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Mark Schwahn : « J’ai essayé de faire une série que les autres aimeraient tout en faisant une série que j’aimais. »

Mark Schwahn : « J’ai essayé de faire une série que les autres aimeraient tout en faisant une série que j’aimais. »

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Cette semaine, c’est les 10 ans des Frères Scott, série diffusée pour la première fois le 23 septembre 2003. Du coup, on s’est dit que c’était l’occasion ou jamais de publier cette interview de Mark Schawhn réalisée il y a déjà quelques mois.

Dans notre dossier « Le point de non-retour dans les séries, » le Daily Mars est revenu sur ces moments de séries qui, à l’opposé des grands moments de télé, nous donnent envie de tout arrêter. Nous avions évoqué des scènes de True Blood, Heroes ou encore Prison Break pour illustrer ces « jump the shark » qui font basculer une série du côté obscur et nous donne envie de dire « stop. »

Cependant, il existe certaines séries pour lesquelles des storylines, qui feraient atteindre le point de non-retour à d’autres shows, on l’effet tout à fait inverse. C’est le cas des soaps, ou encore des teen shows. Dans ces séries, les storylines les plus folles se multiplient et s’enchaînent sans que jamais le public ne se lasse ou ne décide de sauter du train en marche. Pour comprendre ce phénomène et essayer de savoir comment les scénaristes abordent cette question, nous avons bavardé avec Mark Schwahn, créateur de la série One Tree Hill (Les Frères Scott).

 

© Isabelle Ratane / AlloCine

Comment vos auteurs et vous-même avez-vous eu l’idée de l’arc narratif autour de Nounou Carrie ? Quelle était votre intention et que pensiez-vous que cela apporterait à la série ?

Une série télévisée c’est souvent une histoire de création d’obstacles essentiels pour vos personnages. Au bout du compte, nous racontons tous les mêmes histoires et ce sont les plus vieilles histoire au monde. La plupart du temps, les personnages et leurs situations dictent le déroulement de l’histoire. C’est ce qu’il s’est produit pour la storyline autour de Nounou Carrie. Il s’agissait là d’une extension naturelle à la situation de Nathan et Haley : deux jeunes parents qui se voient dans l’obligation de faire confiance à quelqu’un pour prendre soin de leur enfant. La question de la confiance était un thème et un sujet communs dans Les Frères Scott. Qui la mérite et pourquoi ? L’intrigue de Nounou Carrie découlait de cela.

Cette intrigue présentait des caractéristiques communes avec l’arc autour du personnage de Psycho Derek. Alors quand vous avez choisi de la poursuivre ? Vous êtes-vous demandé si les gens risquaient de penser que la série commençait à se répéter ?

Nounou Carrie et son trip à la Misery

C’est comme si vous disiez que vous allez arrêter les rendez-vous galants parce que c’est toujours la même chose. Vous rencontrez quelqu’un, vous êtes attiré par la personne, vous apprenez à la connaître, vous allez au restaurant, vous vous embrassez… Nous nous répétons constamment. Nounou Carrie ne prétendait pas être de la famille de Haley ou Nathan. Psycho Derek ne cherchait pas à être une mère. L’idée d’exploiter la question de la confiance et de l’inconnu était la même mais traitée différemment dans ces deux intrigues. De plus, nous avons fait des dizaines d’épisodes incluant et suivant ce type de storyline. Ils étaient conçus et fait avec une foi en la série et son public, pas par peur que cela ne fonctionne pas. « Ne rien baser sur la peur » était un refrain récurrent sur Les Frères Scott.

Après Nounou Carrie, un autre personnage inquiétant est venu semer le trouble à Tree Hill : la fausse Sara. Pourquoi cette storyline ? Est-elle née de l’idée que Clay et Quinn avaient besoin de leur dose de drame ?

Selon moi, la série était sous son plus beau jour quand elle avait diverses couleurs et une certaine balance dans son ton. Une intrigue pouvait être calme, une autre noble, une autre encore drôle et enfin une dernière agitée et à la limite du soap. Une part de notre public de base aimait hurler devant son écran de télévision. Une partie de nos fans appréciait le suspense et le mystère. Je suis envoûté par les personnages qui ont un passé, par ces personnages que l’on pense connaître, dont les situations et les histoires semblent familières, mais qui se révèlent petit à petit plein de surprises. L’harmonie dans un couple, c’est souvent ennuyeux. Pas toujours, mais bien souvent. Il y a un vieil adage à la télévision : le conflit fait le drame. Je ne suis pas toujours d’accord avec cela mais dans ce cas, le conflit faisait un bon drame.

C’est intéressant de constater que, alors que ce type d’arcs narratifs pourrait nuire à certaines séries, il a eu l’effet tout à fait inverse sur Les Frères Scott et a rendu la série plus forte. Vous avez un jour déclaré dans une interview que ces storylines sont ce que le public préfère et ce qui peut faire le succès d’une série. Mais vous êtes vous déjà demandé si vous ne risquiez pas de perdre vos fans  avec ces histoires ? Ne vous êtes-vous jamais demandé si, peut-être, vous alliez trop loin ?

