On a vu… le pilote de Malibu Country

On a vu… le pilote de Malibu Country

Ah ça, on l’attendait la dernière nouveauté de la rentrée des networks américains ! Plus encore quand on s’est rendu compte que la série ressortait Reba McEntire de la naphtaline, et qu’elle était diffusée pour la première fois un 2 novembre. Le jour des défunts, en France. N’écoutant que son courage (et ignorant le funeste calendrier), Frédéric Moreau (non mais celui-là, quel fou-fou !) l’a vue pour nous.

Tirons d’abord notre chapeau de cow-boy à l’efficacité redoutable du récit de Malibu Country. Oui oui. En 22 minutes, montre à gousset en mains, Reba quitte Nashville et son mari infidèle, déménage en Californie et relance sa carrière de chanteuse country. Dans le même temps, son adolescent de garçon, excité à l’idée de devenir le nouveau coq dans ce poulailler ensoleillé, réalise que sur la côte Ouest tout le monde est beau, même les thons.

Jusqu’ici solitaire, sa fille rencontre un jeune gay, qui va l’aider à améliorer sa technique de poutous, et une lesbienne. Enfin la môman de Reba (jouée par Lily « pourquoi… MAIS POURQUOI ??!! » Tomlin) se sent comme une poule en pâte dans ce nouvel Etat où la marijuana médicale est apparemment en vente libre.

Le tout en 22 minutes donc, cadran solaire en ligne de mire re-donc. Fort.

Même via une mauvaise sitcom, les scénaristes américains prouvent ainsi leur maitrise du rythme télévisuel. Ça, c’est pour le positif.

Spoiler : c’est à peu près tout…

Reconnaissons que cette observation franchement banale sur l’ «écriture américaine» aurait pu tout aussi bien être faite à propos de… Last Man Standing. Oui oui. Un exemple absolument pas choisi au hasard d’ailleurs. La musique mise à part, Malibu Country a davantage d’accords communs avec la comédie de Tim Allen qu’avec Nashville. Une filiation judicieusement exploitée par la chaîne ABC: toutes deux forment le duo de comédies du vendredi soir.

Toutes deux sont des séries « de vieux » (Tim « Papa Bricole » Allen et Reba « Reba » McEntire) « pour des vieux » (Rangez vos Winchester ! Simple constat : le public télévisuel du vendredi soir est généralement plus âgé que celui de la semaine). Et toutes deux appartiennent au sous-genre de la « série américano-américaine pour public américano-américain », faisant intervenir des « références », des « valeurs » (généralement traditionnelles et clairement revendiquées), une « culture » (musicale, cinématographique…), une « Histoire », une « utopie » même, typiquement… « américaines ».

D’où cette impression, jeune téléspectateur français que je suis, d’être refoulé à la porte d’un saloon rempli de vieux (ronflant).

Mais derrière cette barrière culturelle se cachent de nombreux défauts propres à Malibu Country, véritable comédie montée sur  clichés. Un exemple : la Californie. Dans cet Etat où 1 sucette de marijuana est visiblement plus puissante que 10 pipes à eau fumées conjointement (pour les connaisseurs), les hommes y sont apparemment infidèles ou gays et les femmes suffisamment intelligentes pour être vénales mais à la caboche moins pleines que leurs soutifs… On attend avec impatience l’épisode où la fille de Reba craquera pour un jeune surfeur blondinet un peu évaporé terminant toutes ses phrases par un « Dude » vaguement articulé.

Heureusement que ces braves gens du Tennessee aux bottes solidement sur terre sont là pour ramener un peu de bon sens. A commencer par Reba, variation sudiste de la Good Wife de Chicago.

Et parlons-en justement de la Madame ! Productrice, actrice, chanteuse, elle est LA star de la série. Et aussi sa muse. Kevin Abbott – qui avait déjà offert dans les années 2000 à Reba sa sitcom… Reba – s’est directement inspiré de la (vraie) vie de la chanteuse country Reba McEntire pour écrire une (fausse) comédie sur ce personnage de chanteuse country baptisée Reba Mackenzie. Soulignons au passage ces petites nuances inutiles subtiles…

Inexpressive et figée, elle est la preuve par l’absurde de l’impact de la chirurgie esthétique sur l’appauvrissement du jeu des comédiens. Il est d’ailleurs cruel de constater que sa « meilleure » scène est celle où, telle une ventriloque, elle parle entre ses lèvres parfaitement immobiles à son futur ex-mari, devant les caméras de la presse, le prévenant qu’elle ne devrait pas… s’exprimer. Mais plus déconcertante encore est sa propension insupportable à faire des clins d’œil à «son» public de l’autre côté de l’écran. Un art qu’elle manie certes avec plus de subtilité que feu Jean Lefebvre, mais tout de même…

… on se réveille avec une gueule de bois à cause d’un Malibu.

 

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