Mâles dans leur peau (Vingt-cinq / OCS)

Mâles dans leur peau (Vingt-cinq / OCS)

Note de l'auteur

OCS persévère sur la comédie de jeunes et c’est tout à son honneur, même si Vingt-cinq peine à convaincre avec une brochette de spécimens particulièrement désemparés.

Vingt-cinq place d’emblée son public face à son enjeu central. Alors qu’ils descendent de l’avion en provenance de New York, Julie (Léa Millet) annonce brutalement à Jérémy (Bryan Marciano) qu’elle le quitte. Ce dernier est effondré et doit faire face à une remise en question abyssale… même s’il n’a que vingt-cinq ans après tout. Et Julie ?! Eh bien, nous n’en saurons rien car les jeunes femmes dont il est question ici demeureront toute la saison dans l’angle mort. Dommage !

Mais revenons à cette rupture. La séquence, ingénieusement disposée au bas d’un escalator, est forte, délicieusement gênante et pathétiquement drôle. Elle donne une inflexion réussie quant à la tonalité de la série qui ne cherche pas à amplifier ses gags de manière artificielle et assume les faiblesses de ses personnages. Une teneur dramatique bienvenue qui donne heureusement un peu de profondeur au parcours de ces quatre vingtenaires déboussolés. Car autour de Jérémy, il y a Alex (Alexandre Boublil) et ses mille et une idées pour se trouver une situation professionnelle miracle. Adrien (Pablo Pauly) dont l’instinct l’éloigne de sa petite vie déjà bien rangée. Et Jonas (Pierre Lottin) qui n’ose envisager la vraie nature de sa sexualité.

Au travers de ces grandes inconnues, le quatuor souffre d’interprétations souvent crispées. Au grès des épisodes, les acteurs trouvent un peu plus de relâchement mais les échanges n’ont pas toujours l’incarnation escomptée. Dans le rôle principal, Marciano n’échappe pas à ce constat. Il parvient à convaincre en loser patenté — ce qui lui a d’ailleurs valu un prix d’interprétation lors de la dernière édition du festival Séries Mania — mais son jeu sans dialogue ne convainc pas. Tout le monde ne dispose pas d’une perle comme Sébastien Chassagne pour Irresponsable.

Un Marciano qui est au four et au moulin puisqu’il a créé, écrit, interprété donc et réalisé tous les épisodes, rien que ça ! Une multiplication des tâches qui n’a en rien impacté son travail sur une mise en scène juste et inspirée. Une fois de plus, OCS démontre qu’il est possible de produire de belles choses sur ce format de 20 minutes. Marciano s’approprie un entrelacs de décors parisiens très efficaces pour créer une atmosphère propre, loin des clichés/attrape-touristes habituels.

Les réflexions sur la quête de l’indépendance du jeune adulte, notamment vis-à-vis du couple, trouvent alors une résonance pertinente et touchante. Mais chaque espèce de propos manque irrémédiablement de nuance en raison d’un point de vue uniquement masculin. L’écueil est d’autant plus rédhibitoire que les personnages féminins existent dans la série et ne demandent qu’un tout petit peu plus d’espace pour s’exprimer. On se prend même à espérer, surtout en deuxième partie de saison, l’irruption d’un épisode centré sur Nina (Juliette Bettencourt), Sophie (Esther Garrel) ou même Laëti (Marie Petiot). Peine perdue. Les douze épisodes filent bille en tête vers une issue aussi inéluctable qu’indolore.

Après Irresponsable et Les Grands, Vingt-Cinq prolonge un certain savoir faire d’OCS sur un registre de la comédie qui demeure toujours très déficitaire sous nos latitudes. Du trio, cette dernière n’aura toutefois pas notre préférence pour faire figure de référence.

VINGT-CINQ (OCS) Saison 1 en 12 épisodes
Diffusée sur OCS Max dès le 25 octobre à 20h35 et en intégralité sur OCS Go.
Série créée et réalisée par Bryan Marciano.
Saison écrite par Bryan Marciano, Yoann Gromb, Noé Debré, Anthony Marciano et Saskia Waledisch.
Avec Bryan Marciano, Pablo Pauly, Alexandre Boublil, Pierre Lottin, Léa Millet, Marie Petiot, Esther Garrel, Juliette Bettencourt et Vincent Dedienne.

Visuel : Vingt-Cinq © Eliph Productions & OCS.

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