Le faux/psycho/flippant Derek

En tant que protecteur de la série et créateur d’un ensemble de personnages et de voix, j’essaye de voir et d’honorer de nombreux points de vue. Mon travail est une histoire de balancement : il me fallait avoir un point de vue tranché lorsqu’il s’agissait de la direction à prendre pour la série, mais il aurait aussi été fou de ne pas prendre en compte le point de vue de mon public. En fin de compte, nous avons fait le show dans « l’instant », mais en gardant en tête sur le long terme les réactions des fans vis-à-vis de certaines histoires, de certains personnages et situations. J’ai essayé de faire une série que les autres aimeraient tout en faisant une série que j’aimais. Je ne me suis jamais vraiment inquiété de savoir si nous allions trop loin parce que j’étais (et les autres scénaristes aussi) fan de la série et si nous aimions une storyline ou si nous pensions qu’elle ferait avancer la série vers un point intéressant, provocant ou divertissant, nous espérions que le public nous suivrait. 

En ce qui vous concerne, est-ce que vous avez souvenir d’un de ces « jump the shark moment » dans une série où vous vous êtes fait la réflexion que les scénaristes vous perdaient en tant que spectateur ?

Non pas vraiment, mais je me souviens avoir vu des épisodes ennuyeux qui m’ont fait considérer le fait de ne pas me mettre à regarder une série.

Propos recueillis par Marine Pérot.

In a special feature on this website, we explored the idea of jump the shark moments on television series. Those moments when sometimes while watching a show, you hit a point where as a viewer you truely reconsider whether you will keep on watching this show or not. However, some TV shows, especially soap operas and teen shows, manage to use those jump the shark moment to their benefit. In those show, crazy storylines comes one after the other for the greatest pleasure of the audience. One Tree Hill is a example of a type of show that perfectly knew how to use those storylines and used them to make its success. In order to understand how those ideas can emerge in the writer’s room, we discussed this matter with Mark Schawhn, creator of One Tree Hill.

 

How did you and your writers came up with the idea of Nanny Carrie and her storyline? What was your intention and what did you think it would bring to the show?

Serialized television is often about creating organic obstacles for your characters.  Because at the end of the day, we’re all telling the same stories and they’re the oldest stories in the world.  Often the characters and their situations dictate story.  Such was the case with the Nanny Carrie storyline. It was a natural extension of Nathan and Haley’s situation – young parents who have to entrust the care of their child to a stranger.  Trust was a common theme and topic on One Tree Hill.  Who merits it and why?  The Nanny Carrie storyline was borne of these elements.

The Nanny Carrie storyline had some similarities with the Psycho Derek storyline. When you decided to go for it, did you ever wonder if maybe some viewers could think that the show was starting to repeat itself?

That’s like saying you’re going to stop dating because the process will be similar. You’ll meet someone, you’ll be attracted, you’ll get to know each other, you’ll go to dinner, you’ll have a first kiss…  We weren’t repeating ourselves. Nanny Carrie didn’t pretend to be related to Haley or Nathan. Psycho Derek wasn’t looking to be a mother.  The arena of trust and strangers was similar but not the same. Besides, we did hundreds of episodes including and following this storyline. Those episodes were designed and made with a belief in the show and our audience, not with fear or worry of what might not work. « Nothing fear based » was a constant refrain at One Tree Hill.

After Nanny Carrie, another creepy character came along, the fake Sara. Why this storyline? Was it that you felt like Clay and Quinn’s characters needed their dose of drama?

In my opinion, the show was at its best when it had many colors and a balance of tone. One storyline might be quiet, one might be noble, one might by humorous and one might be loud and soapy.  A portion of our core audience enjoyed yelling at their television set. A portion of our fans enjoyed suspense and mystery.  I’m compelled by characters who have a past.  I’m compelled by characters you assume you « know ». Whose situation or story seems familiar, but conceals surprises and reveals along the way.  Harmony among couples is often boring. Not always, but often. There’s an age old expression in television:  Conflict is drama.  I don’t always agree with it, but in this case, conflict made for good drama.

I like the idea that, while in many shows having that much drama would bring the show down, those storylines actually made OTH stronger.When we first met, I remember that you said something about how those moments, when you have that kind of characters and storylines in the show, are what the audience prefer and what makes the show successful, but did you ever wonder if you may lose the audience at some point with those storylines? Was there any time when you might have thought that it was going too far?

As a caretaker of the show and the creator of an ensemble of characters and voices, I try to see and honor many points of view.  My job is often a balancing act: I had to have a strong point of view when it comes to the direction of the show, but I also would be foolish not to consider the point of view of my audience.  Ultimately, we make the show in an immediate vacuum, but with the long term perspective of how my fan base has reacted to certain stories, characters, and situations along the way. I tried to make a show that everyone else would love while making a show that I loved.  I never really worried that we were going « too far » because I (and the writers) were fans of the show and if we liked a storyline or felt it would propel the show to an interesting or provocative or entertaining place, we hoped our audience would agree. 

As far as you are concerned, do you remember any « jump the shark moment » in any TV show where you thought that the writers were just losing you as a viewer?

Not really, but I do remember boring episodes of shows that made me opt not to commit to watching the series.

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