

L’absence est au cœur de la saison. L’être qui manque et qui vous rend incomplet. Un sentiment qui a dû naître également dans l’esprit de Neil Cross pour vouloir offrir ce dernier tour de piste. Au motif de cette soustraction, l’auteur s’agite pour créer une effusion, une urgence quand on aurait préféré apprécier les fantômes qui parcourent la saison. Du vide, aurait pu naître une mélancolie légère qui accompagne les fins de séries, quand il faut dire au revoir aux personnages. Pris dans un tourbillon où le tumulte produit parfois de la confusion et une étreinte un peu forcée, les sentiments sont vite balayés par la scène suivante, par l’intensité d’un récit qui ne lâche jamais le spectateur. On y ressent une légère frustration, d’être tiré par la main et de ne pouvoir profiter d’un paysage déserté. À la course de vitesse qui nous coupe le souffle, on aurait préféré une marche qui nous essouffle à son terme.

© BBC / Sarah Dunn

© BBC / Sarah Dunn

Bien sûr, Neil Cross est passé maître dans l’art du jonglage et du tour de passe-passe et sa narration en entonnoir. Au moment où pointe l’impression de dispersion, d’une sous-intrigue inutile, l’auteur concentre les trajectoires, qui ne font plus qu’une. Une superposition que Luther surplombe, intouchable et pourtant vulnérable, œil du cyclone sur lequel nous ne cesserons de poser notre regard. Le magnétisme du personnage agit toujours, malgré ses épaules un peu plus affaissées, son regard un peu plus las, ses convictions fatiguées. Pourtant, Luther a, de nouveau, enfilé son lucky coat et reprit la couronne qui était la sienne. La série s’est peut-être éteinte mais le personnage est toujours vivant.

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