Quelques points de précision (bilan de la saison 2 de Major Crimes)

Quelques points de précision (bilan de la saison 2 de Major Crimes)

Note de l'auteur

Alors que vient de se terminer sur France 2, dans un injuste anonymat, la seconde saison de Major Crimes, il serait bon de revoir quelques points qui font la qualité de cette série, peut-être un peu trop classique dans la forme pour mériter l’attention du plus grand nombre (critique comme publique).

Le dernier épisode de la saison synthétise bien les différentes qualités que possède la série et comment elle détourne avec intelligence son statut erroné de banale série policière pantouflarde.

Il n’y a rien de sexy dans Major Crimes. Pas de bling-bling, de glamour, d’artifice. Le cadre est une fenêtre sur notre réalité. Avec ses couleurs un peu ternes et sa banalité. Son rythme laisse le temps de souffler, d’observer, d’apprécier. De comprendre une mécanique judiciaire qui fait souvent défaut aux autres séries dans leur façon un peu légère de traiter la chose. Récemment, la seconde saison de Broadchurch a exploité un geste similaire en pointant du doigt le manque de rigueur et de professionnalisme de l’enquête. Major Crimes n’oublie jamais qu’une arrestation n’est pas une résolution mais une introduction et que le métier de policier n’est pas seulement d’arrêter le coupable mais de faire en sorte qu’il soit condamné – tout ce que Law & Order a réalisé durant son existence de façon plus binaire. La série a fait le choix d’une représentation authentique même si cela se traduit par un sacrifice de l’esbroufe. Ces moments un peu jubilatoires où l’on se laisse aller au spectaculaire quand ils sont des négations du naturel.

©Warner Bros. Television

©Warner Bros. Television

Il y a toute la recette de Major Crimes dans Return to Sender Part 2. Tout le travail d’une orfèvrerie qui tait son nom, comme si elle ne voulait pas attirer l’attention. Fin de saison oblige (et seconde partie d’un double épisode), la série sort d’une routine naturelle pour explorer plus en profondeur le fil rouge autour de l’affaire Stroh et surtout, de l’affaire Rusty. On assiste à la traque d’un disciple du violeur en série, le témoignage devant le juge du jeune garçon avec l’enjeu principal de faire accepter auprès de la cour, les lettres de menace envoyées par le complice. D’un côté, le travail laborieux du policier pourtant dans l’urgence, de l’autre, la complexité fourbe du système judiciaire américain.

Le montage devient important dans sa faculté à faire avancer, conjointement, les deux trajectoires narratives. Instauration du suspense quand la courbe de l’intensité se déploie de façon exponentielle. La résolution ne tient pas dans une explosion narrative mais comme l’achèvement raisonnable de deux situations aux actions complémentaires. D’un côté, il y a la traque du suspect (accompagné d’un jeune adolescent innocent), de l’autre Rusty face à l’avocate de Stroh. Comment s’articulent ces deux actions au sein d’un même récit ? Par une complémentarité paradoxale : un geste policier, un geste judiciaire ; on abat le suspect, on pousse l’avocat à la faute. Deux utilisations de climax ou paroxysme dans un même mouvement quand l’un relève d’une dynamique et l’autre de l’immobilisme ; un acte physique, un autre intellectuel. Dans les deux cas, une démonstration d’intelligence de la part des auteurs qui font de ces séquences, des évènements (les coups de feu sont rares, les si belles victoires judiciaires également). Et, cerise sur le gâteau, le tir qui abat le disciple de Stroh conclut un running gag qui courait depuis peu sur l’incapacité de Provenza à tirer juste. Major Crimes, sous ses airs un peu étriqués, sait lâcher du lest et se laisser aller à des tranches de comédie franches.

©Warner Bros. Television

©Warner Bros. Television

Un épisode qui montre l’étendue des qualités d’une série qui ne bénéficiera jamais des projecteurs. The Closer parvenait à briller grâce à Kyra Sedgwick, Mary McDonnell ne suscite pas le même intérêt. Major Crimes restera une petite sœur dans un genre multireprésenté qui ne crie pas assez fort pour se faire remarquer. Elle a la décence de réaliser un travail classique dans la forme, ce qui ne l’empêche pas de manquer d’ambition. Return to sender part 2 montre combien la série sait ménager ses temps forts et comment elle travaille une forme pour parvenir à l’équilibre. Intelligence du montage, des cadres, de l’écriture, de la gestion d’un fil rouge, sous des airs de fictions industrielles, Major Crimes s’affirme comme l’une des séries policières les plus précises.

Major Crimes est diffusée sur TNT aux Etats-Unis et France 2 en France. La saison 1 sera disponible en DVD le 2 septembre.

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