Mandales à taux fixe (Critique de Dealer de Jean-Luc Herbulot)

Mandales à taux fixe (Critique de Dealer de Jean-Luc Herbulot)

Note de l'auteur

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Présenté en avant première mondiale au Festival Fantasia de Montréal, Dealer  de Jean-Luc Herbulot s’apprête à faire ses débuts hexagonaux (et européens) à l’Etrange Festival le 4 septembre pour y dérouler sa farandole de tartes dans la tronche à qui aura assez de courage pour tendre la joue. Eh bien croyez moi les enfants, cet aller-retour vaut le détour

Après une vie passée dans le trafic de cocaïne, Dan s’est promis de ne pas retomber. Se voyant offrir un dernier deal qui lui permettrait de réaliser son rêve d’enfance : déménager en Australie avec sa fille. Il accepte la proposition. Commence alors une descente aux enfers qui le replonge pendant 24 heures dans ce milieu impitoyable, fait de mensonges, violence et trahisons, où il devra sauver sa fille et survivre par tous les moyens.

Il y a comme ça des fois des claques qu’on ne voit pas venir. Elles te surprennent, te picotent, te laissent la joue rouge, te font voir 36 chandelles et te font briller les yeux.  Problème : ces claques là se font plutôt rares. Heureusement, les exceptions existent. Et Dealer, c’est la double dose. C’est l’aller retour dans les gencives avec le coup de pied au cul en bonus. Dealer c’est un film sorti de nulle part, réalisé avec 3 bouts de ficelles, financé à coup de bas de laine, tourné en 12 jours avec un matos réduit, une motivation de fer et sans aucune prétention. Dealer c’est l’exception qui confirme la règle. Et bon dieu que ça fait du bien !

 dealer-image-2Avec leur film, le réalisateur JeanLuc Herbulot et l’acteur producteur Dan Bronchinson n’essaient pourtant pas de réinventer le genre du polar urbain. Les références sont là, de Pusher à Cours Lola, Cours et de Trainspotting à Mean Streets. Leur histoire d’un truand pris au piège à cause d’un plan foireux a déjà été faite et re-refaite (Snatch, Layer Cake). Mais là où on aurait pu s’attendre à un copier coller paresseux, Herbulot et son équipe de kamikazes offrent au cinéma français un vrai film de genre, honnête dans sa démarche et brillant dans sa forme.

Sa grande force est au final de revenir aux fondamentaux : un scénar béton, des dialogues ciselés et des acteurs qui épousent parfaitement leurs personnages. Oubliez Vincent Lindon et Gilles Lelouche : ici vous ne verrez pas de têtes connues (mis à part un petit rôle pour l’ex acteur de films X Sebastian Barrio…). A la place des habitués du polar hexagonal le film tient sur les épaules de Dan Bronchinson, acteur gouailleur, physique, brut de décoffrage et distributeur professionnel de torgnoles, héritier du Bébel des grands jours et du Gabin des grands soirs. Dans sa course effrénée, il est aidé par une galerie de seconds rôles brillants, de Salem Kali en sidekick à la langue bien pendue à Bruno Henry en trafiquant diabétique, détenteur de la meilleure ligne de dialogue du film (« qui vit par la farine périt par le sucre »). Co-écrits par Herbulot et Samy Baaroun ceux ci renouent avec la grande tradition du polar français à qui les Audiard et autres Corneau ont donné leurs lettres de noblesse. Un mélange de punchlines titi parigot et de déclarations sentencieuses. Un régal pour les oreilles.

dealer-image-1En 75 minutes de film, les tableaux s’enchaînent avec une rapidité monstre et sans aucun temps morts. Dans sa construction et dans sa forme, Dealer réussit alors à maintenir un équilibre tendu entre la folie de ce qui se passe à l’écran et la grande fluidité de son action. Créé dans l’urgence, le film est un saut dans le vide maitrisé, un truc dingue mais réfléchi, fou mais pas con. On se sent toujours déboussolé, mais jamais perdu. Jonglant entre les genres, les ambiances, réussissant à alterner entre le rire franc et la violence extrême, Jean Luc Herbulot joue au funambule mais réussit ses acrobaties sans aucun accroc.

Vous trouverez surement cette critique bien élogieuse et esquisserez un léger haussement de sourcil devant tant de louanges. Vous êtes suspicieux, je vous comprends. Mais si vous vous désolez devant l’état de la production française en matière de film de genre et en audace cinématographique tout court, vous irez voir Dealer. Cri du cœur vénère et plein d’amour au cinéma, il est de ces films qu’il faut soutenir et qu’il faut voir en salles.  Allez, goutez y quoi… c’est de la bonne.

Dealer de Jean-Luc Herbulot avec Dan Bronchinson, Salem Kali, Elsa Madeleine, Herve Babadi et Bruno Henry. Présentation à l’Etrange Festival le 4 septembre.

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