Ma voisine est indonésienne d’Emmanuel Lemaire

Ma voisine est indonésienne d’Emmanuel Lemaire

Note de l'auteur

L’est un peu bizarre cette voisine. Son mode de vie, sa façon de disparaître spontanément, ses habitudes étonnantes, son histoire, sa façon de manier le couteau… Mais à qui donc, Emmanuel Lemaire a-t-il à faire dans son chez lui normand ? Abattre les barrières, c’est ce à quoi s’ingénie l’auteur dans ce récit qui sacre le vivant, sans tomber dans la naïveté. Lisez-le, vous serez étonnés.

L’histoire : Madame Iriany est une ressortissante indonésienne qui vit en France depuis plusieurs années. Elle habite à Rouen dans le même immeuble qu’Emmanuel Lemaire. Souvent, ces deux-là se croisent dans la cage d’escalier et se mettent à échanger sur leur pays et leur culture. Une amitié pas toujours orthodoxe nait entre deux citoyens du monde qui ne demandent qu’à « vivre ensemble » au-delà des idées reçues et des préjugés. Une découverte des deux pays.

Mon avis : c’est jubilatoire. J’aurais presque eu envie d’écrire ainsi ju-bi-la-toi-re pour appuyer encore plus sur le sens de ce mot. J’aurais pu ajouter rafraîchissant. Et encore bien d’autres qualificatifs positifs pour mettre en valeur ce récit sans prétention. Des aventures du quotidien qui font sourire, souvent, et réfléchir, parfois. On passe un très bon moment devant ces planches remplies d’humanité. Pas de scénario tarabiscoté, juste deux vies qui s’entrechoquent, deux étrangers qui deviennent familiers, deux êtres humains qui cherchent à en connaître davantage sur l’autre.

Une BD de la découverte dans son sens premier. Une BD qui se garde de tomber dans les écueils de la facilité et du préjugé. Une BD qui mélange les bons sentiments, pas les niais, et les peurs que peut susciter l’autre. Une BD, qui permet de croire que tout n’est pas complétement perdu dans cette société percluse d’individualisme. Une BD, enfin, qui donne la banane. Et, en ces temps si tristounets, ma pov’dame, c’est déjà énorme.

Grâce à ces rencontres, l’auteur et sa voisine du dessus vont partager leur culture, leurs expériences et leur pays. C’est toujours singulier d’en apprendre sur sa propre contrée par les yeux d’un étranger. Car Madame Hibou, comme la surnomme Emmanuel Lemaire, est un drôle d’oiseau. Traductrice la semaine, elle voyage, en train exclusivement, le week-end venu, dans tous les coins de France guidée par son amour de la littérature française (George Sand, Houellebecq…) et sa curiosité. En retour, l’auteur s’informe et confronte ce qu’il sait de l’Indonésie. Les maîtres mots se nomment échange et partage. On a vraiment connu pire comme perspective.

Cette bande dessinée mérite franchement qu’on s’y arrête, sourire bienveillant garanti.

Si vous aimez : Le bateau ivre d’Arthur Rimbaud, invité de façon inattendue dans cet ouvrage.

En accompagnement : une bonne poignée de Krupuk, ces chips indonésiennes dont Madame Hibou raffole.

Autour de la BD : Emmanuel Lemaire a l’art de se raconter dans ses bd. En particulier dans Rotterdam , un séjour à fleur d’eau et dans ce présent ouvrage. Bibliothécaire, il n’est venu à la bande dessinée que depuis 2010 et aime aussi narrer sa Normandie.

Extraits : « Pourquoi prenez-vous toujours le train pour voyager ? »

« La réponse est simple. En Indonésie, il n’y a que sur les îles de Java et de Sumatra qu’il y a le chemin de fer.Alors, pour moi, voyager en train, c’est typiquement français. Ce que j’adore, c’est regarder par la fenêtre du wagon et découvrir les paysages. D’ailleurs, la première fois, quelque chose a attiré mon attention. Il y avait d’énormes rouleaux dans les champs, je ne savais pas ce que c’était. J’étais si intriguée que j’ai posé la question au contrôleur du train. Il a cru que je me moquais de lui. Hihihi… »

Écrit et dessiné par Emmanuel Lemaire
Édité par Delcourt

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