Major Crimes : Hindsight (4×19 – 4×23)

Major Crimes : Hindsight (4×19 – 4×23)

Note de l'auteur

Lundi 14 mars s’est achevée la cinquième et dernière partie de Hindsight, le grand final de la saison 04 de Major Crimes. Un traitement anormalement long pour le formula show de TNT Networks – plus habitué aux épisodes bouclés, qui aura permis à la série de sortir un peu de l’ombre. De la réussite de l’entreprise naîtra une question : quelle forme interviendra dans la prochaine saison ?

Peut-être que dans un futur plus ou moins proche, l’histoire corrigera l’injustice dont Major Crimes est victime : celle de passer inaperçue. Quand il s’agit de mentionner le spin off de The Closer, le public comme la critique perdent leur voix, leurs mots et un silence dictatorial vient étouffer la série. Le constat est sans appel : nous ne parlons pas suffisamment de Major Crimes. Le formula cop show de TNT Network poursuit une aventure vieille de onze ans (sept saisons de The Closer, quatre de Major Crimes), affiche une vigueur insolente et transcende une routine qui plongerait de nombreuses séries dans un rythme sclérosé passé les trois années d’existence.

Avec Hindsight (04×19 – 04×23), James Duff (créateur et showrunner) décide de frapper un grand coup, bénéficiant d’une rallonge d’épisodes offerte par la chaîne pour clore la quatrième saison. Pour ce traitement exceptionnel, le scénariste en chef décide de recycler une intrigue, initialement prévue pour une nouvelle série policière. Un projet de récit feuilletonnant en dix épisodes, abandonné, faute d’un marché actuel suffisamment demandeur et qui trouvera refuge au sein de la division des Crimes Prioritaires de Los Angeles.

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©TNT

L’histoire débute de façon traditionnellement sordide : une jeune femme et son fils de trois ans sont tués dans leur voiture, dans un quartier chaud, territoire des gangs locaux. L’enquête se complique lorsque l’arme identifiée est liée à l’une des plus célèbres affaires non résolues de la police de Los Angeles. L’intelligence du showrunner est de refuser, au caractère exceptionnel, un traitement exceptionnel. Il conserve les principaux codes de la série, ce qui fait sa réussite et trouve un second souffle dans ce format XXL. On y savoure le caractère besogneux du policier et la complexité de mener une enquête aux nombreux angles morts. Les qualités se trouvent exacerbées dans la longueur, révèlent une force que l’on connaissait mais que nous n’avions jamais éprouvé à cette échelle. Hindsight décuple, apporte de la résonance, laisse parfois le récit s’arrêter, filer vers des détails sans importances. Ces moments, précieux, introduisent une respiration bienfaitrice.

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Nous le voyons bien, Hindsight n’est pas différent du traitement d’un épisode classique. Il offre simplement un luxe : le temps. Le temps de développer ce qui serait considéré comme superflu. Le temps d’apprécier (davantage) la mécanique des personnages. La lente infusion montre combien la capitaine Sharon Raydor (Mary McDonnell) ne cesse d’analyser le moindre élément ; d’être en permanence dans un travail compulsif afin de résoudre le mystère ; explore l’introspection émotionnelle de Julio Sanchez (Raymond Cruz) ; évoque le passé du lieutenant Tao (Michael Paul Chan) ; révèle la rigoriste détective Amy Sykes (Kearran Giovanni) ou encore plonge le cynique lieutenant Provenza (G.W. Bailey) dans la douceur des comédies romantiques.

Ce développement tout en profondeur ressasse quelques sujets chers à la série, les faisant s’entrechoquer pour mieux en récolter les fruits. Le système judiciaire est mis à mal par ses sujets faillibles : la rédemption d’un tueur de flic, l’antagonisme entre beaux quartiers et territoires laissés aux gangs où le temps de réponse de la police est plus ou moins long. Si la série montre une équipe intègre, elle ne cache jamais les contradictions de ses institutions, et le caractère perfectible de l’être humain. Avec Hindsight, Major Crimes ne cherche pas à taper plus fort mais à laisser s’imprégner des pistes de réflexions dans un lent ballet aux motifs diffus. S’y déploient, sans artifice, les circonvolutions naturelles d’une enquête aux questions redondantes, qu’on ne cesse de répéter comme un mantra, espérant trouver ainsi la réponse. Hindsight laisse respirer une intrigue qui aurait été bien à l’étroit en un ou deux épisodes. On goûte à la fois l’expansion et le caractère minimal de l’exercice, qui repousse les limites, sans fragiliser la structure.

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Il ne faudrait pas croire que ce soudain traitement feuilletonnant va apporter une sorte de légitimité à la série. James Duff ne cherche pas (ou pas davantage) la reconnaissance dans une formule plus convenable aux yeux des critiques. Major Crimes, avant Hindsight, n’avait rien à envier aux plus grandes. De The Wire à The Shield, le spin off de The Closer s’impose à leur côté, avec une forme d’humilité et de modestie. Cette timidité des œuvres discrètes a certainement joué dans son caractère confidentiel. L’événement que crée cet épisode en cinq parties a braqué les projecteurs sur elle, et dans la lumière, la série montre sa superbe. Seulement tout était déjà là, avant. Sans crier aux sirènes du réalisme, ce faux-ami, Major Crimes semble s’approcher au plus près de l’image du policier. On savoure l’application, la rigueur, le côté tâcheron dans une image quasi naturaliste, voire documentaire.

Un sondage sur le site cartermatt.com montre que 58.1% des personnes interrogées souhaitent que la série continue avec le format de Hindsight. Si on ne cache pas, ni ne minimise, l’excitation que procure ce traitement, faut-il pour autant oublier ce qui a fait la force de Major Crimes jusqu’à présent ? La série s’est bâtie autour de l’idée de la redondance, de lancer une nouvelle enquête, de nouveaux personnages à chaque épisode. Dans cette architecture, se distinguaient des motifs récurrents qui dessinaient quelque chose de plus grand. Tout le principe du formula show. Hindsight se révèle aussi intense et puissant parce qu’il reproduit à une échelle plus grande les fondamentaux de la série. Cet épisode spécial en cinq parties n’est pas un accident mais l’adaptation d’un format à une intrigue un peu copieuse.

Aujourd’hui, Major Crimes n’a plus rien à prouver. Si Hindsight devait engendrer une refonte de la série, l’unique interrogation repose sur la capacité des auteurs à supporter cette nouvelle échelle. C’est à l’histoire de dicter son format. Major Crimes a démontré qu’en 42 minutes et plus, elle pouvait être grande. C’est tout ce qui importe.

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